Les Furies – Lauren Groff

L’année dernière, j’ai eu l’impression que tout le monde parlait des Furies comme « the book to read ». Les émissions littéraires et les politiques (enfin un, Mister The Coolest President Obama qui a dit que c’était le meilleur roman de l’année), tous s’y sont mis. Moi, j’ai attendu dans ma grotte que l’effet de mode diminue voire disparaisse pour que je m’y attarde.

Et ben j’ai pas été déçue du voyage les copains.

De quoi ça cause ? 

(Résumé de quatrième de couverture)

Ils se rencontrent à l’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. A vingt-deux ans, Lotto et Mathilde sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’ombre, l’a toujours soutenu. Le couple qu’ils forment est l’image-type d’un partenariat réussi.

Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des secrets qu’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.

Mais quelle est cette pépite ?

Alors, on va être honnête mes chatons. Pendant les 90 premières pages, j’ai failli abandonner. Je ne bitais rien, mais alors rien de rien. Mon cerveau était abasourdi, incapable de comprendre ni même d’analyser ce qu’il recevait depuis les rétines oculaires. Alors ça lisait hein, tranquille pépouze, mais un peu dans le vide.

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Kécekisepasse ?!

On était en plus à la veille d’un week-end prolongé que je savais allait être consacré à la lecture, j’avais envie de m’éclater dans mon bouquin, pas juste me prendre la tête.

Et puis… arrivée à la page 91… y a eu comme un déclic. Non pas qu’à cette page-là quelque chose de précis se passait, mais c’est mon cerveau qui plus habitué à l’écriture et à la narration (surtout) s’est dit : « Tiens ça y est je pige la mécanique ». Le premier post-it fût ainsi collé (d’où la raison pour laquelle on est dans de la précision de guedin depuis tout à l’heure).

Mais alors vous demandez-vous, impatients, pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe dans ce roman pour mettre des bâtons dans les roues à votre servante miminesque ?

La narration.

(cette putain de génialissime de narration)

D’abord, le roman est construit en deux parties : Fortune et Furies (du coup je comprends mieux le titre original : Fates and Furies). La première partie, la plus ardue à mon sens, la plus abrupte, la plus difficile d’accès, raconte le destin en accéléré de Lotto, de sa naissance dans une très riche famille, son adolescence à ses années universitaires où il rencontre Mathilde, la femme de sa vie. A partir de là, le récit narre la vie quotidienne de ce couple parfait, selon le point de vue de Lotto toujours, ponctuée par les fêtes données par le couple et les pièces de théâtre à succès que l’homme écrit.

C’est un peu hard, dans le sens où même si j’appréciais ce que je lisais, je ne voyais toujours pas très bien ce que le roman voulait me raconter dans sa finalité. Heureusement que le style de l’autrice est très intéressant, particulier et unique dans son genre, assez en tout cas pour que je puisse me faire les dents en attendant de comprendre tout le schmilblick.

Il faut savoir que la narration joue un rôle primordial dans le récit de manière assez déroutante. Elle accélère, passe sous silence plusieurs années puis décélère pour s’attarder plus longuement, avec semble-t-il un sens du hasard hallucinant. D’un paragraphe à un autre, il peut se passer 1 ou 2 ans sans qu’on te prévienne pour un sou. Les personnages vieillissent, voient leurs belles années insouciantes s’envolées et ça part vite vite vite. Exemple : la petite soeur de Lotto, Rachel, a 9 ans ans puis 15 deux lignes suivantes. C’est comme ça qu’on se retrouve avec 10 ans dans la face en à peine 10 pages.

Vous voyez le truc ? Il faut carrément s’accrocher à son slibard en acier trempé.

La narration c’est également l’intervention du Narrateur (non genré il me semble) qui entre crochets dévoile des « Easter Egg » dès qu’un protagoniste ouvre la bouche pour le contredire ou apporter des éléments à l’histoire au lecteur (#CIMER copain), amenant ainsi à l’ensemble un certain humour, une ironie piquante qui fait mouche à chaque fois.

La narration te dit aussi parfois « fuck », en se focalisant sur une personne lambda dans la rue pendant 20 lignes ou un épisode de la vie d’un autre personnage, comme ça sans te prévenir. Et vous savez le plus beau ? C’est foutrement cohérent tout ce binz. Alors oui, tu piges pas un brock au début mais plus tu avances, plus tu comprends les rouages de la machine, son mode de fonctionnement plus tu te laisses couler. Ne pas se débattre,  étant le maître mot de cette lecture, faut juste se laisser entraîner dans le récit, voir où ça mène cette histoire

Et là je me suis prise l’équivalent d’une charge de C4 sur le coin de la margoulette…

La deuxième partie.

Furies.

BOUM.

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La partie qui est de LOIN ma préférée parce que… GÉNIE tout simplement, est consacrée à l’autre pendant du couple : Mathilde, la force motrice, le compresseur à pleine puissance. Véritable pièce maîtresse de l’oeuvre, la partie n°2 récompense la patience du lecteur et répond à la première partie, comme par l’effet d’un miroir inversé, de manière folle et inattendue. Toi, pendant ce temps-là, ta cervelle est éparpillée sur les murs, façon « puzzle ».

Tout d’un coup, comme par un coup de baguette magique, la narration prend son temps, comble les zones d’ombre, les questionnements, les pièces manquantes. On se pose, on est bien et on comprend le pourquoi du comment.

Les personnages.

Soyons clair, ils ne sont pas sympathiques. Aucun d’entre eux. Lotto est un éternel enfant, porté à bout de bras par sa mère puis par sa femme, il est arrogant et égoïste. Rien de plus normal quand on a été élevé comme la 8e merveille du monde à qui on promettait le plus fabuleux des destins. Solaire, Lotto aspire tout sur son passage, les hommes et les femmes. Quant à Mathilde, drapée dans sa perfection de sainte, de femme docile et gentille, c’est le personnage le plus complexe et le plus intéressant du roman.

Tous deux forment un duo exemplaire et alors même que des failles apparaissent, alors même que l’on sent parfois que ça va exploser en vol, qu’une parole ou un regard va faire tout chavirer, leur dépendance l’un envers l’autre les maintient dans un amour aveugle et cimenté.

En fin de compte, c’est une histoire d’amour.

Forte, absolue, puissante, créatrice, passionnelle… qui montre que le couple parfait s’il existe ne peut être basé que sur des illusions, un moment donné. Et quelle belle illusion que celle renvoyée aux autres, mais surtout entretenue par ses protagonistes principaux, ses membres fondateurs, ce fameux 1 + 1 = 1 (cette formule mathématique n’a jamais été aussi vrai qu’ici) !

Concluons mes bons 

Bon ben, coup de coeur les gars, hein, on va pas chipoter. Que voulez-vous que je vous dise de plus, à part que cette lecture m’a kidnappée et avalée toute crue ?

Ce que ça m’a appris surtout, c’est de ne pas abandonner. Plus particulièrement ce roman. Car le conseil que je peux vous donner, même si l’envie vous gagne de partir en courant, restez fort et ferme avec vous-même. Allez jusqu’au bout, ce n’est qu’en tournant la dernière page que le dernier voile sera levé.

Allez un dernier coup avant de larguer les amarres !

Le truc en + qui m’a fait aimer l’autrice, Lauren Groff d’un grand amour ? Le roman est subtilement saupoudré d’un féminisme que j’aime et que j’admire. Exemple : enfin dans un bouquin on te dit qu’il faut arrêter de traiter les femmes d’hystérique, car 1/ c’est d’un non-sens total, hystérie voulant dire « utérus » à la base, 2/ c’est un mot connu de la psychologie du XIXe siècle pour expliquer que les femmes si elles sont chiantes c’est parce qu’elles sont folles. Voilà voilà, ça me donne envie de casser des briques avec les dents, ça.

 

12 réflexions sur “Les Furies – Lauren Groff

  1. Il est dans ma PAL ebook donc je note : s’accrocher jusqu’à la page 91, foutoir maîtrisé, boum, explosion de cervelle sur les murs (ça va être sympa à nettoyer cette affaire-là), persos pas jojos, hourra on finit par tout comprendre. Et Barack a dit que c’était son roman préféré de 2015 donc bon :-)

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  2. J’avais réussi à résister au batage jusqu’ici mais ton billet est imparable. C’est donc à présent noté et comme je suis limite toc obessionnel et que je suis incapable de lâcher un livre en cours de route, pas de risque, j’irai jusqu’au bout, coute que coute.

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  3. C’est un livre qui me tente depuis un bout de temps, mais j’avais lu quelques avis négatifs qui m’avaient un peu refroidie. Lire ta chronique m’a donné envie de voir par moi-même, ça a l’air d’être un de ces ovnis littéraires comme j’aime ^^

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  4. Pour le coup, c’est un bouquin qui est en top de ma WL depuis un moment (Et j’arrive toujours à lire les avis en diagonale, histoire de ne toujours pas savoir de quoi ça parle du tout, avoir que c’est du talent), mais je ne suis pas pressée pour autant. Comme je SAIS que je vais le lire, je la prends cool.

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