La Servante écarlate – Margaret Atwood

Arrêtez tout. Oui là maintenant. Vous arrêtez de travailler, de manger, de respirer… STOP. Et vous lisez attentivement ce qui va suivre, puis en bonus vous allez vous procurer le bouquin. Parce que là mes chatons, LÀ Mimine et Titine sont tombées sur une pépite qui les a fortement marquées. Oh que oui !

L’avis du Brocoli >HERE<

Bon déjà comment parler de l’histoire sans trop en dire ? Ah bah nous voilà bien embêtée les copines. Voilà, deux possibilités s’offrent à vous :

  • Soit vous faites comme moi et vous partez dans la lecture vierge de tout (avant de commencer je ne savais même pas de quoi ça parlait) (j’ai une confiance aveugle dans le Broco) (elle me demande de sauter…),
  • Soit vous continuez la lecture de ce billet. Je vous rassure NO SPOILER. Toute façon, je ne saurais même par quoi débuter… d’où l’introduction hyper longue façon « Mimine tente de noyer le poisson ».

Allez on avance ?

giphy (68)

Dans un futur plus ou moins proche, la fertilité des hommes et des femmes est en chute libre et la démographie avec. Pour palier à ça, un groupuscule religieux suivant à la lettre un Evangile revisité ont pris le pouvoir et transformé les Etats-Unis en une théocratie baptisé « République de Gilead » maintenant la population dans un vase clos, coupée du monde. Les rafles, les dénonciations et les mises à mort sont désormais monnaie courante et les femmes sont, quant à elles, les premières victimes du nouveau régime. Evaluées et considérées selon leur capacité à procréer, elles sont réparties en plusieurs groupes :

  • les Servantes, femmes fertiles ayant déjà eu des enfants, enlevées pour être formées à être au service des Commandants (hommes au pouvoir), telles des vaches laitières. Elles sont contraintes d’enfanter dans la maison dans laquelle elles servent et de donner leur enfant aux épouses des Commandants. Tout ça sous couvert de bondieuseries gerbantes, cela va sans dire.
  • les Tantes sont des sortes de religieuses extrémistes à la solde du pouvoir qui se chargent de dresser les Servantes.
  • les Marthas sont des bonnes à tout faire et relativement tranquilles mais qui ne peuvent ni se marier, ni avoir d’enfants, ni avoir de vie propre tout court en fait.
  • les Anti-Femmes ou toutes celles qui s’écartent du « droit chemin » (notamment les lesbiennes), envoyées direction le goulag les Colonnies sans ticket de retour.

Autant dire que la République de Gilead sent bon la joie de vivre à plein nez…

Roman des années 80 culte dans le monde anglo-saxon mais peu connu sur nos contrées françaises, ce n’est que récemment que Mimine a eu vent de l’existence de La Servante écarlate (ou The Handmaid’s Tale en VO). J’dirais même depuis que Trump est devenu, avec la force d’un fist bien placé, le nouveau Président des States, et depuis qu’une vague de conservatisme nauséabond a commencé à déferler sur les Etats-Unis. C’est peut-être dans ce contexte délétère que le roman de Margaret Atwood a recommencé à se faire une petite place dans les mains des lecteurs et lectrices aux USA comme en France, à l’instar de 1984 d’Orwell. A croire que la présidence Trump fait du bien aux libraires et à la littérature, c’est déjà ça. Bref, tout ça pour dire qu’heureusement y a Trump et le Brocoli qui est venu me proposer de lire le bouquin, sans quoi je serais passée à côté d’un truc OUF.

Car Margaret Atwood signe là une dystopie carrément glaçante et percutante comme j’en ai rarement lu.

L’efficacité tient en deux mots : narration interne.

Nous suivons donc l’une des servantes, Defred, narratrice de sa propre histoire. Plongés en immersion totale, nous découvrons par tâtonnement les tenants et aboutissants de l’univers et nous entrevoyons l’avenir crépusculaire de femmes devenues esclaves. De révélations en révélations, on comprend avec horreur dans quel guêpier est enfermée notre narratrice qui grâce à des flashbacks nous apprend comment ce pays est tombé si bas. La comparaison entre l’avant-l’après est effrayante, mettant en évidence les changements opérés sur la condition des femmes depuis la mise en place du nouveau gouvernement : elles n’ont plus droit de lire ni d’écrire, elles n’ont plus d’identité ne portant que le nom de leur « Commandant », elles ne doivent pas adresser la parole aux hommes ni créer de liens avec les autres femmes. Sombrant dans une solitude et une soumission cruelles, Defred ne peut qu’échapper à sa condition la nuit. Seule,  elle ressasse ses souvenirs de son mari Luke, porté disparu, et de sa fille qu’on lui a enlevé, avec l’espoir de les retrouver un jour.

Notre société se mourrait, disait Tante Lydia, à cause de trop de choix.

J’ai rarement été aussi prise à la gorge par un roman, je tiens à le signaler. Suite à ça, j’ai eu une petite panne de lecture alors que j’avais réussi à gérer le truc avec le tome 3 de la Passe Miroir (je suis maudite). Outre le fait que l’histoire dans son ensemble est franchement pas jojo (ça parle quand même de viol, de domination masculine et religieuse, de sévices corporels toussa…), la plausibilité du machin est elle encore plus terrible.

Car là on assiste au tout début d’une dictature où les gens ont encore des souvenirs très frais de leur vie passée. Le fait qu’on s’identifie à l’héroïne à travers les souvenirs de son ancienne existence de femme libre, accentue l’horreur qui s’empare de nous : ça pourrait être moi, toi, la boulangère ou la nana qui fume une cigarette à côté en terrasse. Ta petite vie sympa et rangée pourrait se terminer sur un claquement de doigts sans que tu t’en sois aperçue. Et vu l’état actuel des événements et vu la teneur de certains propos de politiques français et étrangers sur les droits des femmes (entre autres), y a de quoi se faire une jolie psychose à 3 heures du matin dans son plumard.

Si un happy end est difficilement envisageable, l’auteure nous laisse cependant penser qu’il pourrait y avoir un peu d’espoir, un moment donné ou un autre. Ou peut-être pas. La fin sibylline laisse songeur en tout cas. Enfin songeur… carrément sur le popotin OUI (mais chut… j’peux pas vous en dire plus).

Thriller, huit clos, essai philosophique et féministe, roman d’anticipation ou simple prédiction de médium ? Franchement, j’crois que c’est un peu tout ça.

Petit aparté

Avec Broco, on s’est matée la série The Handmaid’s Tale tirée du roman qui vient juste de terminer sa saison 1 y a quelques jours. Alors on pense en parler chacune de notre côté avec un petit billet, mais déjà j’crois qu’on est d’accord pour dire qu’il faut IMPERATIVEMENT la regarder. Il en va de votre vie. La force miminesque de persuasion, c’est free, c’est gratuit.

Quant à moi je vous laisse, je vais aller me faire faire un T-shirt avec la citation bientôt culte :

Nolite te bastardes carborundorum. 

 

 

37 réflexions sur “La Servante écarlate – Margaret Atwood

  1. Il faudrait vraiment que je le lise (surtout après une chronique comme celle-ci) !
    J’entends beaucoup parler de la série en ce moment, je pense donc la regarder après avoir lu le livre :)

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  2. Je veux le lire avant de regarder la série (qui me tente à mort aussi), mais je lutte pour le moment (et pareil pour La mémoire de Babel). Je crois que je vais bientôt atteindre des sommets qui m’empêcheront de lutter contre toutes ces tentations avec toutes les chroniques qui me poussent encore plus vers le craquage :D

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    1. Haha ! Mais tu fais bien de t’attaquer d’abord au livre. Même si c’est plus développé dans la série, le livre permet un moment de lecture tendu du string assez dingue ! En plus c’est vachement bien écrit. Donc ouais et pour la Passe Miroir et pour la Servante Ecarlate, y a plus qu’à… :)

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  3. Rhoooo mazette Mimine !! Mais quelle chronique !!! Déjà que j’ai kiffé, t’arriverait presque à me convaincre qu’il faut que je le relise, genre là tout de suite. Et on a bien d’accord pour la psychose à 3h du mat, pourquoi tu crois que je t’ai envoyé des messages toutes les 4h pour savoir où tu en étais, histoire de voir si je pouvais partager ma détresse avec quelqu’un ?

    Comprends pas que ce livre ne soit pas plus étudié dans les écoles françaises, franchement. Niveau sociétal, ça se pose là quand même !

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    1. Donc du coup ça va, c’est pas trop le ouaille cette chronique ? On a parfois l’impression de se perdre quand on a le nez dedans pendant des heures… Moi je comprends pourquoi il a fallu autant de temps pour que ce roman revienne au goût du jour. Et t’as raison, c’est un truc à faire lire au lycée ça !

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      1. Non je ne savais même pas qu’il y en avait une ! Je l’ai lu il y a longtemps, je ne pense pas que c’était d’actualité. Mais ça m’intrigue grâce à ton article même si ma première réaction aurait été d’être refroidie par une adaptation.

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  4. Arghhhh mais d’accord, je vais le lire, c’est bon !! ;) Il est déjà dans ma wishlist, figure-toi, et la série aussi (mais après, ça va de soi)… Hâte d’en reparler avec vous deux quand j’aurai rattrapé tout ça :D

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      1. Je viens de le finiiiiiiiir ! Glaçant. Glaçant glaçant glaçant. J’aurais presque aimé 100 pages de plus pour rajouter un peu d’action, mais j’ai été bien immergée comme il faut, et le fait que ce soit une phase de transition c’était une méga bonne idée (et encore plus glaçant). Et l’épilogue est bien chouette aussi !

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      2. *spoil* bon au moins on sait qu’il y a eu un après, et que Gilead n’a duré qu’un temps… (mais c’est clair qu’on aurait pas été contre d’avoir un update sur la demoiselle hein).
        Clair, je vais me plonger dedans tout bientôt, pendant que c’est chaud !

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  5. Bon alors la série je me la fais pendant les vacances, en plus peut-être que ça va me permettre de réfléchir sur mon état zombiesque d’amoureuse rejetée qui sait. J’avais déjà vu le premier épisode et le livre n’avait fait que trois jours sous mes yeux traumatisés pas le récit… tout le récit, tellement que j’ai oublié le livre presque, j’en ai gardé que les scènes importantes et la fin !

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    1. Ah tu vas voir la série est géniale ! Elle développe quelques aspects de l’histoire et des personnages et c’est vachement bien rendu. Avec Broco, on n’a pas été déçue pour un poil. Même je crois qu’on est devenue encore plus fan.

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  6. Need, obviously. Par contre j’ai aussi commencé la série et j’ai peur de continuer sans avoir lu le bouquin… Le premier épisode m’a passablement hypnotisée même si j’ai trouvé le rythme un peu lent.
    DU COUP JSAIS PAS QUOI FAIRE JSUIS BLOQUEYY.

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    1. Lis le livre avant Chaton. Absolument. La découverte de l’univers est bien meilleure dans le livre et la série va t’apporter certaines réponses que le livre exprès ne donnent pas. Ce sont deux choses différentes qui se complètent parfaitement. Tu sais ce qu’il te reste à faire 😊

      Aimé par 2 people

  7. Sacrée chronique ! Il va falloir que je me procure ce livre de toute urgence (ou que je me le fasse offrir, vu l’état de mes finances). Je connaissais déjà les grandes lignes de l’histoire vu que j’ai vu le trailer de la série.
    C’est marrant parce que là, en te lisant, je me suis rendue compte que le pitch de base ressemble un peu à la série d’Amy Ewing.. Le Joyau ? L’auteure a peut-être été recopier discrètement dans La servante écarlate en pensant que ce serait discret XD

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      1. Oui c’est ce que j’ai cru comprendre haha. T’inquiètes pas, tu n’as pas à me convaincre plus, je le lirai probablement cet été :p
        Je pense effectivement que le sujet a été traité différemment x) (probablement mieux aussi)

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  8. Non mais avec une chronique pareille (plus celle de Madame Broco) on a juste envie de se ruer dessus (mais avec la trouille du bad derrière… C’est juste ça qui me retient, je sais c’est con u_u)

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    1. Même si la lecture est éprouvante par certains côtés, j’ai eu un petit bad mais surtout j’ai eu l’impression que quelque chose s’était réveillée en moi. Ça m’a appris beaucoup de chose sur le monde qui nous entourait et sur moi-même. Le livre nécessaire, quoi. ;)

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  9. D’habitude je préfère lire le roman avant de voir le film ou la série, mais là tout le monde en parle depuis tellement longtemps je vais me jeter à corps perdu dans la série et surement ruiner ma vie sociale au passage à force de game of thrones et autres bijoux télévisuels…

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