Les Cancres de Rousseau – Insa Sané

Hallo meine lieben Freunde*

Oui ce matin j’ai voulu changer la présentation. Parce que je me suis tapée 5 ans d’allemand et je me rends compte que ça ne me sert jamais dans mon quotidien, c’est bête !

Le rapport avec le bouquin ?

Aucun.

Non aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un roman Exprim’ qui m’a été proposé par les éditions Sarbacane grâce à Lupiot. D’ailleurs, petite note au passage : la meuf est tellement douée pour te vendre un bouquin que je crois qu’elle pourrait me vendre un tapis en lycra rose python, je l’achèterais.

De quoi qu’ça cause là ?

C’est l’histoire d’une bande de gamins en dernière année du lycée Rousseau, à Sarcelles. Des banlieusards, des sarcellois qui ont eu le malheur de ne pas naître du bon côté du périph’. Pas grave. Pour Djiraël avec sa bande de super potes Sacha, Jazz, Rania, Doumam et Armand, cette année de Terminale doit être la plus dantesque, la plus pétaradante, la plus spectaculaire ! Les Cancres de Rousseau, comme ils se font appeler, ont préparé un plan de fifou qui, ils en sont persuadés, va être leur chef-d’oeuvre.

Ça balance grave à Sarcelles !

1/ Des gamins, des vrais

« Parce que c’était bien ce qu’on était : des gamins défroqués, des sales gosses boutonneux qui pensaient que les rides, c’est pour les autres. »

S’il ne devait y avoir qu’un mot pour décrire le bouquin ça serait : Authenticité. Ça transpire de partout, ce vrai, ce vécu et ça se sent dans le langage des personnages. Les gosses, ils parlent comme des gamins de leur âge, avec des « putains », des jurons et autres mots fleuris. Ce ne sont pas des petits anges, ce ne sont pas non plus des démons. Admirés par le lycée, détestés par le corps enseignant, narcissiques, débrouillards (c’est de sacrés petits filous <3), un poil égoïstes, insouciants et pourtant ils nous foudroient par moment par leur maturité et leur humanité. Ils sont loin d’être cons ces gars et filles-là.

Je me dis que si Djiraël et sa bande de potes sont autant attachants, c’est parce qu’ils sont loin d’être parfaits. Authenticité on vous dit (alors oui, attendez-vous à voir ce mot PARTOUT DANS CET ARTICLE).

2/ Un style unique de FIFOU

Cette écriture. Incroyable. J’ai partagé sur mes InstaStory quelques citations au fur et à mesure de ma lecture, tellement j’étais sur le popotin. Insa Sané a un style unique qui mêle l’âpreté d’un langage familier saccadé par un rythme de slameur, mais aussi un lyrisme fou, une poésie dans les images, les métaphores et même dans la sonorité des phrases qui riment.

Ça vient du coeur ce truc-là, ça se sent. C’est drôle, c’est infiniment touchant et ça reflète à merveille les pensées, les combines, le quotidien mais aussi la rage intérieure de Djiraël (notre narrateur). Y a d’la vie dans ce bouquin, putain.

⇒ Petit florilège de mes préf !

« Il avait affronté l’épreuve de l’eau. Moi celle des larmes. »

« J’ai quitté sa piaule avec mon pucelage – et mes convictions. » 

« Par les urnes, il jonglerait avec mes burnes » 

3/ Un roman nuancé sur la banlieue

Comment ?! Un bouquin sur des gosses de cité et ça ne parle pas de problème de drogue ni de guerre de gang ? Comment est-ce possible ? OÙ SONT LES VOITURES EN FEU ? C’est inacceptable, je m’en vais.

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La réalité sociale décrite dans le roman sent encore une fois l’authenticité et prouve une volonté de montrer autre chose que ce que nous montre BFMTV. Oui la violence est là, mais c’est pas forcément celle qu’on croit connaître. La violence ici est celle dont on ne parle pas dans les émissions choc sur les banlieues, car elle est bien plus pernicieuse, bien moins visible mais tout aussi dévastatrice.

La violence de l’indifférence

des profs démissionnaires qui ne voient dans leurs élèves que des « rien du tout », en leur faisant bien comprendre qu’ils ne méritent pas leur pleine attention. Va après leur demander de bien travailler à l’école si les premiers à les humilier ce sont les profs, les adultes et l’autorité suprême représentante de la société. Bon courage les potos.

La violence d’être jugé par son milieu et sa couleur de peau

partout dès que le gamin quitte sa cité : le contrôle au faciès dans les transports vers le centre de Paris ; les clichés véhiculés par les ados intra muros envers ceux de l’extérieur genre « t’as pas du shit ? Nan parce que vu que tu viens de là-bas, tu dois forcément toucher au traffic de drogue » ; une entrée en boîte interdite ; l’utilisation du mot « black »… etc.

« Etre noir ce n’est pas une couleur, c’est un statut »

Les Cancres de Rousseau parle, à travers les yeux de la jeunesse, du sentiment « je ne suis pas à ma place » avec un certain brio et fait réfléchir. Le roman n’oublie pas non plus de montrer l’espoir et une image bien plus nuancée de la vie en banlieue.

Déjà, rien que dans les personnages, la bande des Cancres, de féroces combattants de la vie, qui tels des mousquetaires de la Reine parviennent avec un panache et une classe folle à faire bouger les lignes rigoristes de l’Education Nationale, le temps d’une révolte dingue ; puis également dans la figure du professeur d’économie qui croit en eux, qui a appris à les connaître et à les écouter et pour qui ces gosses seraient prêt à faire n’importe quoi pour aider la seule personne qui leur a tendu la main.

Concluons mes ch’tons.

Si vous voulez faire lire à vos ados quelque chose qui leur ressemble, si vous voulez du roman jeunesse qui sort des sentiers battus du cliché « banlieusard », si vous voulez vous fendre la poire un bon coup avec des sales gosses irrévérencieux, insolents, intelligents et drôlement attachants, si vous voulez découvrir un style différent et fort,

 Les Cancres de Rousseau est là pour vous.

Merci Insa Sané pour ce roman, je compte bien vous suivre à la trace (non la meuf n’est pas du tout creepy), parce qu’un peu d’humanité, un peu de nettoyage de cliché, un peu de représentation dans la littérature de mômes qu’on oublie trop souvent, on en a sacrément besoin en ce moment.

Je remercie les éditions Sarbacane et Julia pour l’envoi et pour avoir pensé à Mimine spontanément. Ça fait extra zizir au petit coeur.

*trad. « Salut mes chers amis »

22 réflexions sur “Les Cancres de Rousseau – Insa Sané

  1. Très chouette articles! C’est pas vraiment mon type de livre justement parce que souvent on nous vend ca façon BFMTV…Sache que tu titille ma curiosité! J’vais peut être le tenter! L’authenticité c’est mon dada! Aha

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    1. Ça l’est pas non plus pour moi, je l’avoue et j’appréhendais un peu avant la lecture. Mais y a un charme fou qui s’opère assez rapidement et qui balaye bien les craintes. Et puis ça reste un roman jeunesse avec tous les enjeux que cela comporte : roman initiatique/apprentissage pour le(s) héros ; le thème de l’adolescence et les pas vers le monde adulte avec les difficultés, les joies et les doutes que cela entraîne… etc.

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  2. OH. MY. Ça me fait rudement plaisir, ma caille, de te lire. Parce que tu as COMPRIS ce roman et qu’il t’as touchée juste, chting (c’était le son de la flèche qui se fiche au milieu de ton grand front brillant), et profond, chpouc (c’était la seconde flèche, qui transperce ton petit cœur de beurre). Si je file ma métaphore c’est donc à ton cadavre que je m’adresse, mais comme j’ai toujours aimé les zombies, enchaînons.
    -> Merci de cette lecture si attentive et éclairée, et de ce texte génialement drôle, qui m’a fait golri dès l’entrée en matière.
    -> Le chapitre où Djiraël repart « avec son pucelage et ses convictions », qui parle du fait d’être noir, est mon PRÉFÉRÉ. Such power dans les mots, truc de dingo.
    -> « OÙ SONT LES VOITURES EN FEU ? C’EST INACCEPTABLE JE M’EN VAIS ». Magnifique. Parce que c’est exactement ça. Ça ne m’étonne pas que tu t’entendes bien avec la plume d’Insa, tu as cette même tendance à pointer du doigt les choses graves et importantes avec une pirouette de sale gamine.

    Merci pour cet article, petite barre d’or.

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    1. Mon cadavre te remercie pour les flèches et pour ce COMMENTAIRE d’amour et d’eau fraîche que j’ai reçu en pleine poire avec beaucoup beaucoup de plaisir ! Encore merci de m’avoir mis dans les mains le petit bouquin !

      (Et wéwé on est d’accord, le gamin qui se casse alors qu’il est à deux doigts de conclure avec THE meuf, moi là y a eu de l’admiration de Gandhi pour lui)

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  3. Même si tes arguments sont infaillibles, je dois avouer que le thème ne m’attire quand même pas trop :/. J’approuve cependant l’utilisation de ce gif.

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    1. Ça se laisse tenter j’pense (au détour d’un emprunt à la bibli par exemple). J’avoue moi au départ j’étais pas hyper chaude, pas hyper tentée par le machin et si Lupiot n’était pas intervenue pour me dire « IL FAUT QUE TU LE LISES c’est génial », je m’en serais détournée aisément.

      (« Will & Grace » est pour l’instant la série à mes yeux qui a les meilleurs gifs du net. xD)

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  4. Moi 9 ans d’allemand, et j’ai tout oublié. Traumatisme lié aux déclinaisons dont je ne comprenais pas l’utilité.
    Sinon ce roman a juste l’air d’être révolutionnaire. Merci, un grand grand merci pour cette découverte. Je crois que ce qui a achevé de me convaincre, ce sont les citations. Parce que du beau français, quel qu’en soit le « niveau », ça me séduira toujours. Y’a un petit côté Boloss des belles lettres.

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    1. Ah mais ces déclinaisons, le truc du Malin quoi ! Je ne sais plus rien dire ni rien lire en allemand (alors que j’ai passé mon Bac avec une traduction et explication de texte et que je m’en suis pas mal sortie). Maintenant, tout ce que je sais dire c’est « Ich heisse Maria-Carolina » et « Ich liebe dich ». Voilà voilà. XD

      Oui pour les Boloss des belles lettres, j’y avais pas pensé mais maintenant que tu le dis, c’est exactement l’esprit ! Le texte est assez cultivé, de belles références littéraires, sur un ton argotique. Le mix parfait.
      J’espère que ces petits cancres arriveront à te séduire ! :)

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  5. Waaah ton article est tellement cool et drôle, j’en ai un qui arrive dimanche sur le même roman donc j’espère être à la hauteur :D
    J’ai bien kiffé aussi les Cancres de Rousseau, comme toi je ne l’aurai probablement pas lu sans Lupiot et ça aurait été fort dommage !

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  6. Wow ok tu me donnes vraiment très très envie de le lire. C’est un thème qui me parle complètement (à la fois en tant que prof et en tant qu’ex-élève en banlieue), alors si en plus le traitement est top… Il faut absolument que je mette la main dessus !

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  7. Ma banque va finir par t’attaquer en justice je crois.
    Zéro cliché sur la banlieue + bande de gosses + répliques de fou, on note direct.
    En plus, plus ça va et plus j’ai envie de lire du bon contempo en litté jeunesse, là je crois que je serai pas déçue.

    Merci Chaton ! <3

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  8. Eh beh tu donnes vachement envie. Je me le note illico presto. Et je sais pas trop quoi dire d’autre, mais ta chronique est tip top ! (J’ai décidé de n’utiliser que des expressions périmées dans ce commentaire)

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