Le mystère Jérôme Bosch – Peter Dempf

Vous connaissez le peintre du XVIe siècle Jérôme Bosch ? Si la réponse est non, c’est bien, vous êtes comme moi, un noob total qui ouvre des yeux écarquillés sur le monde à chaque nouvelle découverte. Si la réponse est oui, c’est bien aussi, parce que le bouquin va vous immerger DANS la peinture de Bosch, jusqu’au cou.

Lecture divertissante du week-end dernier (j’ai envie de dire, en cette saison, les dimanches cocooning sont ce qu’il y a de mieux pour la santé du cigare), Le mystère Jérôme Bosch est le genre de roman qui t’apprend des trucs culturellement parlant et c’est chouette.

De ce que ça parle approximativement 

XXIe siècle, Madrid. Scandale au musée du Prado ! Le célèbre triptyque de Jérôme Bosch, « Le Jardin des délices » a été victime d’un acte de vandalisme. Oui, un prêtre un peu toqué a jeté de l’acide à quelques endroits du tableau provoquant alors de profonds dommages. Le restaurateur Michael Keie, chargé de « réparer les dégâts » et son ami madrilène Antonio de Nebrija font une découverte stupéfiante : les traces d’acide laissent apparaître des petits détails que personne n’avait jamais vu avant. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Le prêtre aurait-il jeté de l’acide exprès sur certains endroits du tableau ? Mais dans ce cas pour quelles raisons ?

A la demande d’une psychologue, Michael va aller à la rencontre du prêtre, interné dans un hôpital en attendant son procès, qui va dès lors lui raconter une histoire s’étant passée six siècles plus tôt à Bois-le-Duc au Pays-Bas, cité sous le joug de l’Inquisition, où l’on suit Petronius Oris, nouvel apprenti de Jérôme Bosch alors que le peintre parachève son célèbre triptyque.

Qu’est-ce qu’elle en a pensé, Mimine ? 

Comme on peut le voir dès le résumé, le roman donne dans le récit alterné : celui au XXIe siècle et celui du XVIe siècle. Et c’était pas bête comme idée. En suivant les premiers pas du jeune Petronius à Bois-le-Duc auprès de son nouveau maître Bosch, homme visionnaire et originale, on plonge dans une époque où les rapports entre l’Inquisition et les artistes et libres-penseurs étaient tendues comme un tanga, alors que l’Eglise s’échine à nourrir les névroses d’un siècle gangréné par les superstitions et la peur viscérale de l’Enfer, pour assoir son pouvoir. Et bien entendu, tout ça à coup de procès parfaitement arbitraires basés sur des preuves sorties du cul d’une poule, de tortures et de bûchers en place publique.

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Pourtant, je reste tout de même assez partagée entre le « Wow c’était passionnant » et le « Meuh » un peu dubitatif.

J’vous explique.

D’un côté,

on nous parle d’un tableau qui existe (dont on peut voir de nombreuses reproductions sur le net) (mais je vous en parle un peu plus tard) et qui a déchaîné les passions. Quoi de plus normal quand tu vois la bête de tes yeux : incroyablement fou, fantaisiste et une réécriture de la genèse, du Paradis et de l’Enfer, assez dingue. L’auteur Peter Dempf est professeur d’histoire à l’université, donc Monsieur sait de quoi il parle. Et ça se vérifie quand il t’envoie la sauce dès qu’on cause du tableau et des détails incalculables qu’il y a dedans : c’est juste PASSIONNANT. Nan sérieux, en même temps que le récit se déroulait, que les personnages se posaient des questions sur l’oeuvre, j’étais avec mon bouquin d’une main et mon téléphone de l’autre à faire des agrandissements sur l’image du tableau pour voir de quoi ils parlaient. J’ai rarement vécu l’expérience avec un livre où j’ai eu ce sentiment de participer réellement à l’enquête. Un peu plus et je ressortais ma panoplie de Super Detective reçue à Noël 98.

Et puis de l’autre,

on a la partie « thriller » qui moi m’a semblé un peu traîner de la papatte. Tandis que Michael, le restaurateur d’art, écoute le récit du prêtre dominicain et fantasme sur les formes de la psychologue (ah oui ça j’ai beaucoup apprécié, vous pensez bien, que les héros masculins soient particulièrement obsédés par ce qui se passait dans leur pantalon dès qu’une femme (mystérieuse et fatale forcément) roulait des enjoliveurs. En vrai, ça ne me dérangerait pas s’ils n’avaient pas du coup un comportement parfois idiot), c’est Petronius, le héros du XVIe siècle qui est jusqu’aux oreilles dans les emmerdements.

Alors le bougre court partout

  1. pour échapper au bûcher et surtout à un dominicain obsédé par lui,
  2. pour se taper la serveuse du bistrot du coin,
  3. pour découvrir ce qu’il se cache derrière le triptyque.

Mais c’est pas toujours hyper clair, car à force de mettre trop de rythme dans le rythme, le roman oublie parfois d’expliquer ou de mettre en place certains éléments nécessaires à la compréhension du machin. Du coup, moi j’en suis ressortie souvent en me disant que Petronius était bien mignon mais que ce pauvre garçon brassait beaucoup d’air quand même.

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Même la « conspiration » m’a semblé un peu tirée par les cheveux et j’en suis venue à la conclusion que tout ce qu’avait inventé Peter Dempf, toute la partie fictionnelle du roman donc, n’était pas ce qui m’intéressait le plus, en vérité.

Donc le tableau, oh mazette !

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J’en reviens à mon point de départ : cet incroyable triptyque. La raison pour laquelle je ne suis pas vraiment déçue du roman, c’est qu’il m’a donné l’occasion de voyager dans une oeuvre-monde dont je n’avais pas connaissance. Ici « Le Jardin des délices » est la preuve d’un certain art engagé, prônant la liberté de pensée, la fantaisie et l’imaginaire contre les dogmes extrémistes d’une religion. Avoir eu les bollocks de penser (rien que ça déjà) et de faire ce tableau au XVIe siècle est déjà un acte de bravoure en soi.

Fascinée par cet artiste et son oeuvre, j’suis allée fouiner sur le net et j’ai trouvé :

  • une carte interactive  (<= lien) du triptyque qui explique quelques points de détail de l’oeuvre mais aussi sur son exécution et son contexte. Irrémédiablement passionnant ! 
  • le film documentaire espagnol autour de l’oeuvre et de Jérôme Bosch que je me suis empressée de regarder. Et là, tout ce qui est dit dans le roman de Peter Dempf, c’est vrai (sauf pour le côté thriller et conspiration, hein, là faut pas déconner).

Le taux de recommandation

Pour les noob de mon espèce, la recommandation est plutôt haute malgré mes petits « méheu ». Découvrir et enquêter sur une peinture, on me l’avait encore jamais faite. Je dis oui pour la beauté, oui pour l’impression de vivre un peu moins bête maintenant, oui pour l’exploration interactive. Je dis oui aussi pour la représentation d’un contexte, la description d’une époque et d’une ambiance qui pue le sapin et le petit bois.

Par contre, le côté thriller, à la sauce (délayée) Da Vinci Code (parce que bon DVC c’est vraiment caca), ne m’a pas particulièrement convaincue, même si j’ai passé un bon moment. Et puis la fin, disons que

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Heiiiin ?

11 réflexions sur “Le mystère Jérôme Bosch – Peter Dempf

  1. Perso, je suis une innommable quiche en ce qui concerne la peinture. C’est vraiment un art qui me touche assez peu, mais je pense que c’est aussi une question d’entraînement… Du coup, pourquoi pas. Tant pis pour la partie thriller, pour le reste, au pire je serai une peu moins inculte, au mieux j’aurais en plus kiffé ma mémé

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