La dernière duchesse – Daisy Goodwin

Je commence à trouver difficilement des romans qui arrivent à me faire revenir sur mes a priori et à m’éloigner de mes habitudes littéraires. Déjà parce que je pense connaître mes goûts et que certains romans ne me conviennent tout simplement pas. Vous me connaissez je crois assez pour savoir que moi et les romans fleur bleue ça fait 14 puissance 10. Je porte souvent un regard sceptique voire un brin moqueur et ceux qui ont trouvé grâce à mes yeux se comptent sur les doigts d’une main. Soit l’héroïne est trop cruche, soit le décor qui l’entoure n’est pas assez développé pour faire oublier une intrigue parfois (souvent) très peu originale.

Vous sentez où je veux en venir avec mon introduction, hein ?

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La Dernière duchesse fait partie de ces romans qui m’ont totalement prise au dépourvu. Mais vraiment. En le commençant dans le train l’autre jour, sans grande espérance sur le contenu, je me suis retrouvée happée comme un poisson qui n’a pas vu l’hameçon derrière l’asticot. Car mes petits chats, c’est un joli petit coup de coeur que je vous présente là.

De quoi ça parle ton machin ? 

1893. Toutes les femmes l’envient, tous les hommes la désirent… Cora Cash est belle, pleine d’esprit, et à la tête d’une fortune colossale. Mais sa mère rêve de la seule chose qu’elle ne pourra pas lui acheter en Amérique : un titre de noblesse. Envoyée de l’autre côté de l’Atlantique, la jeune femme fait forte impression auprès de la bonne société anglaise et trouve un bon parti – un séduisant duc dont la propriété tombe en ruine. Dans les courants d’air qui traversent les somptueuses demeures de l’aristocratie, la délicieuse Américaine a tôt fait de déchanter.

Cet univers impitoyable regorge de pièges et de trahisons qui risquent fort de provoquer sa chute. Pour y échapper, l’enfant gâtée va devoir se métamorphoser en femme accomplie.

Eh ben mes p’tits poulets ! Qu’est-ce que c’était chouette ! 

Dès le début, le roman avait déjà gagné un point : ça ressemblait drôlement à la série Downton Abbey, ou plutôt, pour être tout à fait précise, à l’histoire de la comtesse Cora Crawley (qui porte le même prénom que notre héroïne, coïncidence ?) qui est une très riche héritière américaine « vendue » à un aristocrate anglais en difficulté, le cher Sir Robert. La dernière duchesse parle ainsi d’une tendance historique de la fin du XIXe siècle où les très riches jeunes filles américaines dont les familles avaient fait fortune en un rien de temps venaient faire la chasse au titre de noblesse désargenté en Europe en échange d’une importante dot.

Et sans vous le cacher, c’est certainement l’un des plus grands atouts de ce roman : sa reconstruction fidèle des us et coutumes de cette époque, aux Etats-Unis puis en Angleterre et sa part historique passionnante entourant la destinée d’une jeune femme, l’arrivée d’une étrangère richissime dans la société uppée britannique si rigide et aux règles si empesées.

Voilà que je me suis retrouvée plongée avec passion dans des bals et des réceptions où les messes basses, les petites mesquineries entre gens de fortune et de naissance vont bon train. Où les robes et la manière de parler et de se tenir sont certainement les armes les plus affutées tandis que l’hypocrisie et les apparences sont les boucliers des faux amis.

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Ajouté à cela une héroïne attachante non démunie de défauts d’enfant gâté mais vite rattrapée par des qualités de caractère, de courage et pleine de bonnes intentions, plongée dans la mare aux requins qui la regardent avec autant d’envie que de jalousie, on a un roman foutrement bien amené et enlevé. Car si l’intrigue peut paraître mince, comme ça, au premier coup d’oeil, les fans de Downton Abbey comprendront aisément ce qu’un manque dans le protocole ou une remarque déplacée lors d’un dîner peut contenir de tension dramatique et d’enjeux narratifs.

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Outre l’aspect historique, le style de Daisy Goodwin, dont j’avais très peuuur du résultat je vous l’avoue, est très agréable voire même par moment délicat qui capte très bien les codes de langage de l’aristocratie (ex : quand tu dis quelque chose d’aimable à quelqu’un alors qu’en réalité tu viens d’insulter sa famille sur 6 générations). En même temps, quoi de plus normal, quand tu apprends que l’autrice a un master en Histoire de Cambridge. La dame sait de quoi elle parle et a bien étudié son sujet. Les dialogues sont savoureux et vivants. Je pense notamment à ceux entre Cora et sa venimeuse et urticante belle-mère qui ferait passer Granny Crawley pour un petit ange bercé d’amour et de bienveillance envers ses semblables.

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La pauvre Cora doit donc se battre toutes griffes dehors sous ses gants en chevreau pour imposer aussi bien son statut au sein de la belle société que son autorité auprès de ses domestiques (qui sont nettement moins sympa que dans Downton Abbey. Ce pauvre Carson serait vraiment outré par tant d’outrecuidance).

Même la « romance » est plutôt bien amenée. Déjà, ce n’est pas sirupeux et ce n’est pas évident non plus. Et puis surtout, ce n’est pas forcément l’intrigue principale étant donnée qu’elle porte sur l’entrée de Cora dans le grande monde en tant que duchesse d’origine étrangère. Ainsi, l’autrice a su très bien jouer des différentes ficelles à sa disposition pour créer des mystères entourant certains personnages dont le duc Ivo le mari de Cora, qui est entre nous sacrément bizarre. Elle place certains pions sur l’échiquier de l’histoire, faisant mine de les abandonner pour les reprendre ensuite et je me suis faite avoir, preuve en est que j’étais totalement à fond (par contre mon « moi sarcastique » ne peut s’empêcher de me chuchoter que si je n’avais pas réussi à rentrer dans le livre, j’aurais vu le truc arriver gros comme une maison…).

Parce que oui mes petits chats, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant exclamée dans mon plumard, avoir quelque frayeur pour un faux pas devant une digne assistance, ronchonnant devant l’attitude du duc, voire insultant copieusement certains personnages *fixe d’un regard noir les personnages en question mais en réalité c’est le mur devant son lit et il n’y a personne et cette Mimine EST COMPLÈTEMENT ZINZIN*. Car des saloperies, il y en a. Comme sans chocolat blanc le Pim’s à la cerise n’aurait aucun intérêt, sans saloperies qui font des filsteputeries dans un roman romantique manqueraient grandement au sel de l’intrigue. Mais je ne vous en dis pas plus. Si ce n’est que j’ai beaucoup insulté dans le vide.

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Mais modérons notre enthousiasme Mimine !

Parce qu’on te voit là, tout feu tout flamme, mais sois honnête, il y a des défauts ?

C’est vrai tu as raison (mais à qui elle parle ?), je dois être sincère avec vous, avec moi, avec le Président de la République, avec le monde entier, oui il y en a quelques-uns.

Oui le comportement de certains personnages est par moment un peu WTF pour, on le sent, coller à l’intrigue (parce que se parler pour dissiper un malentendu ça serait trop simple). Oui quelques pistes amenées par l’autrice n’iront pas bien loin. Mais c’est peut-être le personnage de Bertha, la femme de chambre de Cora, qu’on devine être une ancienne esclave noire, qui m’a un peu plus gênée. Elle prend une importance parfois assez peu justifiée dans le récit, s’octroyant même une intrigue à elle, mais cela a le goût d’inachevé et c’est un peu bancal par rapport au reste de l’histoire. À mon avis, l’introduction de Bertha a été un moyen pour l’autrice de porter non seulement un regard sur une domestique noire au XIXe siècle et la différence de sa condition entre les Etats-Unis ultra raciste et l’Angleterre tolérante, mais aussi de façon plus général sur les domestiques à cette époque, leurs relations avec leur maître/maîtresse et la vie de domesticité anti-libertaire et très contraignante. Or, malheureusement j’ai trouvé cette pauvre Bertha assez peu sympathique et je n’ai pas pu m’attacher à elle autant qu’à sa maîtresse, Cora.

Alors, Mimine une bisounours qui s’ignore ? 

L’idée ne vient pas de moi, mais de ma très chère June qui est persuadée que ma rencontre avec Alexandre Astier l’autre jour m’a rendue gaga tout plein (justement elle est en train de lire le livre, pour valider ou pas ma gaga-titude). Alors, j’avoue, je m’étonne moi-même sur ce coup-là, mais force est de constater, en analysant de manière plus froide les faits, que La dernière duchesse est loin d’être la bluette niaise qu’on pourrait croire, sauvée sans aucun doute par l’aspect historique et la description de la société anglaise sous la vieille reine Victoria.

Que voulez-vous ! Je n’ai jamais pu résister à un roman comme celui-là, moi qui ai toujours été très friande de livres se passant à l’âge d’or de cette aristo-bourgeoisie insouciante, légère et obscènement richissime avant que la Première Guerre mondiale, 20 ans plus tard, ne vienne balayer d’un grand coup tout ce beau monde.

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PS: On me dit dans l’oreillette qu’il existe un autre roman de Daisy Goodwin mais cette fois-ci avec Sissi l’Impératrice et qu’il est déjà dans ma liseuse ? J’ARRIIIIIIVE.

17 réflexions sur “La dernière duchesse – Daisy Goodwin

  1. Ce que tu racontes me rappelle un livre d’Edith Wharton, Chez les heureux du monde qui énonce un peu la même histoire. J’irai bien découvrir ce livre même si moi aussi j’ai de gros préjugés face à certaines collections.

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  2. Je n’en suis qu’à la page 62 mais je confirme déjà pour Bertha. Pour le reste c’est à voir. Ça se lit bien, même si la mini rébellion du début avec Teddy m’a fait levé un sourcil. Heureusement sa mère a pris feu. Youpi ! Comment ça, je suis une sadique ?

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  3. Dis donc tu nous gâtes en ce moment ! Plein plein de chroniques, je suis HEU-REUSE !
    Et c’est rigolo (bon, un rien me fait sourire de rire) mais hier soir, j’ai débuté le tome 1 d’une saga « Secrets d’une nuit d’été » de Lisa KLEYPAS, qui se déroule à la même époque que « La dernière duchesse », notre héroïne est une londonienne qui cherche désespérément un mari (je suis bien contente qu’à notre époque, chercher désespérément sa deuxième chaussette soit plus futilement important qu’avant) (c’est pas ma faute, elles se savent pas rester deux par deux), elle est aidée par trois copines, dont deux riches riches américaines (comme ta Cora) !
    Vraiment, même époque, mêmes motifs, mêmes combats, tout ça tout ça !
    Alors, sauf que, il y a un mais, je ne suis pas non une grande fan des romances, des fleurs bleues et roses, et des niais et des niaises pas milliers….ben page 20 (au tout début), notre héroïne s’humecte déjà les lèvres (où est mon revolver ?), page 21 le baiser de ouf (*s’arme) et après c’est le jeu du chat et de la souris, alors qu’en plus le gars c’est un gentil trop beau musclé et elle, elle veut rester dans ses bras mais enfaite non elle ne veut pas, faut faire durer le suspense en faisant des mélodrames… (PAN !). J’ai visé le mauvais bouquin sur le sujet !
    Du coup, tu me donnes envie de lâcher mon livre pour lire le tien (faut que je me le procure avant !)

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    1. AHAHAHA MAIS CE RIRE ! Limite tu me donnes envie de le tenter tiens ! Pour la magie du sport du tir au canon ! Ici, du côté de ma chère Cora, on nous épargne déjà (un peu plus) ces machins de « oui-mais-non ». Déjà parce que la meuf elle se marie assez vite, toute la problématique étant : va-t-elle s’entendre avec son mari sur le long terme ? Donc si ça te plaît, vas-y fonce. Après ça reste la petite lecture légère et sympa, entre deux lectures plus ardues.

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  4. UNE ROMANCE VICTORIENNE AVEC DES GENTLEMENFILSDEPUTES ?!
    DON’T SAY MORE. J’achète !
    T’façon c’est les seules romances que je lis et que je kiffe, donc évidemment que je vais mettre ce bouquin dans ma wishlist héhé.
    Et merci pour tout ces gifs de Maggie, je ne me lasserais jamais de sa sassynesse ♥

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  5. Haaaaan tu as rencontré Alexandre Astier ? Comment. Je. Suis. Trop. Verte. De. Jalousie. Là. Tout. De. Suite ! XD

    J’avais déjà vu passer ce roman sur quelques blogs anglophones il y a quelques années et je n’y avais pas prêté plus d’attention que cela, mais maintenant j’ai envie de le lire. Du coup hop dans ma wish-list ! De même que son livre où Sissi figure.

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