Diabolo Fraise – Sabrina Bensalah

Et si on parlait « jeunesse » aujourd’hui ? Pas d’la vôtre ni d’la mienne, hein, enfin quoique, mais de celle de quatre nanas extra ?

Encore une fois, je suis allée taper dans la collection Exprim’ (meilleure collection jeunesse ados young adult qui existe, je vous le dis tout de suite) chez les éditions Sarbacane.

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Attirée par cette couverture acidulée et pomponnante, promesse des futures diabolos (menthe pour moi merci) que je vais m’enquiller comme un cow-boy dès la saison chaude revenue, j’ai immédiatement plongé dans cette histoire de meufs à la découverte de la vie

où j’en suis ressortie contente mais en même temps un peu… mitigée.

Et un résumé Roger, un !

Dans ce petit roman, vous allez rencontrer 4 soeurs originales, vives et pétant le feu comme de petits farfadets dans un bocal à anchois.

  1. L’aînée Antonia vient d’apprendre qu’elle est enceinte et son mec se barre.
  2. Marieke, la seconde, est une petite bombe qui découvre ces premiers émois et fourmillement dans le ventre avec un jeune et beau garçon.
  3. Jolène, c’est la tronche, l’originale, qui écrit, qui se parle face à son miroir, qui ne se trouve pas jolie et cerise sur le gâteau, elle n’a pas encore eu ses règles.
  4. Enfin, la petite dernière Judy, est coincée entre l’enfance et l’adolescence, confrontée à la violence de l’entrée au collège.

Une jolie petite tribu de nénettes qui vont apprendre à grandir, à s’affranchir, à s’en prendre plein la tronche et à se relever malgré la tempête. 

Boisson sucrée à consommer sans modération

Avec Diabolo Fraise j’ai retrouvé la patoune Sarbacane : la même exigence de qualité, la même oralité, la même tchatche.

Ça swing,

ça fuse,

ça bitche,

bref c’est rythmé comme du papier à musique.

Le propos est moderne, touche l’actuel, le maintenant, le présent tout en s’ancrant dans une démarche d’universalité (en gros je pense pas trop me tromper en disant que le roman va bien vieillir, contrairement à un Brexit Romance qui dans 10 ans sera déjà un peu aux fraises).

Justement la temporalité n’est pas très bien définie : à quelle époque se situe l’histoire ? On ne sait pas trop et en fait, c’est pas grave, c’est justement une bonne chose. Ça parle à la jeune génération maintenant comme ça parle à l’adolescence de la vieille rombière de 28 ans qui vous écrit en ce moment même ces lignes.

Un vent de féminisme claque bruyamment les portes et les joues à la manière de ces quatre meufs libres, pleine de fougue, de complexes, d’angoisse, de questions existentielles sur les règles, la sexualité, les garçons, LA VIE, tout ça raconté avec une langue et des mots décomplexés, crus et drôles.

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C’est qu’on s’attache à ces p’tites nanas, ça matche et les personnages prennent, au fur et à mesure du récit, du corps à travers leurs aventures amoureuses et intimes. Entre les engueulades punchés de soeurs, leur déclaration de rabibochage et leurs premiers émois, on se retrouve dans cette bruyante smalla comme dans une cour de récré. C’est électrisant et c’est fun !

Et puis clairement, la façon dont est décrit la découverte de la vie, de la sexualité et du plaisir féminin à travers des adolescentes est super intéressante et franchement salvatrice.

C’est même carrément nécessaire. Parce que sans déconner,

on n’en parle pas assez.

Et je crois même que c’est la première fois que je lis un roman jeunesse qui parle de masturbation, de première fois et SURTOUT de la recherche du plaisir féminin, où au lieu de subir, on tente d’expliquer au jeune éphèbe peu expérimenté de s’agiter d’une autre manière pour des résultats plus probants. Exemple tout bête : je suis d’une génération où

  1. Internet balbutiait,
  2. et la masturbation féminine n’était jamais abordée dans la culture pop (à une exception près : la série Sex and the city et c’était révolutionnaire). 

Alors que pour les garçons enfant/ado, on en entend tout le temps parler. Dans les films, dans les séries, dans la cour de récré. Sujet de golerie et d’expérimentation, le plaisir masculin est partout et ce dès le collège où les garçons de notre classe nous en parlaient sans complexe ni tabou. 

Bref,

Hallelujah Sabrina Bensalah

J’ai grave kiffé en pensant à toutes et tous ces ados qui vont lire ce roman et qui vont voir que le plaisir c’est dans les deux sens, que les meufs peuvent être entreprenantes et c’est bien, et que tout arrive un jour au l’autre, on ne panique pas. Enfin si un peu, mais respirez ça se passera bien.

Le seul petit couac,

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c’est que j’ai eu souvent l’impression qu’on me tapait la tête avec des pancartes de messages à caractère informatif sur le féminisme, la sexualité, le consentement, etc.

Que je vous explique.

Qu’on parle de sujets aussi importants que ceux cités, dans la littérature de jeunesse (ou dans la littérature tout court) c’est un GRAND OUI (ouais j’pense que vous l’avez compris je vous ai bien tartiné la poire là-dessus y a pas deux minutes). Mais la manière de faire me pose ici problème. 

Quasiment chaque dialogue entre soeurs est un prétexte pour délivrer des sortes de slogans et ce de manière si peu naturelle, si littéraire par moment que l’oralité du langage et le vocabulaire cru qui donne un effet naturaliste et crédible au récit et à ses joyeuses gamines est mis en porte-à-faux.

Y a un décalage, comme une marche qu’on loupe où tout d’un coup ce ne sont plus des ados qui parlent mais la voix de l’autrice adulte qui donne des leçons de féminisme, là où des adolescentes parleraient avec leurs mots qu’on pourraient imaginer un peu plus maladroits (de par leur peu d’expérience dans la vie par exemple). Pour moi, d’un point de vue « expérience de lecture », ça m’a sortie du récit, de la nécessaire illusion de réalité du lecteur et à bien des occasions, ben je n’étais plus dedans.

Tout ça pour dire

que je me pose des questions sur mon rapport avec la littérature de jeunesse que je lis de moins en moins. Jusqu’à présent, j’avais toujours réussi à me mettre dedans sans sentir de décalage entre le lectorat cible et moi, mais c’est la première fois que je suis en désaccord avec cet aspect pédagogique un peu trop visible et direct à mon goût.

A côté de ça, j’ai pris mon plaisir de fan d’Exprim’ Sarbacane à retrouver le style de la maison, que j’ai été contente de découvrir une nouvelle plume, et que franchement le voyage en vaut le détour rien que pour tout ce que le roman veut dire sur l’adolescence de filles (qui n’est pas facile-facile avouons-le).

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3 réflexions sur “Diabolo Fraise – Sabrina Bensalah

  1. Haaa je vois exactement ce que tu veux dire sur le non-naturel ! Comme si l’auteur/l’autrice avait un cahier des charges de trucs à dire, et cochait taktak au fur et à mesure, sauf que ça me fait toujours sortir des romans aussi, parce que ça se voit en fait.
    Sinon j’ai quand même bien envie de découvrir ce roman parce que mine de rien, on est d’accord, tous ses sujets sur le plaisir féminins, c’est tellement important, du coup ne serait-ce que pour encourager tout ça je me laisserais séduire. Voilà.
    Je sais plus trop ce que je raconte, c’est les vapeur de la cuisson de mes artichauts.

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    1. Après avoir pris un peu de recul, je pense que le bouquin c’était pas ma came à la base, que je m’étais un peu trompée de chemin, donc je vais pas forcément être touchée sur certains aspects techniques. Mais clairement, c’est de la QUALITEY ++ sur bien des aspects ! Je serais bien curieuse d’avoir ton envie si tu te tentes la bête !

      Aimé par 1 personne

  2. Je vois tout à fait ce que tu veux dire. Et c’est aussi un truc qui m’énerve en littérature jeunesse, les ficelles sont souvent beaucoup trop grosses. Mais je pense vraiment que ce n’est pas une question de jeunesse, mais plutôt d’auteurs. Parce que les jeunes lecteurs sont tout à fait capable de comprendre des choses un peu plus implicites . Du coup, même si ça a l’air frais et pechu et tout, je vais passer mon tour sur celui-ci.

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