Brexit Romance – Clémentine Beauvais

Ah je l’attendais celui-là, de pied ferme, j’aime autant vous le dire ! Alors quand Sarbacane a annoncé en grande pompe et Bristish Style la sortie du dernier Clémentine Beauvais, j’ai fait « hurra hurra ».

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Il faut dire qu’après mes coups de coeur successifs l’année dernière, Songe à la douceur et Les Petites reines, je suis devenue la fan dinguo-dinguée de la Queen Clémentine. J’aime sa pa-patte, son humour, son style et les références classiques et pointues éparpillées, ni vu ni connu, dans ses oeuvres.

Et donc Brexit Romance.

Vous voulez en savoir plus ? MAIS SI VOYONS JE LE SAIS.

Suivez-moi mes scrogneugneux !

De quoi ça parle ton machin ? 

Tout le monde a entendu parlé du Brexit ? Cette brillante idée qui consiste à séparer la Grande-Bretagne de l’Europe, inspirée par des politiciens irresponsables, xénophobes et concons ?

Eukay.

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Pour Justine, jeune et fière britannique, ça la débecte aussi c’te affaire. Le Brexit c’est la fin pour elle et sa génération Erasmus et cosmopolite des libres allées et venues, des échanges et tout simplement de la liberté. Alors, voilà, partant d’une blagounette sur Facebook, Justine et son frère jumeau décide de créer leur start-up matrimoniale, « Brexit Romance ». Son but : marier des Français et des Britanniques non-amoureux dans le seul but d’obtenir les passeports européens et UK. Et ce dans la joie et la bonne humeur.

FUCK le gouvernement, FUCK le Brexit, FUCK Theresa May, FUCK tout.

Mais les choses se corsent un poil pour Justine quand son ami Cosmo, lord anglais conservateur, veut profiter du « Brexit Romance » pour épouser une jeune chanteuse d’opéra française, Marguerite qui est sous la garde de son cerbère de maître à chanter Pierre Kamenev (un brin alcoolique).

Et ça va se corser d’autant plus que le coeur et les sentiments vont s’en mêler…

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C’était comment ce schmilblick ? 

Rafraîchissant, pipou, doux tout en abordant des sujets sérieux.

Car, on peut toujours compter sur Clémentine Beauvais pour nous inventer des histoires rocambolesques. Après l’aventure épique des petites nanas, boudins du lycée, en road-trip à vélo pour crash-gater la Garden Party de l’Elysée, voilà une sympathique, drôle et joyeuse comédie romantique et politique !

Vu la taille du machin (petit pavé de 440 pages), on part sur du roman ambitieux qui élargit les horizons et multiplient les intrigues/personnages. Entre les petits français, Marguerite et Pierre, un peu paumés au milieu d’anglo-saxons à l’accent so british, entre des lords et des fachos, des petits bourgeois et des prolétaires, l’Angleterre passe aux rayons X de l’autrice, sans épargner nos petites manies et nos fachos-xénophobes bien de chez nous. Cocorrricooo !

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Mais ce que j’ai aimé retrouvé par dessus tout dans ce roman c’est le style de Clémentine Beauvais,

sa patoune

sa PAPATTE.

Faut dire qu’elle en a une sacrée bonne. Moi je suis fan (vous ne le saviez pas ?).

1- Déjà on rigole.

Ça, y a pas à chipoter les cousins. Humour que l’on retrouve surtout dans cet amour des jeux de langage et des tournures de phrases. Beauvais s’amuse, ça se sent. Elle nous entraîne dans un monde ludique où le terrain de jeu est en plus super sympa : les rencontres entre Anglais et Français sont propices à des erreurs et à des incompréhensions linguistiques qui provoquent de joyeux et utiles quiproquos à l’intrigue.

C’est qu’en plus elle t’apprend des trucs en anglais. DINGUE.

2- Un sens du dialogue et du rythme ciselé comme des haies taillées avec la précision d’une paire de ciseaux à ongle.

Fin et précis quoi.

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Du coup, les interactions entre les personnages prennent du corps et de la bouteille avec un charme FOU. En gros, on ne s’ennuie jamais.

3- C’est loooooin d’être con

Y a un fond politique indéniable

(sans déc Mimine ! Tu nous scies les guiboles là. Ça parlerait pas de Brexit par hasard ?)

Haha ! Moquez-vous maroufles !

Nan vraiment, Clémentine Beauvais aborde tout un tas de sujets, sans avoir l’air d’y toucher, sans donner l’impression de tomber dans du prospectus démagogue, avec toute la nuance possible et laissant la possibilité au (jeune) lecteur de s’ouvrir à des questions pas toujours facilement accessibles.

Voici ce que j’ai pu lister : le mariage, les relations hommes/femmes, l’amour, l’égalité des sexes, l’hétéro blanc cis ; puis la politique, la conception qu’on a de l’extrême droite, les dérives de la pensée politique (gauche ou droite), les inégalités sociales, la liberté de mouvement, la liberté du choix, la peur de la perte de cette liberté, les inquiétudes d’un monde qui érige des barrières et des murs, la perte d’un rêve d’un monde unifié, le sentiment de révolte mais aussi d’impuissance… BREF. Y a beaucoup de choses, j’vous le cache pas.

ÇA DÉPOTE.

4- Le charme du joliment désuet alliée à la modernité du millennial connecté.

Ce point est mon préf dans la patoune de la Queen Clémentine (et qui m’avait fait tant aimé Songe à la douceur).

Comment vous expliquer ça…

On retrouve cette modernité propre à Beauvais dans la peinture d’une jeunesse de vingtenaires cosmopolites et connectés tout en gardant comme toujours cette touche d’anachronisme absolument délicieuse.

Voyez, par exemple :

on a la bande à Justine, créatrice du Brexit Romance (si vous avez bien tout suivi) qui, grande adepte des réseaux sociaux et autres messageries instantanées, est vissée au smartphone. Donc bien ancrée dans notre époque et nos habitudes (si toi aussi le  like pouce/coeur/rire/grrr/wow des commentaires FB est une affaire sérieuse dans ta communication avec l’Autre, lève la patte).

De l’autre, on a Marguerite et Pierre qui semble tous deux venir d’une autre époque. Ils se vouvoient (oui oui) et leur relation maître/élève particulière étonne tout le monde de par la proximité et l’affection que se vouent les deux protagonistes. Marguerite, orpheline et innocente comme tout droit sortie d’un couvent, rêve de châteaux et de lords anglais, de grandes prairies à la Jane Austen. Tandis que Pierre célibataire endurci, désabusé, bougon et sarcastique, un poil macho, couvant son élève comme une poule, a tout les traits d’un personnage échappé d’un roman de Tolstoï. Autrement dit, ce curieux duo (attachant hein, surtout Pierre. J’ADORE PIERRE) forme un joli anachronisme à eux deux.

Donc,

entre la question des mariages de raison (se marier pour avoir le passeport européen), l’aristocratie qui ne bouge pas d’un pouce dans leurs traditions et leur « maison de campagne » (nous, prolétaire, on appelle ça des manoirs), il n’est pas rare qu’au bout d’un moment, on oublie que l’intrigue se passe au XXIe siècle. Les frontières temporelles se floutent et teintent le récit de cette couleur si spéciale, si unique, si Clémentine Beauvais.

Le seul petit « meh »

(oui y en a un #sorrysorry)

J’ai trouvé que le récit s’éparpillait un peu par moment. Il y a beaucoup de personnages dans ce roman qui gravitent autour du noyau dur que sont Marguerite, Pierre et Justine et certains manquent de développement. L’élastique du récit m’a semblé se tendre souvent au maximum et il manque, à mon goût, à ce joyeux bordel qu’est le « Brexit Romance » et sa clique un peu plus de cohésion où on aurait pu resserrer les cordons de l’intrigue pour former un fil rouge narratif plus prégnant.

La conclu, la conclu, la conclu !  

Voilà d’la bonne surprise, d’la bonne lecture de l’été qu’on nous offre là. Encore une fois, Clémentine Beauvais a touché juste et j’ai retrouvé avec un réel plaisir (et fourmillement de contentement) la PATOUNE que j’aime tant. Avec EN SUS, des références très classes à la littérature gothique, russe et anglaise, Brexit Romance s’enracine dans la modernité et l’actualité (brûlante) européenne où des histoires d’amour naîssent malgré tout.

Parce que c’est peut-être ça le message. C’est peut-être pas beau ce qu’il se passe en ce moment, c’est peut-être assez effrayant même. Mais il reste des choses belles et des histoires humaines à vivre et… à raconter.

N’oublie pas, petit pioupiou,

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11 réflexions sur “Brexit Romance – Clémentine Beauvais

  1. J’ai tellement aimé les deux autres bouquins de l’autrice que j’ai très très peur de celui-ci. En plus, je dois bien t’avouer que le résumé ne m’emballe que très moyennement. Alors bon, c’est sûre que je vais le lire, parce que c’est Clémentine Beauvais, tavu, mais j’ai peur. Même si tu dis avoir aimé et tout et tout.

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    1. J’ai beaucoup aimé parce que j’ai retrouvé la patte que j’aime tant, mais effectivement ce n’est pas le meilleur et pour moi ça n’a pas été un coup de coeur. Le petit « meh » de mon avis, si tu as du mal à passer dessus, ça va être difficile :/

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