Frankenstein ou le Prométhée moderne – Mary Shelley

A l’occasion du premier mois de lancement du challenge « Hold My SFFF » que chaton Prettyrosemary et moi avons créé comme ça en fifou total (si vous ne connaissez pas encore, je vous invite à faire un tour ici), je me suis enfin décidée à me lancer dans la lecture d’une bête de classique, oh my god, la petite chose que tu ne lis pas tous les jours quoi.

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De quoi ça parle ton machin ? 

C’est l’histoire d’un mec qui s’appelle Victor Frankenstein, scientifique suisse brillant, qui décide d’outrepasser les lois de la Nature en créant à partir de morceaux de cadavres un être vivant.

Et de l’abandonner fissa dès le réveil.

Parce que.

De là, s’en suit un enchaînement d’événements tragiques qui plongent le jeune Victor, et par rebonds la Créature sans nom, dans la tourmente.

Un classique dans ma caboche, et d’un ! 

Candide comme une petite rose printanière, je me suis plongée avec enthousiasme dans ce premier roman de science-fiction de l’Histoire (écrit par une femme, Hola générale s’il-vous-plaît), à l’origine du mythe contemporain de Prométhée : le gars qui a défié les dieux en volant le feu de l’Olympe pour le donner aux hommes et qui en a été sévèrement puni.

Et j’ai vraiment bien aimé mes petits cocos !

(enfin en tout cas une partie, y a quand même un gros point noir)

Déjà Mary Shelley, elle a du style dans le coffre, son écriture très XIXe siècle m’a énormément plu. Alors certes, ça risque de le faire moyen si vous n’êtes pas habitués aux tournures de phrase alambiquées, mais passez outre et tentez le tout pour le tout : lisez-le à voix haute (ce que j’ai fait et franchement, c’est passé crème).

Et quand je dis que c’est très début XIXe siècle, c’est qu’on part là dans un roman à tiroir : un homme raconte son histoire à une tierce personne (qui n’a rien à voir avec la choucroute) qui l’a raconte elle-même dans son journal intime destiné (en l’occurrence ici) à sa sœur. Bref bonjour la marmelade.

Frankenstein déroute un peu au début tant le mythe autour de l’oeuvre s’est étendu dans notre imaginaire collectif. On a l’impression de ne pas vivre l’action mais d’être dans un roman d’auto-analyse sur les péchés de la curiosité intellectuelle et scientifique et les atermoiements existentiels du héros éponyme : Victor Frankenstein (mais j’y reviendrai plus tard *wink wink*).

Mais même si ça n’a quasiment pas de dialogues (mais beaucoup de descriptions notamment sur l’introspection de Victor le narrateur), la machinerie est d’une telle fluidité que ça m’a souvent laissée pantoise d’admiration. Un peu aussi parce que j’adooore le style suranné qui sent la porcelaine fine et la plume grattant le papier.

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En plus, l’oeuvre se révèle être d’une remarquable poésie romantique à travers les nombreux paysages (on voyage pas mal) façon images d’Epinal comme pour mieux sublimer et souligner la noirceur et la tragédie qui se mettent en place au fur et à mesure. Une poésie également accrue par le récit de la Créature qui va apparaître au milieu du récit après avoir été abandonnée à son sort par Frankenstein.

Qui est le monstre ?

Et là tu comprends la fascination et la célébrité du personnage : la Créature est le meilleur élément de l’oeuvre. Parce qu’elle est aussi pure que la rosée du matin, la Créature, muée par un grand sentiment de solitude, croit pouvoir se lier avec des humains tout en ayant conscience de sa laideur. Ce qui va se révéler être un échec cuisant et pathétique, soyons honnêtes.

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A la fois touchante et magnifique, elle met en exergue par sa profonde souffrance la cruauté humaine, l’injustice et le mépris. A l’image d’un Gwynplaine ou d’un Quasimodo, c’est en côtoyant la méchanceté des hommes et leur rejet que la Créature endossera véritablement la peau du monstre.

Cette idée est d’ailleurs très révélatrice de l’époque de Mary Shelley où à l’instar d’un Jean-Jacques Rousseau, les philosophes et savants de la fin du XVIIIe siècle mettaient en avant le fait que la société avait perverti l’Homme et tout ce qu’il y avait de bon en lui plus qu’elle ne l’avait rendu meilleur par ses progrès. 

C’est donc autour de ça que Mary Shelley met en scène la punition de Victor Frankenstein pour avoir osé dépasser les limites et violer la Nature en créant quelque chose qui n’aurait jamais dû exister. De tragédies en tragédies, Victor voit l’anéantissement de son propre Paradis (son environnement familial paradisiaque, l’amour pur et chaste de sa fiancée…), détruit à cause de sa curiosité scientifique.

Chez Shelley, la manière dont elle a fait se refléter deux êtres contraires en tout point mais inextricablement liés qui se répondent par leur trajectoire tragique, est superbement intéressante.

Mais.

Cette lecture aurait pu être quasi parfaite, s’il n’y avait pas eu un poil dans le potage.

Le genre comac voyez.

Victor

Frankenstein

Voilà un héros que j’ai eu envie d’étouffer avec un concombre pimenté un bon paquet de fois, et ce malgré tout ce que j’ai pu dire plus haut. Nom de dieu qu’il fût pénible à suivre cet énergumène.

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Parce qu’on va être honnête, Victor c’est le Jean-Michel Ouin Ouin lâche, pourri gâté, inconsistant, irresponsable, égoïste, doublé d’un crétin. Voilà c’est lâché et j’peux vous dire que ça fait du bien.

Figure type du héros romantique en proie à des afflictions émotionnelles, Victor nous casse les pruneaux assez souvent (pour ne pas dire tout le temps) et se complaît dans son malheur en pleurnichant sur son mauvais sort. Alors que très clairement, celui qui a gagné son ticket de loto de la vie de merde c’est bien la Créature. Pas Victor.

C’est d’autant plus crispant que

1/ on passe la majeur partie du roman à le suivre lui, le narrateur (et pas la Créature qui est le meilleur personnage de l’oeuvre je le rappelle), et qu’on se prend une tartinade dans la pomme d’une version revisitée du Mur des Lamentations ;

2/ il prend constamment les mauvaises décisions, et ce dès le début quand il décide d’abandonner ses responsabilités envers la Créature, ne se souciant pas de ce qu’elle peut devenir et finissant même par l’oublier (!!) jusqu’à ce que celle-ci se rappelle à son bon souvenir.

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Je vais vous dire. Ça serait passé si Mary Shelley ne s’était pas évertuée à le présenter comme la victime de la Créature, pire ! comme un martyre, en mettant en avant sa souffrance et son destin effroyable qui l’accable, lui pauvre homme si « bon et généreux » (sic) (<= le même gars qui a laissé tomber un nourrisson adulte à la minute où celui-ci à ouvert les yeux).

Come on Mary !

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Parce que je ne vous parle pas de la fin qui sous des dehors de bondieuseries parfumées à l’encens de sainteté, m’a un poil échauffé les esgourdes. Une fin, après réflexion qui semble être le point final teinté d’optimisme sur la nature humaine pour Mary Shelley, ce que je veux bien admettre…

Si vous voulez vous lancer…

Il y a un décalage entre ce que nous connaissons dans la pop culture du mythe de Frankenstein et ce qu’est l’oeuvre originale. Et ce décalage peut être assez perturbant lorsqu’on entreprend de lire le roman de Mary Shelley.

Sachez donc que Frankenstein n’est pas un thriller, ni un roman particulièrement horrifique (les détails macabres d’ailleurs de la conception de la Créature sont bizarrement évités). C’est un roman qui ne se présente pas sous une forme de narration romanesque mais qui évolue dans un récit raconté à la première personne. Le propos va se jouer sur les réflexions philosophiques autour de la création, de la science et de ses dérives, sur la mort et le rejet de l’autre.

Par certains aspects de forme, Frankenstein a sans doute un peu mal vieilli (plus que certains de ses contemporains) mais il reste un classique majeur à découvrir tant le fond est universel.

 

9 réflexions sur “Frankenstein ou le Prométhée moderne – Mary Shelley

  1. Aloors noon je l’ai toujoooours pas fini (il doit me rester moins de 50 pages, hein) mais putain Victor la ferme JAMAIS. JPP. Donc je suis bien d’accord avec toi, et le passage où la créature raconte son histoire est hyper touchante. Regard de l’autre toussa.
    Bref, je vais la finir cette histoire, rien que pour pouvoir me la péter. Et pouvoir discuter avec toi de cette fin qui m’intrigue.
    Et c’est quoi son problème avec les montagnes à Mary, sérieux ? Si je trouve encore une description d’une merveilleuse montagne olalala c’est beau la montagne qu’elle est belle regarde là, la montagne làààà, j’te jure je vais lui botter l’cul. Qu’elle soit décédée depuis des siècles ne change pas motivation.
    Et bisous !

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