Orgueil et Préjugés

Je revis. Là j’vous l’dis, MIMINE VA MIEUX. Genre, elle peut lire plus de 45 pages d’affilées sans problème. Les sinus intellectuels sont débloqués, je respire et je retrouve le chemin de la lecture. Résultat, j’ai deux-trois livres en cours (ouais parce que toute folle, toute gambadante, Mimine s’est jetée sur les bouquins comme une affamée sur un poulet grillé).

Mais c’est pas l’sujet aujourd’hui.

Nan nan mes agnelets. Je voudrais qu’on revienne, deux minutes, sur LA lecture marquante du mois de Novembre, la seule en même temps c’est pas bien compliqué, qui m’a fait un bien fou. MAIS FOU.

Quand ça va pas, tout lecteur qui se respecte a dans sa petite po-poche une technique IMPARABLE, le « joker », le « diesel » qui fait tourner la machine, bref, la lecture 100% safe : la relecture d’un coup de coeur. Et quoi de mieux que de tabler sur le « sécur » et en même temps sur de « l’horizon nouveau » en relisant un classique d’entre les classiques, coup de coeur d’entre les coups de coeur, j’ai nommé

Orgueil et Préjugés

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Pride and Prejudice de Joe Wright, 2005.

En fait, pour être tout à fait franche, je ne tenais pas particulièrement à parler de cette superbe lecture ici là maintenant. Déjà parce qu’O&P est juste ultra connu et que les qualités de ce roman ne sont plus à démontrer.

Enfin c’est ce que je croyais !

Un soir, j’ai eu une conversation très intéressante avec quelques amis quand j’ai mentionné que je lisais O&P et il y a eu plusieurs réactions qui m’ont étonnée :

  1. « Ah c’est une lecture de meuf ça. Le truc romantique, quoi »
  2. « C’est pas un peu niais ? »
  3. « J’aime pas trop cette « vieille » littérature, je m’y reconnais pas.

Les trois Martinis que j’avais ingurgités m’ont donné la force nécessaire pour garder mon self-control (ou disons les choses plus clairement, ils m’avaient mise un peu K.O). Je n’ai pas beaucoup réagi et j’ai eu beau protester mollement, les préjugés (*winkwink*) étaient déjà bien en place. A noter que personne n’avait lu ce livre et se basait sur ce que la culture populaire en avait retenu (et que mon superbe mug a résumé avec humour) : « Mr Darcy est un homme fier. Elizabeth Bennet ne l’aime pas. Ils changent d’avis et se marient. Fin ».

Après que les trois verres de Martini et les trois olives avalées furent bien digérés, alors que j’étais dans mon lit à chercher le sommeil, l’idée d’une réponse à l’affront fait à Jane Austen a commencé à germer dans ma petite tête.

Pourquoi faut-il (encore) lire Orgueil et Préjugés ? 

Et donc toute l’oeuvre de Jane Austen, tant qu’à faire, hein !

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Déjà, c’est foutrement drôle

Y a pas à dire, je me suis fendue la poire à de nombreuses reprises. Car le truc chouette avec Jane Austen, c’est qu’on est dans le gros taillage de costard, dans l’ironie pure et dure, bref dans une certaine forme de marrade britannique qui assène les piques avec la grâce d’un coup de savate dans le feutré.

Critiquant et observant les us et coutumes de son époque (et là t’as la bonne caution historique qui t’apprend plein de trucs de « comment ils vivaient les gens avant »), Jane Austen est passée maîtresse dans l’art de dépeindre, avec un esprit affuté, les nombreuses scènes de la vie quotidienne de la gentry provinciale dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus ridicule et même parfois de plus cruelle. Que se soit représenté à travers Mr Bennet qui m’a provoqué des éclats de rire par ses saillis bien senties (et pas toujours très sympas) envers certaines de ses filles, que se soit à travers le personnage bouffon et abyssalement stupide de Mr Collins ou bien quelques situations cocasses dont le roman nous régale, Orgueil et Préjugés c’est l’genre de lecture qui t’impose le sourire, le rire et la bonne humeur.

Alors que finalement le fond du fond, si on y réfléchit bien, ben c’est pas si drôle que ça.

Ce qui m’amène à mon second point ⇓

Jane Austen est une fausse romantique

Alors okay. Tous ses romans, surtout Orgueil et Préjugés, se finissent bien avec de beaux mariages à la clé et ses contemporains, ainsi que certains universitaires le lui ont souvent reproché. D’où, peut-être, l’image populaire que les romans de Jane Austen sont  un peu « niais » ; « gentils » ou encore « de la littérature pour femmes » (#jevomisinterieurement). Mais moi, je suis persuadée que Jane Austen n’était pas la nana fleur bleue qu’on croit. Si ça se finit si bien dans ses histoires, c’est peut-être parce que l’auteure a voulu mettre un peu  d’optimisme dans ce monde de brute : la condition féminine à son époque, ce n’était pas « Hola du boudin à la flûte à bec ».

Comme le décrit si bien Lady Mary Crawley dans Downton Abbey, les jeunes filles sont assises dans un long corridor, jusqu’à ce qu’on les épouse pour espérer avoir une vie à elles. Enfin  à elles… sous la coupe de leur mari, mais c’est déjà mieux que chez les parents, alors ça va. Et si elles ne sont pas « choisies », si elles atteignent un certain âge (27 ans pour Miss Charlotte Lucas dans O&P considérée alors comme une vieille fille inmariable), elles deviennent un poids pour leur famille et donc un sacré boulet financier.

En gros, marie-toi ma fille, sinon ben…

paye ta vie de foin quoi.

Faut pas oublier les enfants que Jane Austen c’est la meuf caustique et plutôt pragmatique. A travers ses personnages et leurs interactions, elle montre qu’elle est très lucide : le mariage ne doit pas être affaire de coeur, mais d’argent. Dans le roman, tout tourne quasi autour des pépètes et comment en avoir assez pour vivre convenablement. Le personnage de Charlotte Lucas qui épousera Mr Collins, l’abruti obséquieux, est assez représentatif.

De même pour le personnage de la sotte et surexcitée, quoique attachante Mrs Bennett, mère de cinq filles : son obsession pour le mariage ne vient pas d’un désir romantique (pas uniquement en tout cas) mais principalement d’un instinct de survie et protecteur comme la lionne qui protège ses petits. Il FAUT que ses filles se marient car sinon elles n’auront absolument RIEN pour vivre à la mort de Mr Bennett.

Romantique, on a dit ?

C'était Pas Prévu

Et puis, ce n’est pas pour rien mon chien que la toute première phrase de la toute première page du roman commence par :

Il est une vérité universellement admise : c’est qu’un célibataire doté d’une solide fortune a certainement besoin d’une épouse.

giphy (84)
MONEY MONEY MONEY

Mais alors !

vous entends-je crier, imaginaires lecteurs protestataires, et l’histoire d’amour si célèbre entre Mr Darcy et Elizabeth ? Alors quoi c’est du nougat ?

Ça, mes pioupious, c’est la cerise sur la chantilly, le sucre sur la brioche, le sel de l’intrigue. Au final, ce n’est pas ce qu’il y a de plus important, même si, on ne se le cache pas, c’est ULTRA choupi et qu’on attend avec impatience que le stoïque Fitzwilliam Darcy ramène sa fraise. Car suivant mes calculs algébriques de pointe (faits à la louche à crème), l’histoire d’amour, disons les interactions entre Darcy et Eliza ne prennent pas plus de 30% du récit. Donc, ce n’est pas QUE ça, Orgueil et Préjugés, vous l’avez bien compris.

Je pourrais parler aussi du style de Austen, l’art de ses descriptions ou comment tu te prends une leçon d’écriture DANS TA FACE quand elle fait le portrait ironique et peu flatteur d’une certaine aristocratie anglaise et de la bourgeoisie provinciale qui, ventre à terre, lui baise les pieds. La psychologie et le détail des relations humaines, scalpés sous le microscope de Jane Austen valent carrément le détour et restent d’une actualité sans bornes.

Je pourrais encore détailler, mais là j’crois qu’on a fait le tour du périmètre, le propos étant « putain les gars, lisez Jane Austen avant de critiquer merde » (dans un langage plus châtié et plus argumenté).

Vive le Martini et vive Jane Austen !

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44 réflexions sur “Orgueil et Préjugés

  1. Je suis plutôt le genre de personne a qui ont devrait dire « Arrête d’accumuler des bouquins d’Austen SANS LES LIRE MERDE ! ». Oui parce que j’ai trois Versions d’O&P mais je ne l’ai toujours pas lu. Je saaaaaaais, Carnet Parisien m’engueule assez à ce Sujet, Promis, en 2018, je le lis ! (3 ans que je dis ca…. il serait temps !)

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      1. Mais oui je saaaaais ^^ Non mais en vrai j’ai super envie de le lire, et j’ai honte, mais en fait, j’ai tellement de SP que je peux lire 1 ou 2 romans persos par mois…. Et du coup j’avance pas ! Enfin c’est parce que j’étais Lectrice Charleston et partenaire Hugo, dés janvier je vais pouvoir souffler et cette fois je le jure : en 2018 je lis Jane Austen !!

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      2. Aaaaah okay xD Tu veux tout de Suite caller une dater histoire de me ferrer ? :D La premiere semaine de janvier je fais une lecture de GoT et celle du 15 celle des Outrepasseurs, mais du coup j’ai la deuxième et la dernière semaine de Dispo ^^

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      1. Dénigrer Jane sans l’avoir lue. La considérer comme de la littérature à l’eau de rose… Mon coeur défaille mais ta vibrante prose à la gloire de notre chère Jane le ranime. Oui je suis lyrique

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  2. Voilà!! Vive le martini (et Leo) et Vive Jane Austen! Je n’aurais pas dit mieux. Du coup tu me donnes envie de m’y replonger, mais 1. je ne l’ai pas sous la main; 2. j’ai encore plein de livres à finir (oui oui, moi aussi j’en lis 2/3/voire4 en même temps :p ).

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  3. Vive les martinis et Jane Austen!!! Littérature pour meuf ?….. Moi aussi je vomis!!
    Je suis de ton avis, les fins heureuses ne le sont psa déjà tant que cela, car il y a une douce amertume dans tout cela quand même : changement de maître, c’est tout!!! et comme tu le dis : faut bien compenser sinon…
    Chouette d’apprendre que tu lis plus de 45 pages. :-)

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  4. Quelle chronique ! Et quelle analyse de Jane Austen, parfaitement juste et passionnante ! Tu me redonnes envie de me plonger dans son oeuvre :) Et puis qu’est-ce-que c’est que ces hérétiques qui parlent sans savoir ? Non mais !
    Vive le martini, vive Jane Austen, nouveau cri de ralliement du fan club de Jane :)

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  5. J’avais lu Orgueil et Préjugés il y a quelques années, et il m’avait laissé un souvenir sympa, mais pas marquant, mais j’ai redécouvert Jane Austen cette année grâce aux adaptations en websérie The Lizzie Benett Diaries et Emma Approved (que je te conseille au passage si tu ne connais pas déjà), et du coup j’ai lu Emma et j’ai adoré ! C’est vrai que ça a un côté très moderne dans le ton et l’humour, et du coup j’ai très envie de lire ses autres romans =)

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  6. Raaaaaah ce sont typiquement le genre de remarques sur Jane Austen qui me rendent extrêmement grossière (voire qui me donnent des envies de meurtres de masse) (on est une Janeite ou on ne l’est pas ^^), bravo d’avoir gardé ton self-control ! XD

    Et Jane était effectivement une fausse romantique, cet été j’ai lu trois biographies sur elle (oui bon, c’était le bicentenaire de sa mort en 2017, me suis un peu lâchée ^^) et c’est ce qui en ressort nettement. Elle ne s’est jamais mariée parce qu’elle refusait de se marier sans amour, mais elle ne se faisait pas non plus d’illusion sur le mariage d’amour, était parfaitement lucide au sujet de la condition féminine de son époque et avait une véritable réflexion féministe pour son temps.

    Les livres d’Austen ne sont pas des romances (bordel de bouse de vache) (pardon) mais des satires sociales.

    Bref merciiiiiiiiiii pour cet article !

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