Shining – Stephen King (et Stanley Kubrick)

On va oublier gentiment que cet article a plus d’une semaine de retard, hein et pardonner Mimine pour sa gérance très aléatoire de ce blog. #Inadmissible #Rendslargent

Avec ma chère Ourse Bibliophile (<= son avis), on avait grave envie de se faire les dents sur Shining après plusieurs avis enthousiastes. Personnellement, je ne connaissais que le film de Kubrick que j’aimais déjà beaucoup, mais les rumeurs comme quoi le roman et le film n’avait pas grand chose à voir, m’intriguaient fortement.

Alors, y a-t-il eu traîtrise ou pas ? Kubrick a-t-il lu le roman de King ? King a-t-il eu raison d’être en colère ? Les Oreos Golden trahissent-ils les Oreos Original ?

So many questions

tenor (65).gif

Shining, qu’est-ce que c’est ? 

Pour ceux qui vivraient dans une grotte en Uruguay à élever des chèvres albinos depuis 40 ans.

C’est l’histoire de Jack Torrance et de sa famille qui viennent emménager pendant l’hiver en montagne, coupés du monde, dans l’immense hôtel Overlook. Or Jack, qui a besoin de calme pour 1/ écrire son bouquin, 2/ gérer son abstinence à l’alcool, 3/ son impulsivité violente, se prend très vite d’un profond intérêt pour l’histoire de l’hôtel qui, le comprend-on, va petit à petit prendre le pas sur son esprit. A côté de ça, le fils de Jack, Danny un gamin de 5 ans HYPER mature pour son âge (mais je vais y revenir), a un étrange don de clairvoyance qui lui permet de prévenir les dangers.

Et des dangers il va y en avoir, c’est moi qui vous l’dis.

La bataille des deux K 

Petit récap’ avant de commencer : donc Stephen King a écrit The Shining en 1977. Gros succès et pouf Stanley Kubrick s’empare du projet et réalise une adaptation en 1980. Devenu culte au fil des ans, considéré comme THE masterpiece du genre horrifique renouvelé par Kubrick, Shining a conquis le monde entier sauf… Stephen King qui n’a pas du tout aimé le traitement de son histoire.

tenor (56).gif

Tellement déçu qu’il a demandé à ce qu’on retire son nom du film, King a décidé de produire et d’écrire sa propre vision de l’oeuvre dans une mini-série (que je n’ai pas vue). Même si plus proche du roman d’après les critiques, la série n’a pas rencontré un succès phénoménal…

Alors, du film ou du livre, c’est qui l’patron ?

Les paris sont ouverts

tenor (62).gif

1. L’histoire, kif-kif bourricot

Même topo : une famille avec des problèmes, enfermée dans un immense hôtel au passé trouble, dans un décor de montagne enneigée où va se dérouler des faits très TRÈS étranges.

Le film d’ailleurs reprend des passages exactes du roman et va jusqu’à donner des éclaircissements quand le roman restait flou.

Exemple, le truc que j’ai jamais compris : Pourquoi diable fermer un hôtel de montagne en plein hiver alors que ça serait l’idéal pour les sports d’hiver et se faire plein de PÉPÈTES ? Réponse : pas de route assez praticable, coûte trop d’argent, etc. Mmmwé… genre personne n’a pensé que ça pourrait être carrément rentable cette affaire ? Du coup ça tient toujours pas la route mais le film de Stanley Kubrick a fait l’effort, car je sens que ça le titillait cette incohérence.

Mais là où diffère considérablement les deux oeuvres, c’est sur la complexité de son propos. Chez King, on a affaire à deux romans en un :

  1. L’histoire d’un homme qui se bat contre l’alcoolisme, contre son passé familial, qui s’interroge sur son statut de mari et d’homme, bref qui nous donne un récit contemporain et psychologique passionnant ;
  2. Les événements à l’hôtel, Danny, Shining, etc.

Ce qui nous amène au point suivant.

2. Les personnages

Chez Kubrick, si j’ai toujours adoré son film pour l’ambiance, sa musique, ses décors (mandieu cet hôtel), je n’ai jamais aimé ses personnages. Jack Nicholson est absolument merveilleux même s’il frise la clownerie, mais son personnage est détestable dès la première apparition. Impossible de s’y attacher. D’ailleurs, on distingue mal le basculement de Jack version Nicholson, n’était-il pas déjà atteint dès le début ? Quant à Shelley Duvall, elle campe une Wendy sans aucune personnalité et si insupportable que j’éclate de rire à chaque fois que Jack l’envoie promener brutalement.

tenor (60).gif

Un Yucca aurait plus de charisme que cette pauvre femme. Le seul qui a une subtilité de jeu incroyable et transmet beaucoup sans dire un mot c’est le jeune acteur qui joue Danny.

Côté roman, ce n’est pas DU TOUT la même limonade vous imaginez bien. La complexité de l’histoire rejoint celle des personnages et notamment celle de Jack Torrance.

a) Jack Torrance

Soyons clair, c’est clairement le personnage le plus intéressant de TOUT le roman. Complexe et ambigu, Jack est tout aussi attachant et sympathique qu’il peut être franchement détestable. Père de famille et époux aimant, il est pourtant blessé par ses nombreux échecs personnels et professionnels. Il semble ainsi écartelé constamment par l’idée qu’il se fait d’un homme et d’un chef de famille, mais comme il n’arrive pas à atteindre cet idéal masculin, sa rancoeur et son aigreur s’intensifient. Il n’a pas de boulot fixe, il gagne peu d’argent et un épisode traumatique avec son fils le hante profondément. Entre colère noire, orgueil blessé, culpabilité et problèmes d’alcool, Jack est un anti-héros tout ce qui a de plus complet, gagnant en humanité tandis que King met en avant l’alcoolisme comme élément principal et moteur de son personnage. Sujet que King connaît bien pour avoir plusieurs fois été en cure de désintox et les passages sur l’addiction de Jack sentent le vécu. Là tu comprends la colère de King envers le film de Kubrick : l’élément de l’alcoolisme n’est jamais abordé pour décrire la personnalité de Jack, enlevant ainsi un important enjeu psychologique du récit et rendant la descente aux enfers moins crédible.

b) Wendy Torrance

Fini la quiche tartiflette stupide et bouche ouverte juste insupportable. Ici, Wendy est une femme aimante, forte que j’ai bien aimé suivre. Son rôle de mère et d’épouse est en plus difficile : elle doit jongler entre les étranges pouvoirs de son fils et le danger que représente l’addiction de son mari. C’est le personnage qui représente cette lumière salvatrice, pour son mari et son fils, et la seule à ne pas être « attaquée » directement par l’aura de l’hôtel. Bon après, on va pas se le cacher, Wendy reste Wendy, ce n’est pas non plus le personnage le plus développé ni le plus intéressant du roman.

c) Danny Torrance

tenor (61)

Et là c’est la petite tuile : le gosse m’a agacée au plus haut point. J’ai personnellement beaucoup de mal avec les petits génies précoces d’autant plus quand c’est dans un roman. Parce qu’il faut le faire parler le môme et comment tu fais pour rentrer dans la tête d’un gosse de 5 ans ? Soit tu tombes dans le ridicule et la parodie, soit tu tombes dans une sorte de mixité, mi-adulte mi-enfant très très bizarre. Du coup là, on se retrouve avec un gamin d’une maturité folle pour son âge, qui a des conversations limites et qui exprime ses sentiments et ce qu’il voit avec une profondeur psychologique que même toi adulte responsable t’as mis du temps à avoir. Certes, sa personnalité a été formée à partir de ses dons extralucides qui lui font voir et comprendre des choses inadaptées pour un jeune enfant… mais je continue de préférer le mutisme du petit Danny version Kubrick.

d) L’hôtel Overlook 

Alors que dans le film, l’image impose l’aura de l’hôtel avec minimalisme et grandeur, le roman creuse le passé du lieu à travers les recherches de Jack pour son roman à partir d’un vieil album poussiéreux contenant des articles de journaux sur l’hôtel. Et franchement les copains, c’est peut-être les meilleurs passages du roman : on découvre en même temps que Jack l’étrangeté de l’hôtel où les disparitions et les morts s’enchaînent dans une quasi indifférence et on sent très vite que la fascination de Jack devient de plus en plus obsessionnelle, voire anormale. Le lieu est pesant, chaque coin de couloir et d’arbuste se cache une étrangeté et King joue très souvent sur la ligne entre réalité et hallucination. C’est d’autant plus habile que les personnages victimes de ces phénomènes sont Danny, un enfant et Jack, un ex-alcoolique en proie aux démons de la tentation, donc pas les personnes les plus viables et rationnelles pour le lecteur qui se pose des questions.

Bonus : pour preuve que le film de Kubrick respecte beaucoup le roman (plus qu’on ne le croit), on aperçoit sur le bureau de Jack une sorte de livre ouvert avec des articles découpés : le fameux album que Jack aura très certainement trouvé hors champ.

 

Et le gagnant est… 

Les deux mon capitaine.

Sérieusement ? Genre la meuf, elle nous a tartinés la margoulette sur 1 555 mots juste pour nous dire « ex aequo » ?

tenor (64).gif

Yup.

Je vais préférer le style, le visuel et la fin de Kubrick tandis que j’adore la dimension psychologique de King. Kubrick est resté très light sur les apparitions fantastiques ? Chez King, l’effet est beaucoup plus prononcé, mais tous les deux jouent sur la réalité et la perception qu’en ont les personnages, une réalité distordue qui frôle l’insolite chez Kubrick et le fantastique chez King.

Le film et le livre ont une interprétation différente de la même histoire et je trouve qu’ils se complètent énormément, se surpassant mutuellement, à tour de rôle. Entre le minimalisme de Kubrick et la verve fantastique et horrifique de King, on a deux oeuvres, l’une répondant souvent à la première, qui restent indissociables. 

 

17 réflexions sur “Shining – Stephen King (et Stanley Kubrick)

  1. Youpi ! On l’aura attendue, mais elle envoie du lourd cette chronique ! C’est super intéressant de te lire, tu me donnes presque envie de le relire là tout de suite maintenant. Détaillé, convaincant… nickel, quoi. Comme d’hab’ !
    (ET. Tu arrives presque à me convaincre d’aimer le film. Juste un instant. Et là, je repense aux personnages, puis aux détails sur l’hôtel, puis à la fin (parce que perso, j’ai préféré celle de King)… et c’est foutu à nouveau. ^^)
    En tout cas, c’était très chouette de partager cette lecture avec toi !

    Aimé par 1 personne

  2. Super chronique ! Pour avoir étudié pendant un semestre Shining à la fac (oui madame !), je peux te dire que la version série télé de King est juste inbouffable aujourd’hui. Ça a très mal vieilli (mais ça on pourrait s’y faire) et le fantastique est poussé tellement à fond que ça en est risible…

    Aimé par 1 personne

  3. Il y a pas à dire, tes articles sont toujours hyper passionnants !
    Merci pour ce travail d’analyse ! Je ne sais pas si je me lancerai dans le livre (parce que je suis une flippette et que j’ai été traumatisée un peu par le film que notre prof de 4eme nous avait diffusée en cours. J’avais 13 ANS.), mais tu me donnes un peu envie de sauter le pas, rien que pour noter tous les détails dont tu parles !

    Aimé par 1 personne

  4. « Un Yucca aurait plus de charisme que cette pauvre femme. » Mimine le sens de la formule, toujours un régal. J’ai lu ta chronique avec grand plaisir comme toujours et je valide totalement ton verdict. Ca valait bien 1555 mots!

    Aimé par 1 personne

  5. Ohlala!!! Je n’ai ni vu le film ni lu le livre mais j’ai envie de faire les deux maintenant!! Je n’ai testé que Simetierre de King et j’ai eu un peu de mal à me mettre dedans ^^ J’espère avoir le même engouement que toi pour Shining!!
    J’en profite pour te dire que comme tu es un des premiers blog que j’ai suivi et que j’aime toujours autant lire tes articles qui en plus de me faire bien rire sont super intéressants, je t’ai décerné un Blogger Recognition Award :D

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s