Idaho – Emily Ruskovich

C’est rare que je tombe sur une quille avec les éditions Gallmeister. Bon, pour tout vous dire, la dernière fois c’était avec le phénomène My Absolute Darling de Grabiel Tallent, où j’avais rien pané du tout et franchement, dans lequel je m’étais fait ièch genre comac’.

Alors voilà, bim bam boum, ça l’a moyennement fait avec Idaho d’Emily Ruskovich. Parce que ça se regarde vachement écrire cette affaire, quand même, on va pas se le cacher !

Mais de quoi ça parle ton machin ? 

1995, dans l’Idaho, Wade et Jenny, et leurs deux filles, June et May, font une balade. Et puis un drame tragique se produit, incompréhensible et destructeur. Quelques années plus tard, Jenny en prison, June disparue et May enterrée, Wade le patriarche est remarié à Ann, prof de musique, qui tente de comprendre ce qu’il s’est passé cette après-midi là dans la forêt. Parce que Wade perd la mémoire et la tête, jusqu’à en oublier l’existence même de sa femme et de ses filles, Ann devient obsédée par le passé et, comme un devoir de mémoire envers les disparues et ceux qui restent, essaye de reconstituer les événements de cette terrible journée.

Ecriture de la beauté, mode *activé*

On va pas passer par quat’chemins OUI C’EST SUPER BIEN ÉCRIT. Voilà merci or’voir messieur dames.

Pour être plus dans le détail, j’vous explique parce qu’on est pas des rats ici :

Y a de l’art de la suggestion. Les émotions sont filtrées, on ne nous dévoile pas tout sur un plateau et ça c’est le genre de narration que j’aime beaucoup normalement. On est façon « puzzle » voyez. On cherche, on ne sait pas où on va, mais on cherche avec ce qu’on nous donne à comprendre. Comme une chasse au trésor (retenez bien cette métaphore). C’est énigmatique, parfois difficile, ça force à penser sans avoir l’air de donner la becquetée et toutes les réponses à son lecteur.

Et l’écriture, même si on pâne pas grand chose à ce qu’il se passe, est particulièrement magnétique, hypnotisante. Genre j’étais dans mon lit, fatiguée et encore un peu alcoolisée de la veille (mais ne rentrons pas dans le détail, Mimine a son petit jardin secret), bref, le moment pas forcément idéal pour lire mais plutôt pour végéter devant un énième épisode de Friends. Et bah les enfants, malgré tout, j’ai été happée par les mots, par les images (c’est très imagée, un peu fantasmagorique voyez) et par cette ambiance, Oh my, sombre et délétère. La psychologie passe sous le scalpel avec une minutie de fourmi. La narration révèle des passages qui vous serre fort, vous asphyxie même parfois. Elle fait montre d’une très grande maîtrise stylistique, même si on souhaite souvent en être libéré sans le vouloir vraiment (hypnotisante quoi).

Mais voilà. VOILA. Le roman, à force de jouer la carte du mystère « Je suis super mystérieux, hein, tu sais pas, hein t’aimerais bien savoir »,

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tu sens qu’il va te la faire à l’envers.

Un goût amer d’esbroufe

Plus t’avances dans le roman, plus les innombrables pistes se déploient. Parce qu’il y a beaucoup, mais alors beaucoup de personnages qui n’ont quasi rien à voir avec la choucroute (=> le drame de la famille et ce qu’il s’est passé). Et pompon sur la pomponette, ils ont le droit à des passages focalisés sur leur petite personne, façon random à plein tube.

Alors certes, j’ai bien aimé les passages dans la prison, mais encore une fois qu’est-ce que ça vient faire dans l’histoire alors que la personne qui nous intéresse tant est juste à côté mais on va te parler d’un autre personnage avec ses propres démons, son propre arc narratif et t’es là

« QU’EST CE QUE C’EST QUE CE BIIIIINZ ? »

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Parce qu’au final, *roulement de tambour* TU NE SAURAS RIEN. Rien du tout. Nada. Niet. Peau d’zob. On te laissera dans le flou, que dis-je dans un brouillard écossais sans que JAMAIS le roman n’aura apporté une seule mini réponse.

La chasse au trésor, de t’a l’heure ? Y A PAS DE TRESOR LES GARS.

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Quand je vous dis au début que ça se regarde écrire, c’est que pour moi Idaho est un pur exercice de style virtuose, plus qu’un roman qui s’intéresse aux pistes narratives qu’il lance.

On t’appâte avec une histoire sombre, un drame horrible, sans qu’on t’apporte une seule réponse et résultat, tu te sens complètement flouée à la fin. C’est très frustrant. Et pourtant, je suis pas du genre à attendre toutes les réponses dans un roman, j’aime les non-dits, les questions suspendues qui t’interrogent encore après avoir fermé le bouquin (comme avec Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon par exemple qui dans le genre roman à énigmes se pose là mais lui apporte des éléments de réponse). Mais là, on atteint un point de « tu seras RIEN de ce qu’il s’est passé » (alors que TOUT tourne autour de ce drame) et pour moi c’est de l’esbroufe TOTAL.

Et si encore les personnages étaient attachants, mais MÊME PAS. Ce sont tous des tarés là-dedans. En plus, il y a une sorte de distanciation entre les personnages et le lecteur opérée par la narration. C’est tellement difficile de s’attacher à eux. Ce sont des silhouettes désincarnées qui portent un poids si lourd sur les épaules, si inhumain, façon martyr de la vie, que je ne suis pas parvenue à m’identifier ni même à comprendre leurs motivations. Oui Ann, mon regard perçant se tourne vers toi. J’ai pas compris UN BROC de ce que tu faisais à vivre avec Wade, dans cette ambiance poisseuse.

Bref. C’est dommage. Grandement. Parce qu’un tout petit début de réponse, un chouia d’explication microscopique m’aurait amplement suffi et ne m’aurait pas laissée avec ce goût amer de mettre fait avoir en beauté. J’aime pas finir un bouquin sur un « pfffou tout ça pour ça, sérieux ? »

C’est dommage.

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6 réflexions sur “Idaho – Emily Ruskovich

  1. J’aime pas quand on n’a aucune réponse parce que pour moi ça fait un peu l’auteur qui s’est lancée dans un truc mais qui est bien emmerdé parce qu’il a pas du tout prévu de fin et du coup… Bah JE vaiS pAs Te DoNNer de RépONse PArce QUE j’SaiS PÔ mOi MêMe hiii
    Et ça m’agace un peu.
    Du coup je vais quand même retenir Une douce lueur de malveillance voilà. Parce que faut pas non plus trop cracher sur le bébé et l’eau du bain. Ou un truc dans l’genre.

    J'aime

    1. Je vois ça plus comme un truc un peu intello, pour se donner un genre tu vois, comme si le roman était trop haut intellectuellement pour s’adonner à de basses extrapolations primitives sur les réponses d’un drame-thriller. Ce que je peux comprendre dans un sens, mais là c’est tellement évident qu’on évite les réponses que ça devient limite peu crédible (en gros, vu que je sens que tu ne vas pas le lire :p une des filles s’est enfuie, dans les bois, et personne ne l’a revu… c’est tellement frustrant de ne pas savoir ce qu’elle est devenue -_-)

      Aimé par 1 personne

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