Jesse le héros – Lawrence Millman

Faut avouer que depuis quelques temps, le Picabo River Book Club* m’éduque joliment niveau littérature américaine – littérature que j’adore mais que j’avais un peu délaissée. Alors je remercie bien chaleureusement le groupe, ses membres adorables aux belles idées lecture et sa géniale fondatrice Léa qui nous offre toujours de superbes partenariats.

Et là, les éditions Sonatine ont eu la gentillesse de m’envoyer leur petite nouveauté, un roman noir paru en 1982 aux Etats-Unis mais resté encore inédit en France. Merci pour cette très belle découverte ! 

De quoi ça cause ? 

Alors.

Comment vous résumer le truc sans vous faire fuir tout de suite ? Nan parce que c’est coton coton ce que nous avons là aujourd’hui, j’aime autant vous l’dire.

Allez Mimine se lance !

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Donc l’histoire se passe dans un bled des Etats-Unis, à la fin des années 60, alors que la guerre du Vietnam bat son plein de l’autre côté de la planète. Jesse est un jeune garçon, handicapé mental comprend-on et inapte aux relations sociales, qui vit seul avec son père dépassé. Le garçon est dès le début du roman accusé d’avoir violé une jeune fille, acte qui pour lui n’était qu’un geste d’amour. Incapable de comprendre la distinction entre le Bien et le Mal, il vit dans son monde, un monde de fantasmes dont il est le héros victorieux et courageux, à l’image, croit-il, de son frère parti au Vietnam qu’il vénère plus que tout. Justement le frère doit rentrer bientôt et Jesse est persuadé que tout va aller mieux et que la vie va pouvoir reprendre son cours normal.

Noir c’est noir

Eh bien quelle belle claquounette les enfants !

La force du récit tient bien sûr dans son héros et dans la façon dont Lawrence Millman le dépeint. Car même si Jesse semble avoir une grosse tendance à la psychopathie, l’enfant n’a pas de mauvaises intentions. Il ne fait pas le mal parce qu’il aime faire le mal et qu’il aime faire souffrir les autres. A chaque fois, il ne se rend absolument pas compte des conséquences de ses actes, complètement habité qu’il est par ses pulsions sexuelles pré-pubères et ses rêves hallucinatoires. Fasciné par la guerre du Vietnam qu’il ne voit qu’à travers le poste de télé, il se rêve en brave soldat sauvant son frère et tuant un maximum de « Viet ». Ce n’est finalement qu’un gosse (bien tapé, on est d’accord) qui veut vivre la grande aventure, qui veut être un homme, un vrai, et pour cela il copie au premier de la lettre et sans rien comprendre de la réalité ce qu’il voit et entend : les hommes qui partent faire la bringue « parce qu’ils ont rencard », les hommes qui reviennent du combat en « héros », les hommes qui parlent des femmes comme des objets sexuels et « que c’est comme ça qu’il faut faire avec les gonzesses… ».

Quant à la candeur enfantine qui émane de Jesse, son langage de petit garçon et ses pensées décousues, ils apportent un parfait décalage avec l’atmosphère noire du roman et ce que le lecteur et les adultes, eux comprennent. L’ironie met la touche finale à ce style percutant et loin d’être dénué d’humanité qui transparaît par exemple chez les personnages du père et du grand frère. Bien qu »ils soient parfaitement démunis face à Jesse et à sa psychopathie latente, ils représentent encore ce contre poids, la derrière digue qui peut contrôler les pulsions du garçon, temporairement en tout cas. Les tentatives de le sauver de lui-même en voulant l’admettre dans un centre spécialisé rencontrent des obstacles, tantôt par cette volonté profonde et touchante de croire que Jesse pourra guérir avec uniquement l’aide des siens, tantôt par l’incompréhension, le sentiment de trahison puis la résistance de l’enfant qui de son point de vue n’a aucun problème.

La plongée in medias res, le voyage initiatique, la montée de la violence en crescendo puis les dernières pages m’ont laissée hébétée comme sortie d’un drôle de rêve, aussi fascinant que terrifiant, avec des questions sur l’avenir de Jesse assez prévisible.

C’est une pépite ? Oui mes bons. 

Jesse le héros n’est pas à mettre entre toutes les mains, c’est évident. Par contre pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux, qui aiment lire ce que l’âme humaine peut parfois receler de plus dark et qui veulent de la plume de guedin en argent massif, ça sera certainement un petit régal. Avec un savant mélange de thriller, de roman d’apprentissage (d’un futur serial killer ?) et de road-trip halluciné, Jesse le héros est un texte brillant, une pépite de littérature américaine passionnante et hypnotisante.

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* Le Picabo River Book Club est un groupe sur Facebook qui rassemble tous les amoureux de la littérature nord américaine et qui offre tous les mois de très beaux partenariats.

16 réflexions sur “Jesse le héros – Lawrence Millman

  1. Il a l’air … je ne sais pas en fait, mais tu me donnes envie de le lire ! Je le note !
    Deux fois dans la journée que j’entends parler du Pecabo river book club, je cours m’inscrire 😊

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    1. Ah tu vas voir c’est un très chouette groupe FB. Avec des super conseils lectures (ma wish-list a gonflé de volume !).
      Et le bouquin, moi personnellement je n’avais pas voulu lire le résumé et j’ai bien fait, parce que faut juste plonger dans le récit, on se laisse embarquer et c’est passionnant.

      Aimé par 1 personne

    1. Oui j’ai vu également de très bonnes critiques, j’suis contente parce que ce roman les mérite amplement (d’autres un peu moins bonnes, mais apparemment c’était dû à la violence et à la noirceur que certains n’ont pas beaucoup apprécié. Ce qui est compréhensible).

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  2. Ouch, je sens qu’il faut être bien accroché pour s’y mettre !
    Je le note, mais je pense que j’attendrais d’être dans un super tiptop état d’esprit pour m’y mettre ! ^^

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  3. Je suis de nature peureuse pour ce qui concerne les romans mais j’ai aussi une curiosité étrange pour les personnalités un peu « hors norme ». Du coup je me laisserais bien tenter par ce titre là ^^.

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  4. Ça a l’air un brin flippant comme lecture, mais ça me fait complètement envie ! En plus, je suis une noob en littérature américaine, du coup, ça pourra m’aider à brûler dans les dîners mondains, tavu.

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