Nomadland – Jessica Bruder

Mimine, en ce moment elle va plutôt pas mal, même plutôt bien voyez, et tombe sur de chouettes lectures depuis 2-3 semaines.

Mimine a donc lu l’un de ces livres qui apportent humanité, luminosité et inspiration pour les mauvais jours, voyez ce genre de livre qui sitôt l’avoir fini te donnerait presque la force de tout plaquer pour partir loin.

Un essai américain passionnant nommé

Nomadland

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Jessica Bruder est journaliste et ce qui ne devait être qu’un article est devenu une enquête de plusieurs années, à la découverte d’un nouveau mode de vie : les nomades américains. Ces personnes, issues de la classe moyenne, qui avaient une vie correcte voire confortable avant 2008, se sont retrouvées sans retraite, sans économies, sans maison et sans emploi avec la crise des subprimes. Poussés par la nécessité et le ras-le-bol de payer des loyers exorbitants, certains ont choisi une voie que seuls leurs ancêtres de la Grande Dépression de 1930 avaient connu jusqu’ici : vivre et travailler sur les routes.

En voiture Simone ! 

Voyez-vous, pimprenelle et étourdie que je suis, quand j’ai vu la recommandation dans le dernier numéro d’America « American Dream », je suis partie en quête de ce bouquin croyant que c’était un roman.

Et vous savez quoi ? Bah la différence, elle est pas grande.

J’ai autant vibré, j’ai autant été émue, j’ai autant rêvé que si j’avais lu une oeuvre de fiction. C’est là où réside la force de cet essai journalistique : avoir réussi à capter les émotions et les pans de vie de ces personnages extraordinaires, tout en racontant les dessous économiques qui ont entraîné leur chute et leur renaissance.

Car « renaissance », c’est bien le mot.

À l’image de Linda, cette pimpante septuagénaire qui a travaillé toute sa vie, a eu tous les boulots du monde, a rencontré un million de personnes, puis a tout perdu, le nomadisme et la communauté soudée qui s’est formée au fil des décennies a été sa bouée de sauvetage. Pareil pour ce chef d’entreprise qui avait villa et bateau en Floride ; il a perdu l’entièreté de ses économies après la crise de 2008 et un divorce particulièrement salé, avec en prime son estime de soi et sa dignité piétinées par un rêve américain à l’agonie. La vie de nomade a été pour lui la possibilité de choisir son destin, de refuser la pression économique et de se sentir enfin libre.

Chaque nomade a son parcours du combattant, son histoire. Jessica Bruder leur donne la possibilité de s’exprimer, d’exister à travers ce livre, eux ces invisibles, ces laissés-pour-compte que leur pays a abandonné. Un pays pourtant tout à fait conscient des enjeux économiques que représente cette nouvelle main d’oeuvre de retraités, pas chère et fiable. Pas folle la guêpe ! Un pays dont les parcs et autres campings sauvages engagent exclusivement des nomades âgés, en leur vendant le rêve de retraite au soleil au frais de la princesse. Tu parles, Charles !

Même Amazon a compris très vite où était son intérêt : CamperForce, ces « camps de travail » saisonniers pour des jobs harassants physiquement et mentalement, payés moins de 10 dollars de l’heure, n’engagent que des nomades. Alors on t’explique que c’est vrai, ils sont un peu vieux ces bougres, un peu lents à la tâche, mais ils sont si résiliants et ont une telle expérience du travail qu’Amazon a grande confiance en eux.

Comprendre : l’entreprise reçoit de l’argent (en gros) pour engager des personnes de plus de 65 ans.

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Bonjour, je m’appelle Jeff Bezos et je n’ai pas d’âme.

Car ce que l’essai s’efforce de montrer, c’est que le nomadisme n’est pas une partie de plaisir tous les jours ni le p’tit loisir sympa de vacances écolo qu’on voit sur Instagram et Pinterest. Elle est loin l’image d’Epinal du feu de camp avec marshmallow et petite binouze, hein on va pas se le cacher.

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Les conditions sont extrêmement rudes et ce que j’ai trouvé vachement bien c’est que Jessica Bruder, qui a tenté l’immersion totale pendant plusieurs mois, détaille les gros pépins que doivent surmonter les nomades, jour après jour. Pannes de moteur, températures extrêmes, manque de nourriture en attendant la prochaine paie, problème de douche et de WC, et toutes les combines pour ne pas se faire chopper par les autorités, pas toujours très bienveillantes envers le nomadisme en zone urbaine.

Nomadland est un récit qui touche par moment au Nature Writing avec ces grandes plaines immenses, dangereuses et difficiles, mais aussi économique qui revient sur le système bancal des retraites aux USA (qu’on veut nous imposer en France) qui a plongé la classe moyenne dans la pauvreté. Un récit de vies et de rencontres où tu t’attaches à des personnes qui incarnent finalement la rébellion contre un système injuste dont ils ne veulent plus être les marionnettes.

Un récit, enfin, éminemment émouvant où tu te demandes après lecture ce que deviendront toutes ces personnes rencontrées. Est-ce que Linda arrivera à construire sa géonef, ces maisons autonomes et auto-suffisantes qui font fureur depuis les années 90 ? Et Bob, et Silvianne, et les autres ? Que deviendront-ils tous quand ils ne pourront plus conduire, plus travailler chez Amazon, plus bouger ? Un nomade y a apporte une réponse. Elle est tragique, digne d’un grand final de western.

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16 réflexions sur “Nomadland – Jessica Bruder

  1. Je me demandais où j’avais croisé ce livre! Mais dans le dernier America EVIDEMMENT! Alors déjà qu’à ce moment là j’avais eu très envie de le lire, tu redoubles mon envie de m’y plonger. J’adore ce genre de récits même s’ils sont parfois un peu désespérant et que tu en ressors en te disant que « ce monde, c’est vraiment d’la merde » aha

    Un joli coup de coeur qui fait envie, donc :)

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    1. Ah mais America, leurs recommandations c’est de la pépite, je devrais faire plus attention dorénavant !

      C’est vrai que quand tu sors du bouquin, t’as envie de lancer ta mini révolution personnelle face au système pourri. Ce que j’ai surtout beaucoup aimé c’est d’apprendre l’existence de cette communauté dont on ne parle pas ou juste alors avec mépris et condescendance. Alors que ces gens sont vraiment inspirants !

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      1. C’est une lecture qui m’a l’air très touchante, je vais préparer les mouchoirs par contre x)
        Je sens bien venir la déprime façon raisin de la colère et de la depression aha

        Bref, ça me donne très envie mais j’suis pas prête à affronter c’qui va m’arriver sur la tronche je pense aha

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      2. Je te rassure, ça va côté larmes, j’ai été émue mais bizarrement je n’en suis pas ressortie déprimée au contraire ! Plus forte et inspirée par eux, c’est clair. Ce qui est bien c’est que la journaliste n’est pas tombée dans le pathos et les « interviewés » sont hyper positifs, genre « c’est dur, on a pas grand chose mais franchement on aime notre vie ». Je pense que ça vient du fait qu’ils ont choisi cette vie, en un sens, et qu’ils ne désirent pas retrouver le système d’avant (contrairement aux gens des années 30 qui eux rêvaient de retrouver ce qu’ils avaient perdu). Tu verras (et tu me diras !!) mais ne t’inquiète pas, c’est une lecture super lumineuse.

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      3. RAH c’est typiquement le genre d’état d’esprit qui me touche beaucoup. Ne rien avoir et pourtant ne pas s’en plaindre, continuer à se battre et à aimer sa vie, ça sent l’émociòn !

        Good news, il est dans ma bib ! Ca sent la réservation moi, j’vous l’dit! ♥

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  2. Waaah encore une chronique à Mimine qui me fout des frissons !
    Ou peut on se procurer ce roman (en vrai je le voudrais en anglais) ? Je vais me renseigner, je vais le lire, et je vais sûrement pleurer. Merci Mimine.

    Aimé par 1 personne

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