Hamlet – William Shakespeare

Là mes petiots, avec William Shakespeare, on est tombé dans de la lecture de Grande Personne À Responsabilités, ce dont je ne suis pas toujours très habituée (des responsabilités ? de Willy ? Des deux mon bon ami, des deux). Et pour une bonne lecture, quoi de mieux que d’avoir à mes côtés ma co-pilote bien aimée Maned Wolf (qui elle, LA FIFOU, a lu la pièce en VO. Perso j’ai essayé, je n’ai pas tenu 3 lignes).

L’avis de Maned Wolf

Nota Bene : Avec Co-pilote, on s’est rendue compte qu’apparemment on lisait en lecture commune des livres qui ont inspiré les dessins-animés Disney de notre enfance. Le mois dernier c’était Notre Dame de Parisaujourd’hui Hamlet (=> le Roi Lion).

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Ce gif m’a fait la journée *je suis morte*

Commençons.

Ce que de quoi ça parle dans les grandes largeurs

Alors ça se passe au Danemark.

Le prince Hamlet vient de perdre son père (qui s’appelait aussi Hamlet) il y a à peine deux mois, ce qui a été amplement suffisant, ceci dit, pour que madame la Reine se soit remariée avec le frère de son défunt mari, Claudius devenu roi par conséquent. Tout aurait pu bien se dérouler, sauf que VOILA. Y a un fantôme qui débarque dans l’affaire. Le fantôme de l’ancien roi qui révèle à son fils qu’en réalité il a été assassiné par son frère Claudius qui voulait non seulement la couronne mais aussi la daronne. 

Fou de chagrin et de haine, Hamlet décide donc de venger son pater.

Est-ce que ça a biché ? 

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(Ça spoilette un peu, je me permets hein, étant donné qu’on est dans du classique datant de plusieurs siècles)

J’avais adoré lire Othello et Macbeth. Genre on était dans de la grosse tartine de kiffage avec des personnages passionnants, des motivations (claires) et des post-it partout pour garder les répliques de guedin. Iago veut se venger d’Othello parce qu’il est noir et qu’il a eu de l’avancement pro (et pas Iago), du coup le gars invente un plan diabolique pour rendre jaloux Othello en lui faisant croire que sa femme se tape son commandant ; Macbeth, lui, veut la couronne parce qu’il estime qu’il serait meilleur et plus légitime, il tue le roi mais la culpabilité et la peur du châtiment divin le rend complètement tapé de la ciboulette.

Si je vous raconte ça, c’est qu’à côté, on a un Hamlet qui n’entreprend pas grand grand chose au final. On s’attendrait à de la sublime vengeance, préparée aux petits oignons avec du romarin et du piment d’Espelette et ce n’est pas tout à fait ça qui se passe. Son plan génial (si j’ai bien compris) consiste à se faire passer pour fou.

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Alors tout le monde s’inquiète, le roi et la reine les premiers qui dépêchent auprès d’Hamlet des « amis-espions » pour savoir ce qu’il a et ils finissent par se demander si ce n’est pas l’amour qui le rend si mélancolique (car oui il y a une jeune fille amoureuse de lui, Ophélie, fille de Polonius le proche conseiller obséquieux et débile du roi). Je vous avoue, je n’ai pas très bien compris le génie du plan d’Hamlet.

La pièce prend donc un tournant assez plan-plan pendant je dirais deux-trois actes (y en a cinq au total), où la philosophie sur la mort se dispute à des tirades sur la condition humaine (très belles soit dit en passant) et sur le théâtre des Anciens pompeux et outrecuidant dont Shakespeare se moque. La mise en abyme, le théâtre dans le théâtre, est astucieuse puisque la grosse vengeance d’Hamlet, décidée par le coup du hasard, est une pièce de théâtre racontant l’infamie de l’oncle, jouée devant le couple royal.

En fait pour être honnête,

j’ai ressenti peu d’émotion pendant que je lisais. C’est pourtant une pièce de théâtre qui m’émeut toujours quand je la vois jouer (jusqu’à présent c’était même ma pièce préférée de Shakespeare), mais à la lecture, excepté certaines scènes, j’ai eu du mal à visualiser l’ensemble. Alors certes, j’ai retrouvé la papatte à Willy que j’adore, celle de mixer les genres comédie et tragédie dans une même scène, ce qui pour nous français rigoristes (coucou Racine) est proprement impensable.

Est-ce à mettre sur le compte des didascalies relativement peu présentes ? Ou des personnages ?

Tiens les personnages, parlons-en.

Hamlet est un jeune homme qui est un peu apathique, mélancolique, pessimiste et philosophe déjà de base avant la découverte de la traîtrise de son oncle. Il est assez difficile à cerner tant par ses sentiments que ses motivations réelles. Déjà le fait que Claudius soit devenu roi (et non pas régent qui sous-entendrait une gouvernance par intérim le temps qu’Hamlet reprenne le flambeau) ne soulève pas de questionnement. Est-ce qu’Hamlet se sent usurper ? Est-ce qu’il feint d’être fou ou l’est-il franchement ? Et puis, bon sang de bonsoir, est-il vraiment amoureux d’Ophélie ?

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Alors oui, peut-être que l’intérêt est là, dans cette ambiguïté permanente du héros, torturé et un peu dépressif.

Petit aparté : il existe plusieurs interprétations de la pièce et du héros, dont une que j’aime beaucoup : Hamlet aurait tout imaginé (hallucination du fantôme, la trahison et le meurtre) en réaction au remariage de sa mère et à la mort accidentelle de son père qu’il n’arrive pas à accepter. Immature et paranoïaque, son esprit tourmenté aurait inventé le complot du roi contre lui (car personne ne peut prouver qu’il y avait effectivement complot). De même qu’incapable d’éprouver un désir sexuel et adulte pour Ophélie, il aurait préféré voir en elle une menace cherchant à le piéger, d’où son rejet brutal.

Shakespeare, petit filou !

C’est qu’il demande de la réflexion ce cher Willy. Même quand t’es dans la « mwouaité », il arrive à te faire dire des trucs. Coquinou va !

Les personnages sont plutôt obscurs et parfois sibyllins dans leurs intentions. Ils sont difficilement cernables ou suffisamment en tout cas pour s’éloigner des simples stéréotypes.

Comme les vrais gens dans la vraie vie, en fait…

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Par exemple, le roi Claudius, meurtrier de son frère et usurpateur est un bon roi, un époux très aimant, il s’inquiète pour la santé d’Hamlet (bon jusqu’à ce qu’il décide de l’assassiner parce que le petit commence à remuer ce qu’il ne faut pas). Claudius est donc un personnage de théâtre plutôt complexe, révélant au fur et à mesure une belle capacité à manipuler et fomenter des mauvais coups. Dans le même cas de figure, la reine Gertrude est un personnage énigmatique. N’était-elle vraiment au courant de rien ? Ou a-t-elle juste fermer les yeux parce qu’elle était amoureuse de Claudius ? Le texte ne nous le dira jamais. Pas explicitement en tout cas.

Même Ophélie, qui au premier abord n’est pas un personnage passionnant, a un petit quelque chose (bon par contre elle n’a pas hérité des meilleures répliques). On ne va pas se mentir, les chances de survie des héroïnes dans les tragédies shakespeariennes sont de 0. Soit y a du suicide, soit y a du meurtre, quoiqu’il en soit la meuf meurt à cause des agissements de son amoureux/époux/prétendant/père et non pas à cause de ses actions à elle.

Super

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Mais ce qui est intéressant c’est qu’Ophélie est réduit à un statut de marchandise aux yeux de la micro-société qu’est la Cour, pendant que son père Polonius se frotte les mains à l’idée qu’elle puisse épouser un jour Hamlet, entraînant ainsi une petite réflexion sur ces jeunes vierges prêtes à l’emploi. Même qu’Ophélie est traitée de prostituée de haut rang et son père de maquereau par Hamlet (charmant). Sa fonction est donc d’être l’instrument des hommes pour le pouvoir ainsi qu’un dommage collatéral tragique. #VictimeÀVie

Super (bis)

Voilà voilà 

↑ grosse inspiration aujourd’hui pour les sous-titres, z’avez vu ?

Je m’attendais à un coup de coeur, ou tout du moins à quelque chose de fortement ressenti dans mon éminence, mais je dois avouer ça a fait un peu pschitt. Malgré des bons points et la plume de Shakespeare vive et d’une folle intelligence, l’ensemble m’a semblé assez « froid ». Mon incompréhension face à certaines réactions des personnages, le dynamisme assez aléatoire de la pièce, son articulation autour d’une vengeance qui se finit dans une tragédie d’opéra bouffe et mon absence d’empathie réelle pour ce joli monde m’ont empêché d’apprécier cette lecture à sa juste valeur.

Je vais, certainement, m’en tenir à voir et revoir la pièce jouée (avec le jeu des comédiens c’est beau) et puis surtout au revisionnage de l’adaptation cinématographique de Kenneth Branagh de 1996 que j’avais adoré (parce que décors sublimes, parce que acteurs sublimes, parce que musique sublime).

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Faudra un jour qu’on m’explique d’où sort l’obsession des moustaches chez Branagh. Moi j’dis y a du traumatisme d’enfance.

20 réflexions sur “Hamlet – William Shakespeare

  1. William Shakespeare ne m’a jamais vraiment transporté ni provoqué de grands émois dans le dedans de moi même. J’ai du mal avec la lecture de pièce de théâtre, de base, où je trouve souvent la forme lourde et presque un peu pompeuse.

    Pour tout te dire, j’ai lu plusieurs pièces de l’ami Willy et je crois bien que je les confonds toutes, étant donné que les trames se ressemblent beaucoup trop dans mon esprit et qu’il se reproduit souvent les mêmes événements (la trahison, le grand méchant dont on n’arrive pas à prouver la méchanceté devant tout le monde, la mort de la meuf qu’a jamais rien demandé, toussa toussa). Y’a qu’une seule tirade que je garde en mémoire, c’est celle de la Saint Crépin (parce que c’est une des favorites de mon copain)(et c’est vrai que bon… C’est plein de panache).

    Dans Hamlet, il me semble que j’avais moi aussi été un peu perdue devant l’incapacité du personnage principal à prendre une foutue décision sur la conduite à adopter. Des quelques analyses et échos que j’avais eu après, vraisemblablement, c’était voulu. Le mec, c’est simplement un gros indécis un peu benêt, quoi. Et puis, pas très logique : comment tu veux dénoncer une théorie du complot en te faisant passer pour un illuminé ? A moins qu’il soit déjà marteau lui même comme tu le dis dans ton billet. Ce qui est tout de suite plus sensé… Bref, tout ceci est obscur.

    Par contre, Polonius, j’ai ri malgré moi mais pardon ce prénom est trop ridicule, on dirait un personnage du Manège Enchanté :D (d’ailleurs, y’a pas un Marcellus aussi dans celui là ?)(Marcellus, Polonius et Gertrude, le trio flamboyant du prénom moisi).

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    1. 1/ Nan mais c’est ça Hamlet, son plan il est un peu pété. D’ailleurs, la première scène qu’on a de lui, juste après la big révélation « Venge-moi », on le retrouve en train de baguenauder dans les couloirs un bouquin à la main. Watzefeuuuuk ?!
      Ce qui est clair, c’est qu’il faut voir les pièces jouées, ça y a pas photo.

      2/ Pollux XD XD C’est le Pollux le chien dans le Manège enchanté

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  2. Ouuuh, elle est intéressante cette interprétation !! J’avoue que j’avais pas l’impression d’avoir assez d’éléments sous la dent pour partir dans des théories, clairement il faut que je la voie jouée parce que j’ai l’impression d’être passée à côté de plein de choses ;)
    Mais du coup, j’étais bien contente de pas être toute seule dans cette aventure :D Et c’était très éclairant de pouvoir débriefer avec toi ! Et puis ta chronique est BEAUCOUP TROP COOL, mais ça, ça ne surprend personne. ;)
    Je crois qu’on est prêtes pour les Misérables là, ça va être peanuts à côté de ce texte !

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    1. Ce qui est bien quand tu vois plusieurs mises en scène différentes, ce sont les interprétations à chaque fois qui peuvent varier. Je n’arrive pas à me rappeler où et quand j’ai vu ou entendu cette théorie assez chouette, ça me soûuuuuule ! ^^

      Mais grave ! Je suis chaud patate pour les Misérables. PLUS RIEN NE PEUT NOUS ARRÊTER ! (D’autant que t’es une très chouette co-pilote et je sens que cette future LC pourrait bien envoyer du pâté dans la fiole).

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  3. Je te le dis tout le temps, mais j’adore tes articles. Même si c’est un mwé ! Faut que je regarde le film de Branagh ! Je ne le lirai pas tout de suite cependant haha. Je t’avoue que je suis plutôt une novice shakespearienne (même si j’ai vu Songe d’une nuit d’été à l’Opéra, connait Roméo & Juliette (oui la comédie musicale m’a aidé haha), l’histoire d’Hamlet et Macbeth (même si le film avec Fassbender est NUL !) mais je n’en ai jamais lu…

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    1. Moi j’aime beaucoup tes commentaires ma Pop <3 <3

      Han j'avais ADORE le Macbeth avec Fassbender justement (que j'avais regardé immédiatement après avoir fini de lire la pièce). Alors oui c'est space, j'avoue ^^, mais j'avais beaucoup aimé l'ambiance, les plans, les paysages etc.

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    1. Ah mais j’ai hâte de m’attaquer à ses comédies (quoique je sais pas si je rirais autant en lisant qu’en regardant jouer Songe d’une nuit d’été par exemple). Et puis j’ai bien bien envie de m’attaquer à ses tragédies historiques Richard III, Henri II (?) (rien que pour voir après l’adaptation avec Tom Hiddleston <3)

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  4. J’avais étudié Macbeth et Winter’s Tale (un conte de l’hiver ? Un conte d’hiver ? Je ne sais) à la fac (parce que j’ai fait des études d’anglais), et comme je suis une grosse nouille pleine d’esprit de contradiction, bah j’ai bloqué sur Willy et j’ai jamais réussi à rentrer dedans. Bien que j’ai eu 13 à mon exam dessus. Comme quoi.
    Du coup je me dis qu’à tête reposée, sans pression de personne, peut être que j’apprécierai mieux ! Merci de me remotiver à lire des classiques ♥

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    1. Oui nan mais les études ça te bloque, un truc de dingue. Le Hamlet là, mon exemplaire date de la fac justement. Jamais voulu le lire alors que le prof nous avait conseillé de le lire. J’étais en mode « Révolte, le théâtre ça se joue, ça se LIT PAS ! » Et puis j’ai changé d’avis en lisant Macbeth et Othello que j’ai adoré.

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  5. Ben je me sens seule dans mon inculture, j’avais jamais fait le rapprochement avec Le Roi Lion (best dessin animé ever). Ceci dit, je ne l’ai pas lu, même si je connaissais l’histoire dans les grandes lignes. Mais du coup, je suis à la fois curieuse et pas super emballée. Je lutte lirai sûrement un jour, mais je crois que je ne suis pas très fan de la lecture de pièces en fait, je préfère les voir jouées.

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    1. C’est une habitude à prendre, la lecture de pièces. Au lycée et à la fac, je m’insurgeais comme un Sans Culotte qu’on nous fasse étudier du théâtre sans nous proposer de voir la pièce en question. C’était pour moi une grande hérésie.
      Et puis je crois que c’est avec Yasmina Reza et Shakespeare justement où j’ai commencé à prendre plaisir à en lire. (Toujours pas Racine par contre, lui je peux mais alors vraiment pas. Que se soit jouées ou lues, je ne supporte pas ses pièces de théâtre)

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  6. Pour l’avoir lu en traduction française à la fac et beaucoup plus tard en version bilingue, je dirais que Hamlet gagne à être lu en anglais, largement. Il y a des subtilités qui ne passent toujours pas. En plus, il existe une bonne édition bilingue donc pas de souci pour comprendre.

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