Corrosion – Jon Bassoff

La bonne résolution du moment c’est 1/ reprendre son Bujo et son organisation ; 2/ redonner un rythme correct aux publications du blog. Donc d’après la liste que j’ai faite, j’ai quand même lu des trucs sympas ces dernières semaines et y a des petites articles à vous fourguer.

Dont un roman (littérature américaine, éditions Gallmeister, collection Totem, amour toussa…) qui m’a fait passé une soirée lecture tard dans la nuit franchement pas dégueu.

De quoi ça parle ton machin ? 

Joseph Downs, un ancien soldat revenu d’Irak, avec une sacrée gueule en prime, se trouve dans un bar paumé au milieu de nulle part quand une femme se fait tabasser par son mec sous ses yeux. Ni une ni deux, le vétéran s’occupe du mari à la main volatile et le chasse du lieu. Puis, la femme propose à son sauveur un plan un peu foufou : tuer le mari pour toucher l’assurance vie et partir avec le magot tous les deux loin loin loin.

Mais comme dit l’adage, il ne faut jamais faire confiance aux inconnus. Car forcément, ça ne va pas se passer du tout comme prévu.

Du tout.

La vérité, c’était comment ?

La vérité, c’est que j’aime les romans chelous. Et j’ai beaucoup, beaucoup aimé Corrosion. Qui est donc un roman chelou.

Je vous l’ai déjà dit dans ma précédente chronique, les saloperies, les gens pas gentils et l’âme humaine noire noire noire, j’adore ça.

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Et ce roman en particulier, ben il est grave tapé du ciboulot. Ce que nous propose Jon Bassoff c’est un road trip assez halluciné, d’une noirceur parfois hardcore et virant dans le grotesque, avec un anti-héros mystérieux qui cache bien son jeu. Du genre que t’es dans ton plumard, un soir d’été, t’es tranquille et puis tu te retrouves dans la voiture d’un mec très bizarre qui a un comportement… psychotique.

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Tu te dis que tu vas poser le livre pour le reprendre plus tard (par exemple le lendemain matin, à la lumière du jour), mais Jon Bassoff a ce talent d’hypnotiseur qui t’empêche de refermer le livre. C’est sur ce point, et sur l’anti-héros Joseph, que Corrosion (qui porte trèèèès bien son titre) m’a fait beaucoup penser à Jesse le héros de Lawrence Millman, roman noir dont je vous avais parlé avec moult enthousiasme en avril dernier.

Car tous deux partagent cette fascination, peut-être macabre, de l’âme humaine dans ce qu’elle peut contenir de plus sale. Une fascination vicieuse qui va jusqu’à décrire les méandres psychologiques dans lesquels sont plongés leurs anti-héros avec un brio et une humanité (sisi c’est possible) que je trouve assez admirable dans ce genre d’histoire. Alors je ne vais pas vous dire que j’ai éprouvé un amour fou pour Joseph, je ne suis pas zinzin à ce point, mais à l’instar d’un Jesse ou d’un Patrick Bateman, j’ai immédiatement ressenti ce magnétisme qu’ils génèrent par leur folie.

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Comme je disais plus haut, Corrosion prend des allures de road-trip dans une Amérique profonde et bouseuse, où la guerre en Irak a laissé des séquelles, et on suit un type pas normalnormal durant plusieurs épisodes de sa vie : sa jeunesse perturbée puis l’âge adulte… perturbée. On est dans sa tête et forcément la proximité entre lui et le lecteur se créé. L’auteur va jouer du coup sur la perception que l’anti-héros a de son monde et de son existence, en parfait décalage avec celle du lecteur (sauf si le lecteur est lui aussi un psychopathe, alors là…), misant sur son empathie et sa compréhension envers le personnage pour comprendre non seulement son mécanisme mental mais également celui du roman et de sa structure (que j’ai trouvé particulièrement brillante).

Malheureusement, avec ce type d’histoires, surtout celle-ci, je ne peux pas trop parler de l’intrigue. On est sur du mystère autour de la personnalité et de l’identité du personnage principal et l’intérêt majeur du roman est justement de découvrir petit à petit les noeuds entourant Joseph.

Bilanisons tout ça 

Corrosion est typiquement le genre de roman qui demande une immersion totale, en tout cas c’est comme ça que je l’ai vécu (ça tombe bien, il est plutôt court, 212 pages). Même je vais vous dire, je ne crois pas que je l’aurais autant aimé si je ne l’avais lu quasiment d’une traite. Car, à mon sens, c’est là où réside l’importance et l’impact d’un road-trip de ce genre : c’est une expérience d’imagination et d’imprégnation d’un univers, où les images et les émotions fortes se créent très vite. C’est un peu la même impression qu’un film d’horreur ou d’un thriller : pour vivre l’expérience à fond, il ne faut pas s’arrêter, il ne faut pas revenir à sa réalité jusqu’à ce qu’on ait fini, au risque de briser « la magie » du machin.

Bref tout ça pour dire que Jon Bassoff, « l’écrivain dérangé » (ses collègues l’ont surnommé ainsi #truestory), bah c’est un p’tit nom que je vais garder dans un coin de ma tête. J’ai beaucoup aimé son style, ses phrases, la gestion du rythme et la concision de sa narration percutante comme un poids-lourd à 180 km/h. C’est pas dit que je ne lirai pas le reste de sa bibliographie (j’ai lu le résumé des Incurables, ça va encore envoyer du lourd cette histoire…!).

Le p’tit truc en + : Mention toute spéciale pour l’illustration de la couverture d’une beauté folle et pour sa représentation parfaite du roman. Il me suffit de la regarder pour avoir les images de ma lecture immédiatement. Donc, chapeau l’artiste (Mathieu Persan), non ?

14 réflexions sur “Corrosion – Jon Bassoff

  1. Tu l’as si bien vendu, que je meurs maintenant d’envie de le lire ! En plus les températures redescendent et présentement (vu de ma fenêtre au bureau dans lequel je m’ennuie comme une ratte morte), c’est l’atmosphère PARFAITE pour accompagner la lecture de ce bouquin.
    Je ne te laisse pas souvent de commentaires (pour ainsi dire jamais, je crois. Ahem), mais je trouve toujours tes chroniques brillantes et hyper bien écrites. Elles me donnent toujours envie (ou non, selon ta critique) de lire le bouquin dont tu parles

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  2. Je l’ai dans ma PAL et je me le resservais pour un moment où j’aurais le temps de le lire d’une traite. Ton article me confirme que c’est une bonne idée. Maintenant j’ai hâte de m’y plonger ! Et je te rejoint sur les couvertures de Gallmeister, en plus d’être sublimes elles illustrent tellement bien le contenu du livre.

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