37 fois – Christopher J. Yates

Comme vous le savez sûrement mes petits chats, avec la #TeamThriller du Cherche-Midi dont je fais partie cette année, on est toujours à l’affût de la pépita qui te tombera dans les mains.

Avec plus ou moins de réussite de mon côté…

Car si vous avez bien remarqué, je n’ai pas toujours été très choucarde avec les publications de la collection. J’ai souvent attribué en moyenne une note de 13/20 (oui oui Mimine a fait ses petits calculs, ON EST SERIEUX ICI), les lectures m’ayant toujours laissée mi-figue mi-parpaing.

Pourquoi elle nous raconte ça, celle-là ? vous vous demandez.

Z’atiz ze bigue qouèssion.

Parce que pour la première fois de l’histoire (de mon expérience avec les romans de la collection Thriller du Cherche-Midi), mes prières ont été entendues et je suis tombée sur un coup de coeur. Oui mes petits chats.

Un

coup

de

coeur.

Et avec Chaton (Prettyrosemary) ma copilote de lecture commune, on a été comme des dingues. Retrouvez son avis ICI.

Mais de quoi ça parle-t-il donc Madame Mimine ? 

Trois jeunes adolescents, Hannah, Patrick et Matthew jouent dans la forêt dans les montagnes du nord des US, un été de 1982, quand un drame se produit : suite à un jeu pervers, Hannah se retrouve borgne, Matthew en centre de détention pour mineur et Patrick, le héros qui a sauvé l’adolescente.

26 ans plus tard, Patrick a épousé Hannah devenue elle journaliste d’investigation. Le couple soudé et amoureux tangue un peu parce que Patrick, en pleine dépression suite à un licenciement, se comporte bizarrement. Entre temps, Hannah décide d’écrire un livre, en cachette de son mari, sur ce qui lui est arrivé étant ado en tentant de comprendre les tenants et aboutissants de l’affaire. Or, ce qu’elle ne sait pas, c’est que Patrick avait été témoin du drame et n’avait rien fait pour l’aider alors que Matthew s’amusait avec la gamine. Se sentant coupable depuis 26 ans, Patrick sent que quelque chose va finir par exploser. Son couple, sa vie ou sa santé mentale ?

Donc ce coup de coeur, parlons-en ! 

En feuilletant mon bouquin pour écrire cet article, je suis retombée sur un Post-It au milieu du livre où j’avais écrit : « Wow ». Et je crois qu’il n’y a pas meilleur mot pour exprimer ce que j’ai ressenti pendant toute ma lecture.

Dès le début, dès la première page, j’ai eu le sentiment, extrêmement rare que j’allais adorer cette lecture. Vous savez ce petit feeling que vous avez quand vous tombez sur du lourd, cette intuition de petit cochon truffier qui te fait dire : « ça sent la pépite à la truffe cette affaire ». D’habitude, il me faut entre 50 et 100 pages pour être sûre de mon fait (et encore !), mais là, direct y a eu un coup de foudre : ça allait être passionnant et nomdediou que ça l’a été !

Déjà, on peut compter sur le style de l’auteur qui est particulièrement percutant et malin : c’est qu’on commence au moment même où le drame se produit, vu et raconté par Patrick. Et ça niveau introduction in medias res ça se pose là !

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Car Patrick, bah c’est Patoche quoi. C’est le petit gars un peu faiblard, un peu influençable qui malgré ses airs de petit garçon parfait n’est pas bien tranquille, rongé par l’idée d’être un loser, un être faible. Il va être pendant un bon petit moment un narrateur fascinant et aussi impénétrable pour le lecteur que pour sa femme, le premier à nous raconter ce qu’il s’est passé voilà 26 ans.

Et c’est peut-être ça que j’ai le plus apprécié chez l’auteur c’est que toute la mécanique de ce thriller va se reposer sur la psychologie des personnages et de la perception qu’ils ont eu des événements. Car tout l’enjeu est de savoir : est-ce que ça c’est véritablement passé comme on nous l’a dit ?

La psychologie va clairement servir de ressort dramatique et les pistes semées par l’auteur sont autant de petits cailloux que de questionnement.

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Le moment quand tu réalises que Patoche commence à déconner de la ciboulette

Cette même profondeur et ce désir de nuance chez l’auteur, on la retrouve dans les dialogues (et vous savez que moi, je suis très pointilleuse sur ce point). Ici, ils sont absolument passionnants. Ciselés, taillés aux ciseaux à ongle, ils construisent terriblement bien les personnages, révélant leur complexité, leur ambivalence mais aussi leur humanité.

On a peur d’eux, on a peur pour eux, on s’attache et on finit par les aimer malgré leurs ambiguïtés et leur caractère, pour certains, borderline.

Bref, du caviar de ce côté-là qui m’a assez rappelé le style de Dennis Lehane, mon CHOUCHOU, et la manière de traiter aux petits oignons ses êtres de papier.

La nuance, ça va se voir aussi dans l’identité du roman en lui-même.

Car, mes pioupious, ne vous attendez pas à juste lire un thriller basique comme ça là, NON. Le roman cache plusieurs aspects: tour à tour thriller psychologique puis roman de Nature Writing qui fait la part belle à l’exploration de la nature comme refuge et style de vie, il se révèle aussi un poignant roman sur les affres de l’adolescence et de l’ébullition des hormones qui fait palpiter l’éminence des joyeux adolescent(e)s. Un roman donc complexe qui soulève les ambiguïtés et les mystères comme des lapins de Garenne avec grâce tout en nous apprenant que chaque drame, chaque histoire a au moins deux versions, si ce n’est plus, et que celle qu’on croît connaître n’est généralement pas suffisante pour approcher la vérité.

Et, ça, on va bien te le faire comprendre à travers des twists à te déboîter la hanche.

Vous connaissez le style « pâte à crêpes » ?

Non ?

Alors j’explique.

T’sais, il est tard, t’es dans ton plumard et tu lis ton bouquin, juste un peu avant de dormir. Et puis là, sans crier gare y a un truc qui arrive à toute vitesse, le machin, t’sais, qui t’arrive en pleine poire en plein milieu du bouquin, au moment où tu fais genre que t’es Inspecteur Colombo et que ça y est t’as compris la machinerie et que t’es trop malin. NOPE. Le machin, (le retournement de situation de GUEDIN) t’arrive là et te fait :

« Coucou, en fait c’est pas du tout ce que tu croyais depuis le début, allez bisous ». 

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Le genre de retournement donc qui te retourne comme une crêpe bretonne

1/ que malgré ton expérience longue de lectrice désabusée tu n’avais pas vu venir

2/ que tu ne peux pas laisser passer là comme ça.

Du coup, deux possibilités s’offre à toi : soit tu te couches tout de suite, parce que t’as un RDV le lendemain, mais au risque de te retourner dans ton lit en pensant à ce qui pourrait bien se passer ; soit tu te tapes la bonne nuit blanche et tu te fais porter pâle le lendemain.

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Et Mimine a choisi ? La seconde option bien entendu. Voyez jusqu’où ce bouquin m’a fait aller dans les plus noires nuits de ma lecture.

(en réalité je me suis endormie de fatigue une heure plus tard, et je suis allée à mon rdv les yeux cernés #JeanMiCompromis)

Bref.

Vous l’avez compris, ici dans la casemate ça a grave biché du popotin.

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Ce qu’on en retient :

  • Un récit immersif tenu par une écriture vivante tendant vers la psychologie comme ressort dramatique du thriller ;
  • Les passages sur la cuisine avec Patrick (j’en ai pas parlé, mais moi qui suis une fan de cuisine, les moments où Patoche explique comment cuire parfaitement un morceau de barbaque, j’étais aux anges et j’ai appris plein de trucs) ;
  • La psychologie des personnages (Matthew, on en a pas parlé, mais c’est fait exprès)
  • Les retournements de situation (Pâte à crêeeeeeeepes) ;
  • L’émotion quand tu fermes le bouquin (je m’attendais pas à verser une larme, une LARME quand même hein) ;
  • Patrick, CE BON VIEUX PATOCHE.
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8 réflexions sur “37 fois – Christopher J. Yates

  1. J’aime bien parce que quand tu as kiffé un livre, non seulement tu en parles avec un enthousiasme qui me vrille les tympans (et j’aime ça), mais en plus, avec le vrillage des tympans vient l’enthousiasme aussi. Je n’ai pas lu ce livre, j’en ai jamais entendu parler mais alors là je suis à deux doigts de sauter de ci de là d’excitation !
    Eeeet question ? Tu n’en as parlé (ou alors je planais à deux mille), mais il y a un rapport avec le titre ? Je ne suis qu’intriguaaaage (et frétillements) !

    J'aime

  2. Euh….Je suis foutue ! Je suis une grande de thriller, et des thrillers j’en ai lu, et le souci, c’est que plus tu en lis, et plus tu es déçue, et plus tu es en quête de the pépite, de ce « pâte à crêpe » (ou oui, bien sur qu’on choisit la nuit blanche, c’est pas bien, mais à ce moment-là, qu’est-ce qu’on s’en fout ! et le lendemain, zéro regret, on assume cernes et bâillements !)….moi, avec ton super article, ton enthousiasme et la confiance que je place en tes jugements littéraires, beeeen il ne me reste plus qu’à foncer dans mon libraire…non euh chez mon librairie, mais ma frénésie risque de mal négocier les freinages, et suivant où se trouve mon libraire…bref, Anaëlle, tu t’égares !
    Merci pour ton génialissime article !
    Des bisous x 37 !

    J'aime

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