Magnetic Island – Fabrice Colin

Vous l’aurez remarqué, Mimine est un peu à la ramasse dans son rôle de « tenancière de blog » en ce moment. Deux chroniques en un mois seulement ? #ShameShameShame En plus, si j’en crois mon bilan et mon petit carnet, j’ai deux trois petites choses sympatoches à vous parler.

Et aujourd’hui c’est un roman jeunesse qui a concouru pour le Prix Vendredi 2017 (équivalent jeunesse du Goncourt des « grandes personnes ») et que j’ai lu dans l’optique de tous les lire

  1. pour être hyper calée et ramener ma fraise sur le sujet,
  2. pour vous en faire un article récap à la fin.

De quoi est-ce que ça cause en vrai ? 

Cyan, jeune adolescent australien de 16 ans, vit dans une immense baraque d’architecte avec les restes d’une famille déglinguée et égocentrée. Et ce qu’on peut dire c’est que ça va pas bien fort :

  • sa mère qui ne l’a jamais aimé s’est barrée en Europe ;
  • son père, grand réalisateur célèbre, est obnubilé par son nouveau film ;
  • son grand-père a pété une durite, a vendu sa compagnie et, devenu multi-millionaire, passe ses journées à fumer de l’herbe et à coucher avec des filles à peine plus âgées que son petit-fils,
  • sa soeur jumelle Holly est morte à 12 ans, lors d’un voyage scolaire sur l’île de Magnetic Island,
  • et son autre soeur, Divine, vient de disparaître dans l’indifférence familiale la plus complète.

Bien bien bien…

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Si tout le monde semble être dans sa petite bulle, Cyan, lui, est bien décidé à retrouver sa soeur et au passage à régler ses comptes avec sa foutue famille. Qu’est-il arrivé à Divine ? Sa disparition aurait-elle quelque chose à voir avec la mort de Holly, dont personne ne mentionne même le nom à la maison ?

Mystère !

Qu’en a-t-on pensé par ici ? 

A part le fait « Que font les services sociaux ? » je veux dire.

Dès les premières pages, on sent que ça ne va pas être très rigolo. Je vous ai décrit l’ambiance familiale au-dessus, qui aurait pu vriller dans le loufoque et le drôlement sympathique, mais on n’est clairement pas dans ce genre d’histoire. Fabrice Colin prend le temps d’installer tout d’abord son décor, ses personnages et l’environnement familial ô combien foutraque et dysfonctionnel dans lequel stagne Cyan, cet adolescent qui piétine, qui ère sans but sur son scooter, foutrement isolé (pas d’amis) et qui souffre d’un mal être assez profond, caché sous une agressivité latente envers les adultes.

Adultes qui sont particulièrement s’coués du bulbe.

Amorphes, irresponsables ou encore égoïstes, ils se comportent comme des adolescents qui remarquent à peine la présence du véritable enfant dans la pièce. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la façon dont Fabrice Colin construit les échanges entre le père (monstre d’égocentrisme) et Cyan, des échanges tendus comme un string sur une chips qui montrent les nombreuses failles de la cellule familiale.

Personne ne voit rien ou ne veut rien voir, chacun s’occupe de ses petites affaires, et s’il y a des sursauts de prise de conscience « tiens j’ai un môme, faudrait que je m’en occupe un peu » c’est trop tard, les relations sont déjà bien lézardées. Même lorsque Cyan demande à ce qu’on s’occupe un peu de chercher sa soeur Divine qui a disparu, il semble être le seul à s’inquiéter tant les personnes responsables s’en balekent allègrement les roubignols en mode « t’inquiète, elle va revenir ; elle est un peu fofolle, c’est pas bien grave ». Oui sauf que là on ne parle pas d’un petit chat qui s’est barré faire le tour du quartier… Irresponsabilité je vous dis.

Autant vous dire que je comprenais la colère intérieure/extérieure du gamin. Même si son comportement peut, peut-être, prêter à sourire de temps à autre, tant j’ai trouvé que Fabrice Colin avait tendance à forcer le trait.

Attention

c’est une adulte mature et responsable qui parle :

Cyan a les airs de l’adolescent incompris (mais n’est-ce pas normal ?), écoute à poil (??) Lorde parce que les paroles de ses chansons parlent à sa souffrance intérieure (#jesuistorturé) en liquidant une bouteille de Jack Daniels dans la soirée. Le whisky des alcoolos paraît-il. Oui parce que Cyan a AUSSI un problème d’addiction à l’alcool. Ce dont son père va lui reprocher à grands renforts de cris et de pointage du doigt « Argh mauvais enfant ingrat ». Psychologie parentale, 0. Il n’en reste pas moins que notre héros est un garçon complexe, à tendance psychotique et manipulateur, un adolescent en demande de réponses qui a du se construire avec les matériaux qu’il avait sous la main. C’est à dire pas grand chose.

Ainsi, la figure de la psychologue apparaît comme une bouée tendue au naufragé. Alors que Cyan reste très méfiant au départ, elle va tenter de comprendre d’où se situe exactement le mal être et le faire retourner dans son passé. De là, le roman développe des sujets forts et plutôt matures tels que la dépression, les hallucinations, les violences familiales et l’addiction en tout genre. La psychologie est un aspect plutôt marqué dans le récit où le lecteur est souvent amené à douter des personnages et surtout de son héros à qui finalement on a que le point de vue. Peut-on croire sa vision de son environnement ? Est-ce que ce n’est pas lui le problème au fond ?

Et je m’arrête là dans l’explication car la partie thriller du roman commence et ça serait bien bête de laisser échapper les petites miettes de la brioche.

Le point final de tout ça 

Dans ce que j’ai pu lire de la sélection, Magnetic Island se classe (pour l’instant) en première position. Entre roman sur l’adolescence et thriller psychologique, on a affaire à un bon roman jeunesse, hypnotisant et addictif qui ne se lâche qu’à la toute fin. La complexité du héros, les sujets abordés puis le côté thriller en sus, tout cela est fort bien ficelé comme un gigot d’agneau.

La petite liste de sous le coude

  • L’aube sera grandiose, de Anne-Laure Bondoux (Gallimard jeunesse) 
  • La loi du phajaan, de Jean-François Chabas (Didier Jeunesse)
  • Rage, d’Oriane Charpentier (Gallimard Jeunesse)
  • Magnetic Island, de Fabrice Colin (Albin Michel Jeunesse)
  • Naissance des cœurs de pierre, d’Antoine Dole (Actes Sud Junior)
  • Power club. Vol. 1 : L’apprentissage, d’Alain Gagnol (Syros)
  • Dans la forêt d’Hokkaido, d’Eric Pessan (L’Ecole des loisirs)
  • Star trip, d’Eric Senabre (Didier Jeunesse)
  • Sirius, de Stéphane Servant (Le Rouergue)
  • Colorado train, de Thibault Vermot (Sarbacane)

Qui sera le prochain ?

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6 réflexions sur “Magnetic Island – Fabrice Colin

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