Le Jeu de l’ange – Carlos Ruiz Zafon

…ou comment je me suis réconciliée avec l’écrivain barcelonais.

Ah la longue histoire que voici ! J’ai découvert il y a presque 10 ans L’Ombre du vent (premier roman publié en France de l’auteur) un été chez mes grands-parents et dire que j’ai aimé est bien faible. J’ai surkiffé ma race à un point les pioupious ! Pour vous dire, j’ai eu du mal à m’en remettre et à lire autre chose pendant un moment. DONC. Quand j’ai appris que Fonfon avait sorti un deuxième roman trois ans plus tard, dans la même lignée et dans la même saga du « Cimetière des livres oubliés », j’ai couru, volé, marathonné afin de trouver mon Graal : Le Jeu de l’ange. 

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Et j’ai détesté.

Enfin, pas détesté DÉTESTÉ… Disons que c’était pas du tout ce à quoi je m’attendais, pas au niveau du magistral roman précédent et la déception fût tellement grande que j’avais abandonné toute idée de relire du Carlos Ruiz Zafon.

Puis il y a deux trois semaines, j’ai tenté le coup de « Et si je relisais des bouquins que j’ai pas trop kiffé ? » genre expérience scientifique un peu moisie à la Peter Venkman et je me suis retrouvée avec, pour le seconde fois, Le Jeu de l’ange dans les mains.

Et cette fois-ci, c’est passé crèmement !

Petit rappel : les romans inclus dans la saga du « Cimetière des livres oubliés » peuvent se lire indépendamment (ou presque), même si des liens sont faits entre les bouquins.

En gros, je ne vais pas vous spoiler votre face.

De quoi ça parle ton machin ?

Alors déjà, vous résumer le bazar, c’est pas facile. Je veux bien vous donner celui de l’éditeur mais il spoile les 100 premières pages qui font dans le rebondissement de bâtard. Donc bon…

Il était une fois, à Barcelone dans les années 20-30, alors que le franquisme s’apprête à jeter des paillettes de licorne sur les Espagnols, un jeune garçon, David Martin, qui rêvait de devenir écrivain. Coup de chance, le zozo a une belle patoune et ses envolées lyriques plaisent bien à son patron du journal dans lequel il est pigiste. Rapidement, David devient la coqueluche de la rédaction et son feuilleton gothique et sensationnel, écrit sous pseudonyme, est la star du journal. Mais David veut plus que ça. Voilà qu’un étrange éditeur français, fan numéro UNO de ses écrits, lui propose le rêve de tout écrivain : un contrat en or massif pour écrire un livre qui deviendra une véritable religion.

En acceptant, David met le doigt dans un engrenage dévastateur  et se demande s’il n’a pas fait une connerie (spoiler : oui). Car l’étrange éditeur ne lui a pas tout dit. David va donc tenter de découvrir les secrets du jeu de l’ange avant qu’il ne soit trop tard…

(résumé très succinct hein, parce qu’à l’intérieur, va y avoir de l’histoire d’amour, des trahisons, des amitiés, un complot, de la folie, etcetera ETCETERA).

Pour résumer, la patoune Zafon c’est quoi ?

D’abord, ça se caractérisent par des lieux : le quartier gothique et plus largement Barcelone, ville espagnole où bizarrement il pleut très souvent, et où se passent toute la saga ; le fameux Cimetière des livres oubliés dans une nécropole mystérieuse où l’on cache les livres perdus ; et la librairie Sempere & Fils, noyau de la saga et surtout du premier roman, L’Ombre du vent. Tous ces lieux créent une ambiance toute particulière, qui, je me rends compte, m’a énormément marquée durant ma lecture et même après l’avoir finie. Une façade d’immeuble délabrée, une ruelle obscure et je me retrouvais à imaginer sans le vouloir des histoires à la Carlos Ruiz Zafon.

Puis, la papatte du Barcelonais c’est surtout un style… singulier, gothique, imagé et suranné. Il y a quelque chose de poétique comme si Zafon venait d’un autre temps. Les phrases sont plus longues et plus métaphoriques que ce qu’on peut trouver dans les styles littéraires contemporains de maintenant. Et c’est là qu’on sent les influences d’une littérature « classique » et sensationnaliste, du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas aux Grandes Espérances de Dickens. Le goût pour le sensationnel, le sentimental et le macabre achève de décrire le style de Carlos Ruiz Zafon : des romans gothiques, à suspense, un poil fantastiques, mais aussi d’apprentissage où un jeune héros grandit, mûrit tout en étant plongé bien malgré lui dans de (très) sombres histoires.

Enfin, ce sont des personnages, enfant, adolescent et adulte, certains torturés, d’autres écrasés par le poids d’un destin invisible, empêtrés dans des histoires d’amour impossibles ou interdites ; des personnages qui croient en l’espoir d’un monde meilleur et se battent contre des forces parfois invisibles pour sauver ce qu’il en reste, la jeunesse des héros possède cette insouciance du danger qui leur permettent de partir à toute berzingue dans les ennuis ; des personnages enfin qui ont un rapport avec la lecture quasi viscéral, leur âme est inextricablement liée par les mots et la littérature, par le pouvoir de l’écriture et le pouvoir du lecteur qui peut redonner vie à un livre oublié. La patoune Zafon c’est finalement un rapport à l’enfance et à l’adolescence, les premiers émois, les premières déceptions cruelles, toutes ces premières fois qui marquent, vécues avec toute la passion sans retenue du jeune héros. On ne s’étonne plus quand on apprend que Zafon a d’abord écrit de la littérature jeunesse.

T’es mignonne Mimine, mais t’en as pensé quoi de ton machin ? 

Malgré ses défauts évidents, j’ai passé un super bon moment. Parce que c’est sûr, Le Jeu de l’ange n’est pas un coup de coeur. C’est un roman qui sur le plan narratif a tendance à se perdre un peu, à s’oublier et à multiplier les pistes et les chemins pour finalement arriver à un résultat un peu confus. David est également un héros qui m’a moins convaincue, avec sa personnalité ambigüe et le fait que j’ai eu du mal à le considérer comme un adulte torturé et « vieux garçon » parce qu’il me faisait plus penser à un adulescent. Je pense que l’erreur de Zafon a été de vouloir mêlé la personnalité de Daniel et de Julian, les héros de L’Ombre du vent en un même homme et pour moi ça ne marche pas : difficile de concilier l’innocence et la fougue d’un Daniel avec le côté écrivain maudit et torturé d’un Julian.

MAIS.

La magie opère malgré tout. Et ce pour toutes les raisons que j’ai citées plus haut.

Le romanesque couplé aux mystères qui se déploient comme des petites boules de pain au pied du lecteur et de David suffit à nous embarquer corps et âme dans cette histoire de fifou. Carlos Ruiz Zafon tire sur plusieurs ficelles de sa marionnette pour créer autant d’effrois, d’horreur (y a des passages qui m’ont foutu les pétoches genre comac) que de souffle épique où l’on serait prêt à suivre notre héros jusqu’aux portes de l’Enfer. Vous ajoutez à ça une écoute en boucle de la BO de « Crimson Peak » film gothique de Guillermo Del Toro (que j’adoooooore) qui colle parfaitement à l’histoire et vous avez une Mimine qui finit en larmes à la fin, à la lecture d’une certaine lettre faisant le lien entre L’Ombre du vent et Le Jeu de l’ange. 

Si je devais résumer, ça ressemblerait à ça : Les images restent, s’impriment. Comme dirait une de mes élèves : « on a l’impression d’être au cinéma, mais dans sa tête ».

6 réflexions sur “Le Jeu de l’ange – Carlos Ruiz Zafon

  1. Je trouve que tu décris parfaitement le style si particulier de Carlos Ruiz Zafon !
    Comme toi j’avais adoré LOmbre du Vent, et j’ai été un peu déçue par Le jeu de lange, d’abord parce que je croyais lire une suite alors que pas du tout, et ensuite parce j’ai moins accroché au personnage principal et aucôté sombre, voire mystique.

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    1. Ouais voilà le côté mystique… disons que parfois c’est un peu pété… En fait l’histoire se serait suffit à elle-même s’il n’y avait pas eu cette dimension. Et les conversations semi-philosophique-religieuse entre l’éditeur et David, elles sont tellement superficielles, tellement ampoulées, « on parle intello pour faire genre qu’on dit des trucs importants alors qu’en fait pas du tout ». Et même le mystère qui fait finalement toute la force de « L’ombre du vent » est ici tellement compliqué… Enfin… Malgré tout, je suis bien chaude pour continuer l’aventure avec le 3 et le 4. Paraît qu’ils sont nettement mieux.

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  2. C’est beau c’que t’écris Madame Mimine.
    J’ai le premier tome dans ma PaL, j’avais commencé à le lire mais j’étais pas dedans. On va dire que 2019 me permettra de m’y remettre convenablement ! =D

    Aimé par 1 personne

    1. Ouais mais grave, faut lire L’ombre du vent ! LE ROMAN qui te tient éveillé jusqu’à pas d’heure. (Me rappelle que le début, genre les 100 ou 150 premières pages sont un peu hardos quand on est pas dans le mood, mais dès que Daniel se met à chercher le pourquoi du comment du bouquin qu’il a lu, on tombe dans le sensationnel).

      Aimé par 1 personne

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