Le Fléau – Stephen King

Sauf si vous habitez sur Mars, vous n’avez certainement pas manqué de remarquer l’immense lecture commune qu’a lancé Lemon June début septembre autour de son coup de coeur ultime du grand Stephen King. Effet boule de neige, couplé au fait que l’histoire me disait grandement et les 1500 pages ne me faisant pas peur, je me suis lancée dans l’aventure. Verdict ?

Incroyablement mitigée.

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Du jamais vu comme jamais. On est entre le coup de coeur avec frissons et tout et le « j’ai failli abandonner tellement j’en avais ras le pompon ».

Quel est ce prodige ? Comment est-ce possible ? COMMENT SE FAIT-CE ?

Je vous explique tout.

De quoi ça parle ton machin ? 

Avec Le Fléau, Stephen King a crée un univers apocalyptique qui comme son titre l’indique raconte une épidémie foudroyante aux Etats-Unis après une mauvaise manipulation dans un laboratoire militaire secret. Résultat : 99 % de la population se retrouve balayée par un rhume dévastateur qui entraîne une mort dans d’atroces souffrances. Seul 1 % survit miraculeusement avec désormais cette question en tête : maintenant que faire ?

Sur 1500 pages (dans ma version), on va suivre une belle galerie de personnages du début de l’épidémie jusqu’à celui d’un conflit entre le Bien et le Mal dont l’enjeu est la survie de l’humanité tout entière.

Le Fléau, roman fleuve horrifique à deux facettes

Ça partait super bien c’te affaire pourtant. Le monsieur à lunettes avec une tête qui fait un peu peur a le talent dingue et rare d’être extrêmement percutant dès le commencement de son livre. Il happe son lecteur et l’entraîne très vite dans une spirale hypnotisante dont on a du mal à se défaire, même si on comprend pas tout tout tout dès le départ.

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Ici, c’est encore plus prégnant : la description d’un fléau qui petit à petit contamine, comme un caillou qui dévalant une montagne devient un énorme mastodonte de 130 tonnes. La mort est terrible, tout le monde y passe et les détails morbides affluent. C’est très chouette, même si Mimine a fait la grimace deux trois fois. On est chez le Maître de l’Horreur, y a pas de doute.

J’ai adoré l’effet de domino où on avance cas par cas avec la contamination qui déboule dans la petite vie tranquille des gens et balaie un à un puis 100 par 100 la population des Etats-Unis à une vitesse fulgurante. En quelques jours, l’affaire est pliée et Stephen King a su, avec sa capacité à faire durer le plaisir, retranscrire avec un brio dingue, la peur. La peur d’un éternuement, la peur d’un nez qui coule, la peur d’être le prochain et la peur qui résulte d’une catastrophe humaine que personne ne peut empêcher. C’est une véritable tragédie cette histoire : l’issue est fatale, inéluctable.

Et puis, le silence.

Le silence de villes comme New-York devenue muette, sans personne dans les rues, sans bruit de klaxons ni embouteillage ni musique. Une fois de plus Stephen King est très fort. La force évocatrice des mots qui transcende les pages, minute après minute, est puissante. J’étais scotchée, comme un lapin sous les phares d’une voiture en pleine nuit, par l’horreur et l’impuissance ressentie des gens. De là, quelques figures commencent à se détacher du décor. Des gens normaux, des tarés, des psychopathes, des gentils gars et filles de la campagne, bref l’échantillon du survivant a vu le spectre large. Les héros, ou anti-héros, de l’histoire qui finalement ne fait qu’éclore finissent par apparaître. Ils étaient là depuis le début, mais avec le nombre incalculable de personnages que King avait mis en place, difficile de les voir tout à fait, les événements étant assez imprévisibles. Que faire après avoir survécu ? Trouver d’autres survivants,  c’est logique. Ainsi, les êtres humains du nouveau monde vont tenter de se réunir, de se retrouver. D’autant que la plupart ont le même étrange objectif : se rendre à Boulder dans le Colorado.

Et c’est là où ça a commencé à partir en cacahouète

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À partir du moment où les survivants se rejoignent, grâce à des rêves un peu bizarres, l’histoire prend un tournant fantastico-mystique et rentre dans une lutte entre le Bien et le Mal, entre Satan et Dieu, avec au milieu les survivants qui doivent choisir leur camp.

Okay. King fait son zinzin, pas de souci.

Par contre, j’ai commencé à devenir un poil sceptique face à la tournure des événements quand l’histoire ne va pas tarder à traîner des savates façon COMAC’. 

Dès les 700 pages atteintes, le rythme ralentit pour poser la nouvelle configuration du monde et du petit groupe de survivants, ce qui est parfaitement normal. Mais alors est-ce qu’il était VRAIMENT nécessaire de nous taper toutes les réunions de la nouvelle civilisation que les survivants tentent de reconstruire, sur comment on gère une ville dans ces moindres détails en mode SimCity ? Je veux dire, vous avez une guerre qui se prépare les gars, est-ce que ça ne serait pas le moment de se bouger la citrouille ? Ne serait-ce pas mon cher Stephen le moment de balancer un peu la sauce puisque tu veux nous raconter une guerre entre le Bien et le Mal ? LE BIEN ET LE MAL FUCKING JESUS. C’est pas la guerre des boutons, on est bien d’accord ?

Eh bien non. Ça ronronne, ça prend son temps, ça papote (beaucoup trop). Au lieu de faire BOUM, ça fait

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Stephen King m’a semblé perdre sa nervosité sur ce coup-là, ses uppercuts à répétition du début sont loin et son écriture devient de plus en plus verbeuse avec des dialogues longs à mesure qu’on avance dans la seconde partie. J’sais pas ce que nous a fait Kiki, mais ça ressemble à du Alexandre Dumas dans ses mauvais jours, parce que voilà qu’il se met à allonger les pages où ça tourne sacrément en ronronnage de matou pépère, autant les personnages que ce qu’ils se disent.

Voyez plutôt.

Exemple de contenu d’un des fameux dialogues : Untel dit à Machine que Trucmuche a fait un mauvais rêve sur la guerre. Machine va aller dire à Bidule que Untel lui a dit que Trucmuche a fait un mauvais rêve sur la guerre et que c’est peut-être embêtant. Bidule conseille à Machine d’en parler à Tartempion et lui raconte ce qu’a fait Trucmuche.

J’exagère à peine.

Tu me fais ça mon chaton, tu me perds. Et assez définitivement en fait. Parce que s’il y a bien quelque chose qui me tape sur le cigare c’est quand les auteurs, à l’instar de Joël Dicker ou Lucinda Riley (dont le Ange de Marchmont Hall m’avait ulcérée), écrivent beaucoup trop de dialogues alors qu’ils pourraient être remplacés par de la narration ou par des ellipses (sauts dans le temps). Je trouve vraiment que c’est le signe d’une paresse intellectuelle et ça me met en boule qu’un écrivain aussi talentueux que le King puisse tomber dans cet écueil.

Alors d’accord, King veut, de ce que j’ai pu interpréter, nous retranscrire au détail près les premiers jours de la nouvelle civilisation des survivants « gentils » (parce qu’il y a des méchants mais je vais y revenir). Or, mon coco, c’est très louable, mais quand tu nous le fais sur 400 pages, alors qu’il y a peut-être plus intéressant à raconter (une guerre par exemple je sais pas), personnellement j’ai du mal à contenir mon agacement.

Du coup, le groupe des gentils, ceux qui parlent pour ne rien dire, sont devenus à mes yeux très vite inintéressants. Pas de bol, ce sont ceux qu’on suit le plus. C’est ballot parce que le groupe des méchants qui eux aussi se sont réunis autour d’un chef énigmatique et terrifiant, sont passionnants. J’ai retrouvé la patte et le génie de Stephen King à chaque passage avec eux. À croire qu’il ne sait écrire que des choses horribles… (ou que je n’aime que les choses horribles… ?). J’ai fini par le croire en tout cas. Car la construction psychologique de ses personnages « gentils » est franchement pas terrible. Assez binaire, par exemple les femmes sont soit des traîtres nymphomanes, soit des femmes au foyer insipides. Même le personnage principal féminin est vite relégué à la cuisine et aux tâches ménagères dès qu’elle devient le love interest d’un des héros et que les choses rentrent un peu près dans l’ordre niveau civilisation.

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Je ne vous cache pas que j’ai sauté des pages assez vite (d’ailleurs fait marquant, je pouvais sauter 20 pages, nos héros étaient quasiment au même endroit où je les avais laissés). Un peu dépitée d’un tel fossé entre mon excitation des premières 700 pages qui me faisaient dire « ce bouquin va être un coup de coeur » et mon ennui des 700 dernières, j’ai péniblement fini le roman sur un soupir de soulagement.

Finissons-en ! 

A chaque fois que je lis du King, il me fait le même effet. Que se soit avec Ça ou même (à moindre mesure) Shining, je suis appâtée comme jamais par le début qui démarre toujours très fort et mon enthousiasme s’effrite quelque peu jusqu’à la fin. Je trouve que son style un peu baroque, fait de digressions et de longueurs, se perd parfois et donne l’impression d’avoir du mal à se recentrer sur l’histoire. Mais là, je crois que c’est la première fois que j’ai ressenti des émotions aussi contradictoires entre le début et la fin d’une de ses oeuvres.

Faut avouer que chez King, la subtilité c’est pas trop son truc, encore moins quand il s’agit d’écrire des personnages « normaux » dont il est incapable de rendre la même justesse psychologique qu’il accorde à ses personnages perturbés. Très vite, on tombe dans la caricature et c’est ce que j’ai ressenti avec les relations amoureuses « normales » de certains personnages qui prennent alors un côté « fleur bleue » et juvénile assez déroutant. Alors que dès qu’il est question d’horreur, de perversité et autres images déprimantes, King est le roi, c’est certain.

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18 réflexions sur “Le Fléau – Stephen King

  1. J’y crois pas que t’as dit du mal d’Alexandre Dumas. Pour dire qu’il était chiant en plus. Mais j’y crois de chez j’y crois pas. T’as confondu avec Balzac ouquè? Alex il fait de l’aventure à coup d’épée, à balles de scènes dynamiques, c’est pas chez lui qu’on moisit de la fesse.
    À part ça : Merci pour cette super critique. J’avais prévu de lire le Fléau avec Lemon June et toute sa clique mais la personne qui devait me prêter ce roman, cette traîtresse, ne l’a pas fait. Du coup comme je suis plutôt molle comme personne, sauf quand je suis surexcitée, j’ai laissé coulé. Bref donc. Excellente critique, qui rend compte très fidèlement des atouts et faiblesses du roman avec ton regard et ta verve habituels. Cimer <3

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    1. Alors attention ATTENTION Dudu c’est mon copain. Je l’adore je l’adore je l’adore et je le remercierai à jamais de me faire rêver depuis 28 ans (ouais la meuf a lu Dumas à 1 an BIEN SUR) avec les Trois mousquetaires et le Comte de Monte Cristo (dans mon coeur à jamais). MAIS. Faut avouer, que Dudu il avait des problèmes de sousous assez souvent et que dans le genre (comme Honoré) je te rallonge le bouquin de quelques chapitres ni vu ni connu, c’est le champion (moi le Carnaval de Venise dans le Comte de Monte Cristo dans l’genre « Alex on voit que tu brodes là ARRETE » je l’ai encore là). Du coup, le parallèle avec Kiki est un peu hasardeux je l’avoue, mais que veux-tu la FULGURANCE DE L’ARTISTE est incompréhensible parfois.

      Voilà voilà.

      Mais c’est sympa de revoir ta trogne, dis ! J’ai vu que tu avais écrit un article sur La Belle Sauvage (Hasard des génies, je suis en train de me relire Dark Marterials). Je me réserve ça pour bientôt, un article de toi ça se savoure avec un thé et des gâteaux, pas comme ça à la va comme je te pousse sur un coin de table.

      Des bisous et des coeurs.

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  2. Déjà merci pour ton utilisation de gifs de Chanlder, c’est toujours un plaisir de voir sa douce bouille ♥
    Sinon, quelle belle ambivalence dis donc ! Perso je peux pas dire parce que j’ai jamais lu de roman de King (flippette spotted) mais du coooup, bah ça me donne encore plus de réserve pour me lancer.
    J’aime pas avoir peur et j’aime pas m’ennuyer voitu :/
    Enfin, comme d’hab’ merci pour tes chroniques ultra intéressantes et pertinentes ! =)

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    1. Merci beaucoup Plouf ! <3
      Figure toi que j'ai pensé à toi, en faisant des gifs de cet article quelque chose de thématique Friends-ly ! D'autant qu'avec lui et le nombre de gifs à son effigie, tu peux expliquer n'importe quoi, toutes les émotions y sont xD (Matthew Perry ce génie non reconnu à sa juste valeur <3).
      Pour le King, je me dis que ses plus courts romans sont peut-être plus intéressants, car déjà il part pas dans tous les sens. J'en ai pas encore lu tu me diras… Mais y a son roman auto-censuré, Rage qui ne fait que 251 pages sur les massacres de masse dans les lycées. Ouais encore un sujet sympa et rigolo. xD

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  3. Je n’ai pas lu ce King. En fait, je n’en ai lu qu’un Salem, et j’avoue partager ton analyse quand à son style d’écriture. Un bon début, un milieu un peu mou, et puis c’est reparti. J’ai bien aimé, mais je n’ai pas été conquise. Pour le Fléau, donc, je ne sais pas sir je vais me taper des pages et des pages à peine intéressantes.

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  4. Ahahahahahahah, mais TELLEMENT. Sauf que moi, j’ai craqué et je l’ai pas terminé. Aux alentours de la 788e page, j’ai dit stop, je l’ai rendu (en retard, en plus) à la médiathèque et je me suis dit que ce serait peut-être bien le premier livre que je ne terminerai jamais de ma vie (alors que je me suis forcée à finir Mme Bovary, hein, il faut le savoir quand même).

    Sérieux, c’est quoi ce délire manichéen du Bien contre le Mal ? Est-ce que c’était nécessaire ? Non hein, on peut le dire. Et le personnage de Nadine, on en parle ou pas ? Enfin, de manière générale, comme toi, j’ai tous eu envie de les assassiner à un moment tellement ils sont idiots et sans relief… (le pire étant la meuf enceinte dont j’ai oublié le prénom).

    Bref, mon avis en trois mots : « Corde ou fusil ? ».

    WHOUATE ZEU FEUK STEPHEN, whouate zeu feuque.

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    1. ON EST TELLEMENT D’ACCORD. Et c’est clair que si les personnages masculins sont pas super super top, les perso féminins MANDIEU. Frannie ! Voilà ça y est je m’en souviens, c’est Frannie qu’elle s’appelle la meuf qui revient aux tâches ménagères aussi sec dès qu’elle est enceinte et casée. SUPER.
      Et puis Nadine, je sais pas, King s’est fait un porn-trip d’ado prépubère, et même si le personnage pouvait être intéressant dans sa dynamique, bah c’est un peu balayé par la subtilité légendaire d’éléphant obèse de Stephen. Y a eu des scènes je me disais tout haut « Mais qu’est-ce que tu nous fais Kiki ? Arrête, c’est ridicule ! »

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  5. La petite pique sur Dumas m’a fait glousser parce que quand j’ai lu Les Trois Mousquetaires il y a quelques années, j’ai passé mon temps à râler que « dis-donc Alexandre, ça se voit que quelqu’un était payé à la ligne, hein ». C’est le roi du tartinage ! XD

    Pour avoir lu quelques livres de Stephen King quand j’étais ado, puis pour l’avoir abandonné au beau milieu de Cujo car une scène avec un bébé m’avait traumatisée (je n’ai plus jamais voulu ouvrir un King après ça. Cela dit j’ai 11/22/63 dans ma PAL depuis un petit moment, parce que l’assassinat de Kennedy est l’une des énigmes historiques qui me fascine le plus, et parce qu’on m’a juré que ça allait me plaire. Y’a intérêt pour le on en question ^^), je me rends compte que tu as mis des mots sur ce qui m’a toujours embêtée dans son écriture.

    Sinon je n’ai pas lu Le Fléau mais en lisant ta chronique je me suis aperçue que l’histoire me disait quelque chose, du coup je suis allée voir s’il avait été adapté, et bingo il y a eu un téléfilm dans les 90’s que j’ai dû voir.

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  6. J’étais tentée par l’idée de le lire, mais vu l’effet que me font les pavés qui traînent en longueur, je suis un peu moins tentée d’un coup…

    Sinon dans le genre quifaitpaspeurparcequejesuisuneflippette, j’ai beaucoup aimé La ligne verte, qui ne m’a pas paru longuet du tout !

    (et comme d’hab, ta chronique est très chouette ♥)

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