Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

Je vous ai dit qu’en ce moment j’étais dans mon mood « littérature américaine » ? Bah voilà ! Mimine a une nouvelle obsession, un nouveau dada fétiche : (re)découvrir ce qui ce fait de mieux de l’autre côté de l’Atlantique. Et on peut dire que pour le moment c’est sacrément l’éclate dans la casemate.

Les fantômes du vieux pays, la sensation de la rentrée littéraire, me faisait baver des litres de salive depuis sa sortie. Tout le monde en parlait en bien et franchement il a fallu que  je m’arme de patience pour pouvoir enfin l’emprunter à la bibliothèque (liste d’attente toussa). Une semaine de lecture plus tard et je rejoignais l’enthousiasme général.

#PetitePépita

De quoi ça cause dans les GRANDES lignes ?

Nan parce que va résumer un roman de 700 pages qui comportent plusieurs intrigues et plusieurs personnages. Ha on fait moins la maligne là !

Alors en gros.

C’est l’histoire d’un mec, Samuel Anderson, prof de littérature à l’université dans laquelle il s’ennui comme un petit rat décédé, face à des élèves peu intéressants. Alors, il passe le plus clair de son temps à jouer en ligne (inspiré de Warcraft) pour éviter de trop penser à sa vie monotone, à la nana dont il était fou amoureux et qu’il n’a jamais réussi à avoir et à son rêve de devenir un écrivain célèbre, parti en fumée.

De l’autre côté, une femme, ancienne activiste des manifestions de 1968, attaque à coup de gravier un député républicain lors d’un meeting. L’affaire fait la une des rédactions et la vidéo le tour des réseaux sociaux. Or, il s’avère que la madame est Faye Anderson-Andreson la maman de Samuel qui l’a abandonné enfant et qu’il n’a jamais revu. Alors qu’il est harcelé par son ancien éditeur qui veut récupérer l’a-valoir monstrueux pour un roman jamais écrit, Samuel décide d’écrire un livre sur sa mère.

Débute alors une puissante enquête familiale aux nombreuses ramifications.

Good Morning USA ! 

A chaque nouvelle lecture, je suis généralement un peu larguée aux premières pages, comme un soldat américain sur une plage de Normandie, un peu comme si mon cerveau devait faire des réglages de zoom et de cadrages pour envoyer des images nettes dans la tête.

tenor.gif

Du coup, parfois ça me prend un petit temps avant de me dire

« ah ouais j’aime ce que je lis ».

Et puis y a des bouquins comme celui de Nathan Hill qu’on ne soupçonnerait pas d’alpaguer aussi vite. La magie avec ses paillettes dans la poire a opéré de suite ici quasi dès les trois premières pages et s’est confirmée durant les 697 suivantes.

Construit sur 10 parties, alternant 1968 – 1988 – présent, le roman nous embarque à la suite de Samuel sur les traces du passé de Faye, mais pas que. Plusieurs personnages se croisent, différentes histoires se font échos et s’emboîtent grâce à une narration habile donnant ainsi une cohérence afin de peindre, on le comprend au final, le tableau d’une Amérique paradoxale où cynisme et idéaux cohabitent bizarrement.

Et c’est là que tu vois que Nathan Hill a une sacré pa-patte, un petit talent de conteur loin d’être sorti du cul d’une poule. Jamais on est perdu, toujours on est intrigué par la suite des événements et par le destin des différents personnages (dont je ne veux pas trop trop vous parler) (parce que si vous avez pas encore compris IL FAUT LIRE CE LIVRE).

Avec un style contemporain qui n’a pas oublié d’être lyrique ni d’avoir de l’humour,  rarement pompeux (c’était quand même ma petite crainte après l’autre sensation, il y a quelques années, City on Fire de Garth Risk Hallberg, imbuvable de prétention), Nathan Hill insuffle à son roman une tendresse pour ses héros, voire même une fascination pour les plus « salauds » que j’ai trouvé absolument touchante.

Comment ne pas s’attacher à la loositude de l’émotif Samuel, ni à l’addiction de son pote de jeu Pwnage au coeur généreux ? Comment ne pas être curieusement passionnée par l’histoire d’une étudiante roublarde et manipulatrice, prête à tout pour accéder à ses fantasmes de carrière sans fournir le moindre effort scolaire ? Même l’éditeur philosophe de Samuel, qui incarne le cynisme à l’état pur et ne vend que du « concept » aux masses même si c’est de la merde, reste un de ces personnages aussi détestables que séduisants. Et Faye, la mère « indigne », fascinante dans sa complexité !

Malgré la petite pointe d’amertume, les regrets du passé, les désillusions et les échecs que vivent les personnages, malgré la peinture pas tip-top de cette Amérique franchement schizo, le roman reste optimiste dans sa finalité. Laissons les regrets au passé et avançons coûte que coûte. J’y ai trouvé des échos avec mes propres peurs et mes propres échecs personnels et j’vous avoue que ça m’a mis un petit baume au coeur (quand on vous dit que la lecture peut être thérapeutique les enfants).

*Coup de coeur*

Allez ! Envoyé c’est pesé

Révolution, addiction, cynisme, échec et regret c’est touffu mais clair comme de l’eau de roche. On nous prend par la main et on se laisse couler dans cette histoire immense aux multiples facettes.

Ça fait plus d’une dizaine de jours que je l’ai fini, j’ai encore la nostalgie de cette lecture.

Le truc en +

On parle beaucoup en ce moment de l’époque 68 (en France et aux USA), peut-être que ça a 50 ans aussi (ah oui logique). Et du coup j’ai beaucoup aimé que Nathan Hill, alors que ce n’est pas sa génération, à travers ses recherches (énormes), montre que bah c’était pas si « Sex à tous les étages », voyez, mais bien plus compliqué que ça.

18 réflexions sur “Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

  1. J’ai noté le titre en anglais (The Nix – va savoir comment ils en sont arrivés à ce titre français de six pieds de long^^ ) pour quand je serai d’humeur gros pavé américain. En googlant, j’ai vu que l’auteur a mis 12 ans à l’écrire !

    En lisant ta chronique, ce roman m’a évoqué un livre que j’avais beaucoup aimé (et que donc je conseille), « La physique des catastrophes » de Marisha Pessl.

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    1. Nan MAIS OUI j’ai pas compris le délire du titre ! Toutes les éditions étrangères ont gardé le titre original sauf nous. Il a fallu qu’on fasse nos intéressants, nos originaux avec un titre XIXe siècle. xD Parce qu’en plus le Nix est le fil rouge du roman, DONC BON !

      Ah c’est marrant que tu en parles parce que justement je l’ai noté dans ma liste bibliothèque et je comptais l’emprunter très prochainement !

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  2. Bon j’étais déjà convaincue mais j’avoue que là, ça va vraiment m’aider à surmonter ma flippe de l’énorme pavé. (Oui parce que toute à mon enthousiasme primaire, j’ai emprunté le bouquin les yeux fermés, et c’est seulement à la maison que j’ai vu LA TAILLE DE LA POLICE DE CARACTÈRES ET L’EPAISSEUR DES PAGES. -> ravie d’apprendre que je risque d’en vouloir encore plus au final.)

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    1. P.S : et ouais la littérature américaine c’est la vie. Je ne lisais que ça à dix-huit ans, c’est comme ça que j’ai découvert les livres qui me resteront à vie, et plus le temps passe et plus je me dis que je vais finir par retrouver cette obsession de fou.

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    2. Ah bah là on est dans de la petite Bible là c’est sûr. Mais franchement moi qui suis peu courageuse et assez vite lassée quand c’est long, j’ai pas vu les pages défiler (et pis tout est prétexte à sortir le bouquin : abri bus, métro, banc jardin public, pause déjeuner ECT).

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  3. J’adore découvrir des titres inconnus grâce à tes chroniques. Tu me donnes plein d’idées de lecture. Je suis partie dans la litté américaine aussi vu que je viens de commencer un Tracy Chevalier – auteure (oui je ne dis pas autrice) que j’aime beaucoup :)

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    1. Oh ça me fait bien plaisir ce que tu me dis là Pitiponks <3
      Ah je n'ai jamais lu de Tracy Chevalier (c'est pas faute d'en avoir entendu parler maintes et maintes fois. Même une copine m'a passé un de ses bouquins, je n'ai aucune excuse ^^). Tu es dans lequel ?

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      1. Je suis plongée dans La Dernière Fugitive et c’est aussi génial que les deux précédents que j’ai lus d’elle. Je recommande chaudement La Jeune Fille à la Perle (le plus connu mais vraiment excellent, coup de coeur pour moi) et La Dame à la Licorne (un tout petit peu en-dessous mais toujours excellent). J’adore sa plume – même si le traducteur doit y être pour beaucoup. Mais je ne me sens pas encore prête pour la lire en VO.

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  4. Tu m’avais déjà donné envie de le lire avec ton bilan du mois, donc je ne peux même pas te dire que je l’ajoute à ma liste. Mais du coup, j’ai encore plus envie de le découvrir. C’est tout à fait le genre de ta vie qui peut me plaire et m’embarquer en moins de deux. En plus, je suis assez d’accord pour le city on fire. On sent que le mec avait la prétention d’écrire un «grand» roman et que du coup ben ça fait l’effet d’un pétard mouillé (même si j’avais pas déteste la lecture non plus mais j’avais aussi saturé un paquet de pages).

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    1. Ah mais carrément pour le City on Fire. Ça se voyait tellement que le gars se regardait écrire que moi j’ai pas pu le finir. Je l’ai abandonné assez vite d’ailleurs.

      J’espère que Les fantômes te plaira bien plus et tout autant que moi !!

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