La mémoire de Babel – Christelle Dabos

Les petits chats, ça y est ! Après avoir attendu de reprendre nos esprits, les ferventes amoureuses de l’écharpe sont prêtes pour parler enfin de notre lecture commune du dernier tome en date de La Passe-Miroir. C’était bien ? Oh my… Un peu plus que cela même.

June &Cie // Le Brocoli // PrettyRoseMary // Le Tanuki // Isa la Rousse

Attention ! Avant de lire ce billet, sachez que ça va spoiler grave (mais genre vraiment BEAUCOUP). Veuillez signer le formulaire disant que je ne suis en aucun cas responsable des effets secondaires que cet article va engendrer. Et ça va être long, trèèèès long. Mimine se sentant très volubile aujourd’hui et la concision n’étant pas son truc, elle a décidé de balancer la sauce, la mayonnaise, la harissa et les frites. Faut évacuer tout ça !

Donc.

*inspire*

La mémoire de Babel.

*expire*

giphy (63)

Dans le dernier épisode et au-delà…

Après un mariage express dans une cellule de prison et après avoir rencontré Dieu, Thorn et Ophélie ont du se séparer pour tenter d’échapper au courroux divin. Mais voilà deux ans et demi ont passé et Ophélie se morfond comme une âme en peine sur son arche sans aucunes nouvelles du Pôle ni de son époux. Etroitement surveillée par les Doyennes d’Anima (à la botte de Dieu), Ophélie a les pieds et les poings liés et ne peut rien faire si ce n’est attendre avec le sentiment d’avoir été « oubliée » par ses anciens amis. Or que nenni ! Si tu ne viens pas à Lagardère au Pôle… Archibald en personne (qui s’est découvert un curieux pouvoir) vient la délivrer, accompagné de Gaëlle et de Renard. Ouf, enfin libre, Ophélie décide de partir sur les traces de Thorn et des origines de Dieu. Direction l’arche de Babel…

Mais cette joie ! C’TE JOIE de retrouver dès les premières pages les personnages tant aimés, de retrouver la plume de Dabos, de retrouver enfin Ophélie, la tante Roseline, Archibald, le vieil Oncle etc. C’te joie de se dire « ça y est, après deux ans et demi de patience, je suis récompensée ! » (dans l’oreillette on me dit que ça faisait juste à peine deux ans en fait. Bah ça faisait carrément plus dans ma tête).

Où est Thorn ?

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Voilà la question que TOUT LE MONDE se pose, à commencer par Ophélie (et MOWA). Où est ce foutu animal ? Est-il dans une grotte, à taper sur des petits cailloux et sculpter des p’tits bouts de bois ? Est-il vivant ? Crénom de nom, l’attente est tellement insupportable ! Ça Christelle Dabos l’a bien compris et s’en joue avec délectation. Elle le sait la bougresse qu’on a toutes les dents qui rayent le parquet à attendre que l’énergumène apparaisse. Elle s’en amuse en nous faisant espérer de retrouver notre manche à balais patibulaire préféré à chaque coin de pages, de ruelles sombres, de silhouettes dégingandées…. Quitte à nous mettre sur des fausses pistes (j’le dis, je me suis fais avoir comme un cordon bleu).

Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs. La mayonnaise doit se monter petit à petit.

Babel, l’arche style 1984

Donc Ophélie se retrouve sur Babel, arche « gouvernée » (haha) par les jumeaux Pollux et Hélène. Si l’exquise arche aux mille fleurs semble paradisiaque au premier abord, il n’en est rien. Car sous ses allures hospitalières (par rapport au Pôle par exemple) et de cité utopique, Babel cache en son sein une dictature particulièrement bien huilée où chaque mot, chaque détail, chaque habit, chaque attitude sont soigneusement contrôlés selon les lois rigides de la cité. Et là on se dit, ça va clairement puer du pâté pour le matricule de notre chère héroïne qui a la riche idée d’infiltrer un pensionnat de surdoués, les « avant-coureurs » dont la mission est de collecter et archiver toutes les connaissances de la tour de Babel. Désormais, Ophélie se retrouve pour la première fois vraiment seule face à une menace cachée qui sème la terreur dans les rangs des savants. Les « accidents », les disparitions, les cadavres s’enchainent autour d’elle (Miss Porte-Poisse bonjour). 

La première chose que je me suis dite c’est qu’Ophélie semble avoir bien grandi. Mûri même. Je ne saurais dire comment ou pourquoi mais la sensation est très nette. Elle est loin l’adolescente mutique et réservée… Plus sûre d’elle, plus forte et déterminée que jamais dans sa quête de retrouver Thorn, notre chère et tendre héroïne connaît une mue intéressante. Si elle brûle de le revoir, elle appréhende tout de même les retrouvailles. Que se passera-t-il une fois son mari retrouvé ? L’inexpérimentée Ophélie panique, n’ayant jamais été confrontée à éprouver de tels sentiments envers un homme. 

Où est Thorn ? bis 

Je ne vous cache pas que je me suis souvent demandée (disons toutes les deux pages) s’il n’allait pas nous faire l’affront d’apparaître dans les dernières pages du roman, sortant d’une petite boîte pour faire un coucou. Heureusement ça n’a pas été le cas, mais j’vous le dis, on a été à ÇA que Mimine crame la piaule, le paddock, les meubles et tout ce qui va avec.

Parce que ENFIN… on le retrouve. Oui le bougre était bien caché, mais il est bien là. En chair et en os. Enfin les retrouvailles ! Va-t-il se jeter sur elle ? Va-t-elle courir dans ses bras, au ralenti ?

giphy3

Et là c’est le drame.

Ça se passe pas DU TOUT comme prévu.

 

Fallait s’y attendre, avec deux énergumènes handicapés sociaux aux problèmes communicationnels bien prégnants, les choses ne pouvaient pas être simples.

Forcément…

Le roman de la maturité…

Si La Mémoire de Babel prend parfois des allures de « tome de transition », il est pourtant d’une grande profondeur psychologique, un poil au-dessus des tomes précédents de ce côté-là. Les personnages arrivent (pour la plupart) à un stade de maturité, aussi bien chez Ophélie que par exemple chez Archibald, grand enfant qui assume désormais ses responsabilités de parrain avec une ferveur et un sérieux désarmant.

La Peur, thème fort de ce tome, qui est là pour justement apporter cette maturité au roman, nous rappelle qu’elle peut prendre des formes très diverses. Peur d’une chose tapis dans l’ombre, peur des dangers imminents, peur de perdre des êtres chers mais aussi et surtout les peurs intérieures qui caractérisent la valse des sentiments de Thorn et d’Ophélie. Peur de l’inconnu, peur de ne pas être aimé, peur d’être rejeté, peur de souffrir, peur de ne pas être à la hauteur. Encore une fois, Christelle Dabos fait preuve d’un talent incroyable pour décortiquer les émotions humaines avec tant de subtilité et de finesse que ça en est bouleversant. Rien que parler de sexualité, de la peur de la première fois est un exercice difficile pour les auteurs de jeunesse et pourtant Dabos arrive, sans naïveté ni mièvrerie, à aborder le sujet avec une pudeur et une adresse rare.

Nos héros chéris sont imminemment émouvants, dont la relation réserve des passages d’une brutalité et d’une sensibilité jamais encore égalés dans la saga. Leur évolution se trouve dans les petits détails, par des silences, des non-dits, des petits rien qu’un œil attentif saura débusquer. Même un simple chiffre « Cinquante-six » est capable de nous mettre la larme à l’oeil, c’est dire. Pour ces deux cabossés de la vie, leur vulnérabilité se découvre avec une immense pudeur jusqu’à ce que la mue s’opère à la toute fin, au moment où une paire de gant qui s’enlève symbolise l’achèvement d’une évolution psychologique et les débuts d’un duo plus fort et solide que jamais, un ennemi redoutable pour Dieu. 

… qui souffre pourtant d’inégalités.

Je dois restée objective, pour le bien de la science cela va sans dire.

Je dois quand même avouer que ce 3e tome n’est pas le meilleur de la saga dans sa globalité.

Oui je l’ai dit.

Ecopant par moments d’un manque de rythme et d’une certaine lenteur, la première partie de l’histoire souffre de cette nouvelle mouture où Ophélie, séparée de tous, se retrouve sur une arche inconnue. Dabos a eu donc fort à faire : présenter une nouvelle ambiance, de nouveaux personnages, une « nouvelle » intrigue et ce sans s’aider des repères que nous connaissions, à savoir les personnages secondaires charismatiques et déjà cultes. Nous lecteur, on se retrouve un peu perdu, allant jusqu’à regretter le manque de carrure des nouveaux personnages. D’autant plus que l’absence de Thorn pendant une bonne partie de l’histoire n’arrange rien. C’est là qu’on voit à quel point la relation Ophélie-Thorn est importante d’un point de vue narratif, car elle a créé une tension importante qui a émaillé les deux premiers tomes, mettant en place un rythme et une attente bien dosée à chaque fois. Alors même si l’intrigue principale (Dieu, l’Autre, la guerre qui semble couvée, etc.) est très intéressante, on se rend compte que laissée livrée à elle-même, sans la relation conflictuelle et amoureuse des deux protagonistes, l’intrigue peut paraître un peu faible.

Le petit (très petit) bémol que j’ai ressenti s’est confirmé avec la relative absence des personnages secondaires restés en arrière, mais que l’on entraperçoit de temps en temps toutefois grâce à un habile stratagème. Qu’est-ce que j’aurais aimé en savoir plus sur la situation du Pôle (qui semble avoir bien changé) ! Que n’aurais-je pas donné pour lire les aventures d’Archibald, Gaëlle et Renard, tous trois partis de leur côté pour tenter de résoudre le problème de l’Autre. On sent bien que Dabos place les pions de son échiquier petit à petit pour pouvoir réunir tout ce petit monde dans le 4e et dernier tome, mais cela n’a pas réussi pour ma part à combler ce petit vide ressenti. D’autant plus, que là on nous laisse avec un cliffhanger terrifiant où le destin d’un des personnages est plus qu’incertain…

L’attente du bouquet final

Si le tome 2 nous avait laissés dans une frustration totale et absolue, le tome 3 a l’avantage de conclure d’une certaine manière un pan de l’histoire et nous donne une impression d’accomplissement. Alors certes, après avoir eu un sourire parfaitement idiot et béat pendant une journée entière, je suis désormais atteinte d’une mélancolie abusive depuis que j’ai tourné la dernière page (et il y a de quoi !), mais quelque chose me dit que le sentiment d’attente sera moins difficile à vivre. Déjà parce que bon, après le 4e tome ça sera fini, y en aura plus et je vous le dis là franchement, j’ai pas DU TOUT envie d’y être.

Dites Madame Dabos, magicienne des sentiments, vous êtes absolument certaine que vous ne voulez pas écrire plus de tomes ? Genre 7 ? Hein, comment ça non ?  

33 réflexions sur “La mémoire de Babel – Christelle Dabos

  1. Merci d’avoir averti que ça spoilait, du coup je reviendrai lire ta critique quand je l’aurai fini ;) Mais j’ai craqué, je l’ai acheté aujourd’hui, alors je sais pas combien de temps je vais tenir ! (Je suis faible, ça me fatigue ;) )

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  2. Alors je dois t’avouer que j’ai kéblo dès le début : le bouquin sur un PLATEAU EN OR. Mais tu sais qu’on va finir par croire que tu aimes un peu cette saga chaton ? Mouahah x)

    Que dire de plus, on en a parlé en long, en large et en travers hier mais… Ouais, c’est d’la bombe bebey.

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      1. C’est un complot démoniaque je le savais ! Je vais devoir m’enfermer dans une grotte pour attendre le poche… Ou alors racheter les deux premiers en grand… Ou acheter le livre numérique en attendant… Vilaine tentatrice^^ mon compte en banque va râler !

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  3. Ohlala j’ai tellement aimé ce tome!! Justement j’ai beaucoup aimé le début que beaucoup trouvent aussi « long ». Je me suis un peu retrouvée dans l’ambiance du premier tome même si Ophélie est encore plus livrée à elle même. Par contre dans le second j’avais vraiment une sensation de tension extrême à chaque fois que je lisais un passage qui impliquait Farouk, j’étais toujours très happée par le roman comme si son pouvoir avait effet sur moi. ET ATTENTION SPOILER pour celles et ceux qui liraient aussi ce commentaire: J’ai retrouvé cette tension dans le 3eme volume lors de ses passages et ça m’a vraiment choquée car je ne m’y attendais pas :D
    Enfin sinon bien sûre que d’émotions, de justesse, de poésie dans ce tome! Vivement le 4! Mais comme tu dis, pas trop vivement non plus, il faudra qu’on le savoure!! (J’espère qu’il fera au moins 3000 pages)!

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  4. « Et là c’est le drame » mais pareil, j’ai tellement eu envie de te les secouer nos deux bras cassés xD

    On se rejoint en effet complétement sur les faiblesses du bouquin, les facilités sont un peu dommages mais mince Dabos roxxe tout de même du poney. Viiiiiiite le 4 !!!!!!

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      1. Ah, c’est dans ma façon de choisir mes lectures. Quand il y a un bouquin qui devient rouleau compresseur j’ai tendance à attendre avant de le lire. Déjà, je suis moins sensible aux retours, mes attentes ne sont pas énormes, mes chances d’être déçue limitées,….

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  5. Géniale ta chronique ! J’ai aussi pensé à Big Brother en découvrant Babel ! Hâte de voir comment va se tourner le tome 4 ! Moi aussi j’aurais aimé voir comment ça s’est passé pour Gaëlle, Renard et Archibald ! Et le perso de Victoire est très intriguant !

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  6. Bah du coup, je ne lis pas parce que j’ai toujours pas lu le 2, rapport que j’avais trop peur d’être en manque à la fin, et du coup, après, j’aurais sûrement peur de lire le 3, n’est-ce pas.

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