Anna Karénine – Léon Tolstoï

Enfin, j’ai tourné la dernière page l’autre jour du livre que je lisais petit bout par petit bout depuis 2 ans : Anna Karénine le « livre-que-je-dis-avoir-lu-alors-que-ce-n’était-pas-vrai ». On s’en fait toujours toute une montagne des classiques, alors qu’en fait c’est pas si pénible et ils peuvent même parfois réserver une très très bonne surprise.

♥ Coup de Coeur ♥

IMG-20141005-00876 (1)

Publié en 1877, Anna Karénine raconte (entre autres) la petite vie plan-plan d’une femme de la haute bourgeoisie. Respectée de la bonne société et mariée à un illustre homme politique rigide comme une porte de prison, Anna Karénine va finir par tomber dans les bras d’un jeune et beau officier, Alexis Vronski, quitte à provoquer un scandale terrible. Pendant ce temps, Constantin Levine, grand propriétaire terrien, vit loin de la société et cultive le goût du travail et de la terre. Ayant fui la capitale après que la jeune Kitty, amoureuse de Vronski (oui elle aussi), a refusé de l’épouser, il mène sa petite barque bien loin des considérations futiles de sa classe sociale.

Alors là, je vis une petite fierté de lectrice : avoir fini un grand classique et avoir lu enfin un Tolstoï. Il faut savoir, que pendant longtemps, le nom de Tolstoï évoquait pour moi celui d’un héros du drame romantique, et ô combien tragique, Le Barbier de Sibérie. Film américano-russe de la fin des années 90, avec Julia Ormond et Richard Harris, l’histoire n’a rien à voir avec Anna Karénine si ce n’est les quelques références qui parsèment le film et le nom de son héros, Andreï Tolstoï (joué par Oleg Menchikov). C’est pourquoi en démarrant Anna Karénine, j’avais des images pleins la tête déjà de cette Russie Impériale fastueuse et depuis disparue, des costumes et des valeurs russes immuables (l’honneur, la respectabilité, le sens moral…).

Donc. Anna Karénine. J’ai non seulement découvert un chef d’oeuvre de la littérature russe du XIXe siècle, mais également un roman passionnant et complexe. Ravie je suis.

Qu’on se l’avoue tout de suite, pour Léon Tolstoï, Anna Karénine n’est pas un roman romantique. De ce que je crois avoir compris, « l’amourette » entre Anna et Vronski est pour l’auteur l’ultime preuve que l’aristo-bourgeoisie avec ses mondanités et ses frivolités, est la gangrène du pays. Léon Tolstoï, faut le rappeler, était un homme qu’on pourrait appeler de nos jours un anti-capitaliste pour qui seule une vie d’abnégation, de modestie et de dur labeur, à l’instar du personnage de Constantin Levine, serait le salut de l’espèce humaine. Une partie de l’histoire dont je ne connaissais absolument pas l’existence ni l’importance et qui me pousse à dire que notre réception vis à vis d’Anna Karénine semble avoir beaucoup évolué. Il n’y a qu’à voir les nombreuses adaptations cinématographiques et télévisuelles où l’histoire d’amour est au premier plan de l’intrigue alors que le récit de Constantin Levine et sa philosophie de vie qui prennent une place considérable dans le roman, a été minimisé, si ce n’est occulté.

C’est donc en lisant le roman que l’histoire entre Anna et Vronski se révèle en réalité être une simple anecdote, une parabole qui montre à quel point l’infidélité est détestable et lourde de conséquences. Selon Léon Tolstoï, il est préférable de souffrir et de rester vertueux plutôt que d’assouvir ses désirs et ses passions si on ne veut pas mal finir. Pourtant ça n’empêche pas le bougre de porter un regard particulièrement indulgent aux hommes infidèles du roman, quoique lucide sur les réalités sociales du XIXe siècle.  En effet, seule Anna Karénine paiera chèrement son infidélité alors que son frère, le jovial et comique Stépane Oblonski (qui trompe sa femme avec la bonne des enfants) et Alexis Vronski s’en sortiront sans dommage. Forcément j’ai eu du mal, en tant que jeune femme du XXIe siècle, avec ce propos : t’es un homme et t’es infidèle ? Pas grave, une petite tape sur les doigts et pis ça repart. T’es une femme qui ose tromper son mari par amour ? Ouh Vile Tentatrice, suppôt de Satan, AU BÛCHER ! Quitte à décevoir ce cher Léon, le roman reste à mes yeux l’incroyable et tragique parcours d’une femme qui souffre de sa condition de femme mariée à une époque où il est impossible d’être une mère, une épouse et une amante tout en restant une femme bien sous tous rapports.

tumblr_m5xgj2HGpj1r0k2r8o1_250.gif

Anna Karénine est un roman aussi foisonnant et touffu que la forêt amazonienne qui offre plusieurs pistes et niveaux de lecture. Mais c’est surtout, et ça faut pas l’oublier parce que c’est ce que j’ai personnellement adoré, une passionnante chronique de la société russe du XIXe siècle portée par une multitude de personnages de l’aristocratie et de la paysannerie.

Tenez-vous le pour dit, c’est à lire !

42 réflexions sur “Anna Karénine – Léon Tolstoï

  1. Tu me tentes fortement! Je me fais aussi toujours une montagne des classiques et finalement, ils ne sont pas tous inaccessibles!
    Ce livre me suit depuis que je l’ai découvert dans le livre « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery, où la concierge est fan de l’histoire.

    J'aime

    1. Oui c’est vrai ! La concierge a même appelé son chat Léon, tu me le rappelles. Anna Karénine fait vraiment partie de ces romans qui se lisent très bien (après s’être habitué au style toutefois). A contrario, Mme Bovary reste pour moi un Everest assez insurmontable.

      J'aime

      1. Aaaah mais nan ! Justement, j’allais te dire, après avoir lu ta conclusion, que vu comme tu as aimé, tu devrais kiffer Mme Bovary (je sais je sais, « kiffer » et « bovary » dans la même phrase, c’est chelou) !

        J'aime

      2. Bah le problème que j’ai avec Bovary, dans mes souvenirs, c’est que Flaubert se fout vraiment de la tête de son héroïne, à tout point de vu, ce qui n’est pas vraiment de Tolstoï avec Anna. Puis la campagne de Rouen c’est carrément moins glam’ que la cours de St Petersburg. Chez Tolstoi y a vraiment un souffle romanesque que j’ai jamais trouvé vraiment chez Flaubert.

        Aimé par 1 personne

      3. Hum, je ne me souviens pas avoir eu l’impression que Flaubert se fichait de la pomme de la pauvre Emma mais je peux me tromper, ça fait quelques années maintenant. Après, je n’ai jamais lu Tolstoi, je peux difficilement comparer, je trouve juste que Mme Bovary n’est pas qu’une histoire d’amour contrariée et que la plume de Flaubert, si elle n’est pas romanesque, est tellement sublime que ça vaut le coup :)

        J'aime

      4. Bah d’après ce que j’ai retenu de mes cours et des quelques extraits étudiés, Flaubert utilise énormément l’ironie surtout quand il s’agit des aspirations et déceptions de son héroïne (en gros il la prend pour une grosse cruche qui aurait mieux fait de ne pas lire tous ces romans à l’eau de rose ce qui lui aurait évité de vivre tant de déceptions). Après on est d’accord, je vois pas du tout Bovary comme une histoire d’amour brisée (ce qu’est par contre Karénine. Vronski quoiqu’on en dise a de réels sentiments pour elle. Si on prend l’amant de Bovary, Rodolphe, il se fout carrément d’elle). Enfin vaste débat… Mais du coup faudrait que je me mette à la relecture entière de Bovary dont je ne garde que quelques extraits en tête, pour justement pouvoir comparer ces deux figures féminines.

        Aimé par 1 personne

  2. Moi aussi j’avais beaucoup aime et o combien surprise par ce roman qui me faisait l’effet d’une brique ennuyeuse avant de l’ouvrir. Oui, une brique peut tout a fait etre ennuyeuse lol. Apres, je ne pense pas que j’aurais pu le lire sur une periode de 2 ans comme toi parce que j’ai aime etre plongee dedans et je n’aime pas avoir plusieurs lectures en cours. Je n’ai toujours pas vu les adaptation mais j’aimerais bien un jour. Notamment celle avec Sophie Marceau que j’imagine beaucoup mieux en Anna que Keira.

    J'aime

    1. Pour avoir vu les deux adaptations que tu cites, les deux se valent sur différents points. Si j’ai largement préféré l’interprétation des acteurs Sophie Marceau et Sean Bean, j’ai beaucoup beaucoup aimé la mise en scène du film de Joe Wright avec Keira Knightley. Rien que pour les costumes et le parti pris (le film se déroule exclusivement dans un décor de théâtre), ça reste peut-être mon chouchou jusqu’à présent.

      Aimé par 1 personne

  3. Ouaaaiiiis! Bien joué et félicitations pour avoir enfin lu ce ‘roman qui fait peur ». Je m’y étais attelée étant ado et j’en garde un souvenir confus (hum oui mon adolescence remonte à une quizaine d’années déjà, on ne rajeunit pas!). Je me souviens surtout qu’Anna, comme tu dis, est bien le didon de la farce. Je ne me souviens par contre pas du tout de Constantin Levine, et du coup je me dis que ce serait peut-être pas si mal de relire ce livre.

    Aimé par 2 people

    1. Effectivement le pauvre s’est vu oublié au fil du temps, alors qu’il est le personnage principal au même titre d’Anna Karénine. D’ailleurs, avant de s’appeler Anna Karénine, le roman devait avoir pour titre « Deux mariages, deux couples ». Tolstoï voulait donc bien en mettre en évidence deux chemins pris diamétralement opposés : le bon (Levine) et le mauvais (Anna). Après, malheureusement pour l’auteur, même si les passages avec Constantin Levine sont intéressants, ils n’ont pas l’aura romanesque et passionnant du récit d’Anna Karénine, ils font un peu « passé de mode ». Mais leur intérêt réside je pense dans le fait que c’est un parfait repère historique inhérent à cette époque.

      Aimé par 2 people

  4. Ça avait aussi été un coup de cœur pour moi, je l’avais dévoré ! Par contre, je n’ai jamais vu d’adaptations cinématographiques. Et s’ils se concentrent uniquement sur l’histoire d’amour, ça ne m’intéresse pas vraiment.
    J’ai aussi un livre que je lis par petits bouts depuis… un an, je crois, c’est Belle du Seigneur. Il faudrait que je me mette un coup de pied au derrière pour le finir…

    J'aime

    1. Bah c’est vrai les adaptations sont à 80 % concentrées sur la romance, mais dans ce que j’ai vu, il y a plutôt du bon et belle représentation de la société russe du XIXe siècle.
      Wow pour Belle du Seigneur, c’est peut-être celui qui me fait le plus appréhender la lecture. A essayer quand même un jour, hein ! :)

      Aimé par 1 personne

    1. Aaaah, Tchekov ! Une découverte faite en cours ( merci l’interprétation des Trois Soeurs l’année dernière en théâtre fuh, mais Macha, oh mon dieu, le personnage de Macha reste gravé dans mon coeur de lectrice ! ) et j’admets que c’est franchement une plume hyper intéressante ! Je suis gaga de La Mouette personnellement, ma pièce préférée des 4 que j’ai pu lire de cet auteur.

      Aimé par 2 people

  5. En immense fane de Tolstoï, depuis que j’ai justement lu Guerre et Paix, ce pavé terrifiant que j’ai mis 3 mois à lire, mais pareil, comme toi, splendide.
    Tu l’as si bien dit : « une passionnante chronique de la société russe du XIXe siècle portée par une multitude de personnages de l’aristocratie et de la paysannerie. »
    Tu ne me donne qu’une envie : me plonger dans Hannah !

    Aimé par 1 personne

  6. Même si j’ai pris pas mal goût aux classique et que j’admets avoir tiré une certaine fierté suite à ma lecture de l’intégral des Misérables, je reste assez effrayé face aux « gros pavés classiques », pas forcément à cause de l’oeuvre monumentale, mais surtout de la plume, ça peut être quitte ou double à chaque fois et pour les gros romans, j’ai peur de passé à côté de quelque chose de poignant ( comme Anna Karénine pour toi ) juste à cause d’une plume qui ne me conviendrait pas… Mais pourtant, ce roman me fait pas mal envie ! Bien plus que Mme Bovary par exemple, même si j’admets que, fun fact, j’avais vu Gemma Bovery en cours, et la fin était très drôle et plaisante, avec une boucle qui partait sur Anna Karénine justement !

    J'aime

    1. Ah mais j’suis d’accord, la plume fait tout. Avec Tolstoï et Karénine, j’ai été surprise par l’aisance et surtout la beauté de certaines phrases. J’ai beaucoup aimé également la manière dont il transcrit les émotions, ça fait toujours mouche. Je note Gemma Bovery, pas encore vu !

      Aimé par 1 personne

  7. Je n’ai jamais lu ce livre, mais j’ai déjà vu le film de 2012 que j’avais bien aimé et qui, il est vrai, se focalise énormément sur la romance. Je me laisserai bien tenté par ce classique pour découvrir l’œuvre original 😊

    J'aime

  8. Une bonne chose de faite!! Très chouette chronique! J’avais moi aussi été très étonnée de voir la place prise par Constentin Lévine et ses réflexions sur l’économie russe. En réalité, même si ces passages m’ont parfois semblé un peu longs, c’est un aspect très intéressant du roman. J’ai juste un peu regretté de ne pas avoir plus de culture sur la Russie au moment de ma lecture. Je pense que j’aurais mieux compris certaines réflexions… Et sinon je rebondis sur les commentaires des autres: oui il faut (re)lire Mme Bovary – j’avais beaucoup aimé cette lecture scolaire <3

    Aimé par 1 personne

  9. J’ai cru avoir commenté mais non… Pourtant je suis tes chroniques assidûment sauf que voilà tu me tentes trop à chaque fois, grâce à toi j’ai pu acheter La Horde du contrevent et surtout le premier tome des Salauds de Loch Lamora qu’il me tarde de lire. Anna Karénine je l’ai dans ma PAL mais là j’en peux plus des longs pavés alors je vais attendre un peu avant de le dévorer. Mais comme d’habitude super avis !

    Aimé par 1 personne

  10. Je découvre ta critique. Très pertinent. 🙂 Il faut lire La sonate à Kreutzer et Le bonheur conjugal. Des petits bijoux de Tolstoï, l’un des meilleurs auteurs russes avec Dostoïevski capable de décrire de la meilleure façon les oscillations de l’âme humaine.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s