Une douce lueur de malveillance – Dan Chaon

Bon je sors des cartons, de la monte et descente d’escalier à t’en faire cracher les poumons et de mes affaires de rangement pour venir vous causer bouquin. Parce que soyons honnêtes,

ça m’avait manqué de ne pas (vous) écrire.

surtout qu’en faisant ces petits calculs d’apothicaire, Mimine a engrangé un peu de retard dans les publications. Ne faites pas les étonnés, vous le savez, je le sais, Mimine et l’organisation ça fait 3876578.

DONC.

Parlons bien parlons peu (hahaHAHA), je vous présente la dernière lecture du mois d’août, un excellent roman de la rentrée littéraire américaine (pas de français cette année, comme pour Chaton, je fais la gueule à la RL française qui est d’un déprimant xanatique) (gardez cette phrase pour plus tard… ça va vite devenir ironique).

De quoi ça cause ton machin ? 

Attention, c’est du lourd, j’préfère prévenir.

Dustin Tillman est psychologue, père de deux grands garçons et marié, et coule des jours heureux et paisibles. Or voilà, sa cousine qu’il n’a pas revu depuis des années l’appelle en urgence : le frère adoptif de Dustin, Rusty, vient d’être libéré de prison après y avoir passé 30 ans pour le massacre de la famille Tillman, père/mère/oncle et tante. Car, il y a eu un petit problème : on remet en cause le témoignage de Dustin, qui avait alors une dizaine d’années, sur lequel l’accusation s’était basée pour mettre en prison Rusty. Et il s’avère que Dustin aurait menti…

De l’autre côté, un patient de Dustin, Ariq un ancien policier, vient le voir pour lui demander son aide. De jeunes étudiants disparus sont retrouvés noyés et Ariq y voit la marque d’un serial killer. Pour échapper à ses problèmes personnels, Dustin le suit dans l’enquête.

Chaon is the New Black 

Bon, on va pas y aller par quatre lupanards, Chaon a écrit un des romans les plus opaques, noirs et tortueux que j’ai lu (j’en ai peut-être pas lu beaucoup remarquez, ma parole est sujette à caution) (et c’est la meuf qui a lu Corrosion qui parle hein). On entend souvent le terme « thriller psychologique » un peu partout et je crois qu’on peut dire aisément que Chaon renvoie dans le décor ce terme galvanisé avec un kick du pied gauche de Chuck Norris.

Parce que psychologique c’est ce qui détermine TOUT le roman.

PS : avant de continuer, ce livre est génial. Voilà.

J’vous cite quelques lignes du roman (présentes dans le résumé de quatrième de couv’) :

Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une.

Ça, mes cocos, ça résume parfaitement ce que le roman tente d’explorer : finalement qui sommes-nous réellement si ce n’est qu’une accumulation d’événements dont nous en avons tiré une projection de nous-mêmes déformés et précaires ?

Et c’est ce qui va déterminer la façon dont le récit complexe, avec flashback et plusieurs niveau de narration, va s’articuler autour d’un événement du passé et ce qu’il se passe maintenant avec la disparition de jeunes adultes et les problèmes personnels des personnages. D’autant que les personnages justement que nous offrent Chaon sont particulièrement…

spéciaux

(ou zinzins c’est comme vous préférez)

Dustin est complètement à l’ouest depuis un drame familial (pas celui de son enfance, un tout nouveau qui arrive au tout début de roman) (ce pauvre homme a une chance de cocu) et perd aisément les pédales ; un de ses fils est accro à l’héroïne, l’autre fuit la famille du mieux qu’il peut ; Ariq le patient, on se demande toujours c’est quoi son problème pour avoir été viré de la police ; et Rusty, le frère adoptif qui revient à la vie civile après avoir passé 30 années en prison pour rien, on se demande également ce qu’il compte réellement faire à Dustin.

Si vous commencez à vous dire que ce roman est marteau,

vous avez raison.

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C’est même sacrément tortueux car si je relis mes notes (j’ai du coucher sur papier mes impressions au fur et à mesure de ma lecture, ce que je ne fais JAMAIS) c’te lecture ça a été un poil cotin-coton. Parce que ce que je ne savais pas, découvrant la papatte de Chaon pour la première fois, c’est qu’on a affaire ici à :

  1. un récit corsé
  2. une écriture corsée

Du coup, je me suis fait pas mal de noeuds au cerveau car au début je comprenais pas vraiment ce qu’il se passait.

tenor

Et c’est le but mes petits agneaux. Les pistes sont brouillées et si vous pouvez deviner la fin, je vous offrirai une petite médaille en cookie.

Déjà, l’enquête de Dustin et Ariq est plutôt chelou, car l’auteur a fait en sorte que les deux personnages, tapés du ciboulot, ne soient crédibles ni envers les forces de police ni envers le lecteur (moi, toi, vous, nous). Du coup, on s’dit : « Mais à quoi ça sert ? Êtes-vous seulement sûrs et certains que ces jeunes hommes ont été tués ? Parce que les gars, vous commencez à me faire peur là… » Même si ce n’est pas la partie que j’ai préféré, cette partie-là va prendre tout son sens à un certain moment, les pièces de l’immense puzzle que l’auteur a éparpillé se mettant doucement en place.

Là où on reprend le chemin de la « normalité » et du récit « traditionnel » (parce que je vais vous parler de l’écriture dans un instant, vous allez voir, ça va être sympa ça aussi) c’est quand l’auteur nous entraîne dans le récit du passé, avant et après le massacre de la famille dans les années 80 et les conséquences sur les enfants qui ont survécu, Dustin et ses cousines. Et là, on est bien. AH oui qu’on est bien. Les caractères sont décrits de telle manière qu’on se retrouve à penser que tout ce beau monde est sacrément tordu au final. TOUS autant qu’ils sont. Et du coup, on commence à comprendre Dustin (personnage plutôt nébuleux) et dont la fragilité psychologique s’expliquerait (s’il y a explications…) peut-être dans son passé.

Moi, vous me connaissez, j’étais dans mes petits souliers. Le niveau de kiffage était grandement atteint.

Mais parlons écriture deux sec’

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La narration fait des loopings niveau Grand Huit de DisneyLand Paris. Parce que c’est bien mignon d’avoir un récit à deux temporalités, avec tout ce que ça implique de retours en arrière, et des changements de focalisation régulièrement, mais ça ne suffisait pas à Dan Chaon NON MADAME.

Un moment donné, sans t’y attendre, tu te retrouves avec ça :

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Des grands cadres avec des petites colonnes. Et chaque colonne, mes enfants, c’est un récit différent fait par plusieurs narrateurs qui se chevauchent.

Yep.

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J’ai pas tout tout pané malheureusement et j’ai du mal à voir la signification de tout ça. Il me semble que ça a voir avec la psychologie et la fragmentation de l’esprit que découpent en petites cases certaines personnes pour oublier, nier des événements, ou tout simplement gérer les émotions.

Et c’est là que je me dis que j’aimerais bien le relire ce roman, car les niveaux de lecture sont tels que j’ai certainement manqué deux trois petites choses.

Autre spécificité, que j’ai trouvé assez géniale personnellement, c’est quand un personnage qui est en focalisation interne ne réapparaît plus dans l’histoire (c’est à dire, un personnage que l’on suit à la première personne du singulier et auquel on a accès aux pensées intérieures), pour une raison X ou Y, son récit, ce qui le concerne et toutes les questions qui vont avec, s’arrêtent.

Exemple au hasard (sans rapport avec le roman) : Martin a perdu son chien. Où est-il ? S’est-il sauvé, a-t-il été enlevé ? Si Martin ne réapparaît plus dans le récit parce qu’il s’est fait renverser par une voiture par exemple et qu’il en est mort, le lecteur ne saura jamais ce qui est arrivé au chien.

Ainsi, ne vous attendez pas à ce que ce roman vous donne toutes les réponses sur un plateau d’argent, (c’est pas le genre de la maison, chuchote Chaon). Car arrivés à la fin, même si vous comprenez enfin ce que ce mic-mac a de cohérent et que les fils principaux ont été reliés ensemble, quelques questions resteront en suspens, créant par là une montée de tension (et parfois d’horreur) très bien amenée.

Si vous voulez, j’ai terminé le roman avec cette tête-là :

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Concluons mes bons 

Malgré sa complexité et les nombreux retournements de cervical façon « Exorciste 1973 » qu’il a causé et même si les débuts n’ont pas été facile, je n’ai eu aucun mal à être happée par l’ambiance poisseuse, glauque et mystérieuse qu’a su créer Dan Chaon avec Une douce lueur de malveillance. Jouant habilement du suspens couplé à la grande fragilité psychologique de ses personnages, puis par le style original de Chaon (que j’ai franchement adoré) le roman mêle à la fois le côté thriller page-turner et le roman noir tortueux dans la grande veine des écrivains américains du moment. Et ce, avec un grand talent de brodeur qui coud une toile d’araignée aux multiples ramifications et aux pièges acérés.

Coup de coeur. Tout simplement.

13 réflexions sur “Une douce lueur de malveillance – Dan Chaon

  1. Non mais c’est déloyal aussi de parler de narration de batard, parce qu’après les belles résolutions de type « j’attends la sortie poche » deviennent impossibles à tenir quoi. Je vais me garder le petit replay de la grande librairie au chaud en plus de cet avis de qualitey !

    (Et je vais aller tâter le terrain avec une collègue bib aujourd’hui pour voir si elle a déniché des trucs en rentrée LF – ultime élan de bonne volonté – mais vu la tronche qu’elle faisait la dernière fois, ça se présente pas choucard cette histoire.)

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