La chambre d’ami – James Lasdun

Le Lundi, moi j’vous l’dis, j’suis pas hyper fan. Il fait gris, il fait moche et il y a 5 jours qui nous séparent du week-end. Et c’est long, 5 jours. Alors c’est pour ça en me levant ce matin, j’me suis dit « tiens, faut que j’écrive une chronique ». Ça tombe bien j’en ai justement une sur le feu. La chambre d’ami est ce petit thriller psychologique qui te donne bien envie d’aller te prélasser autour d’une piscine, un mojito à la main. Mais, seul.

Je remercie grandement, comme toujours, Netgalley et les éditions Sonatine pour m’avoir permise de lire cette nouveauté.

Matthew et Charlie sont cousins. Perdus de vue, les voilà renouant le contact après que leurs chemins se soient éloignés considérablement. Charlie a grandement réussi comme éminent banquier à New York et forme un couple idyllique avec la très parfaite Chloé, tandis que Matthew vivote tant bien que mal à droite et à gauche de sa passion pour la cuisine. Ainsi quand Charlie propose à Matthew de se changer les idées et de passer autant de temps qu’il le voudra dans leur magnifique maison d’été avec piscine, Matthew le prend au mot et décide de se taper l’incruste pour les deux mois estivaux. Si les premières semaines se déroulent parfaitement bien, de petits grains de sable commencent malgré tout à crisper les belles relations. Jalousie, vieilles rancoeurs, états d’âme…, les meilleurs ingrédients pour passer de très chouettes vacances au soleil. 

Quiconque a déjà planifié des vacances avec des amis ou des membres de sa famille sait parfaitement que la règle d’or est de limiter la durée dès le départ, sous peine qu’un convive se retrouve à la fin du séjour dans un sac poubelle. Donc quand j’ai lu que Matthew déposait son barda pour deux mois complets chez son cousin, j’ai senti venir les embrouilles avec un sourire satisfait.

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James Lasdun signe là un véritable thriller psychologique où les sous-entendus et la lenteur du récit prévalent sur l’action et les grands coups d’éclat. Si on peut être dérouté par la brièveté toute relative du bouquin (288 pages), il faut savoir que l’on tape là dans un huit-clos étouffant marqué par les relations du le trio gagnant que sont Charlie, Chloé et Matthew. Derrière les sourires, la camaraderie et la belle façade affichée par chacun, se cachent de sombres ressentiments que nous ne découvrons que petit à petit.

La parole étant donnée à Matthew, notre narrateur, on est alpagué dans l’intériorité de ce personnage que certains trouveront peut-être agaçant. En effet, notre monsieur « j’me tape l’incruste » n’est pas ce qu’on appellerait quelqu’un d’attachant. Chouineur sur les bords, on sent poindre l’envie et la jalousie à travers le mépris qu’il éprouve parfois pour son cousin et son mode de vie tape à l’oeil. Mode de vie qu’il a cependant connu dans sa jeunesse dorée avant que sa famille ne perde tout après les malversations financières de son paternel… Avec ce petit côté de parfait convive qui fait la vaisselle, les courses et la cuisine, il incarne cet invité à qui on ne peut rien reprocher et dont pourtant la présence commence à être pénible, voire dérangeante. D’autant plus que les sentiments qu’il semble avoir pour Chloé, la femme de Charlie, tournent vite à l’obsession.

Cependant, malgré tous ces bons points de départ et une écriture plutôt maîtrisée, je n’ai pu m’empêcher de ressentir par moment un petit coup de mou. Si les descriptions psychologiques font le sel de l’intrigue, j’ai l’impression tenace que l’auteur aurait pu aller beaucoup plus loin avec ses personnages (qui en avaient la carrure en plus), mais qu’il se retenait pour une raison ou une autre. Parce que soyons honnête, si ton postulat de départ est un huit-clos psychologique, allons-y franco mon ami, n’ayons pas peur du « trop plein ». Preuve en est que je me suis surprise à élaborer des hypothèses sur les personnages au cours de ma lecture et m’être trouvée déçue qu’en réalité c’était bien plus simple que ça. C’est d’autant plus dommage que là, James Lasdun avait tout ce qu’il faut dans les mains pour nous dépeindre la cruauté humaine dans toute sa splendeur.

Mise à part cette petite sensation de « mwouais-euh », la fin (dont je tairai la teneur, cela va s’en dire, je n’ai pas été élevée chez des margoulins), clôt le thriller tout en finesse et en ironie. Et c’est plutôt bien joué, car l’ironie c’est le Bien.

Si vous commencez déjà à planifier vos vacances estivales (vous avez toute mon admiration de chaton, personnellement j’en suis incapable), pensez bien à vous prémunir des règles de sécurité indispensables à toute vie en communauté. Vous mettrez donc dans votre valise La chambre d’ami, ce guide utile pour « Comment réussir ses vacances entre potes sans finir au commissariat » à côté d’un autre thriller dans la même veine, Villa avec piscine de Herman Koch. Dans le genre gratiné lui aussi, il se pose là sans problème. En attendant, moi je retourne à ma grisaille et à mes petites affaires, la tête pleine d’images de parasol, de piscine et de mojito dansant la Macarena.

26 réflexions sur “La chambre d’ami – James Lasdun

  1. C’est marrant, plus j’avançais dans ta chronique et plus je pensais au bouquin de Koch et… BIM, Chaton me devance. x) Aussi je pense que ça pourrait franchement me plaire, genre pour l’été tant qu’à faire.
    Et bon courage pour la semaine, je compte les jours itoo après mon pauvre weekend d’un jour et demi…

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    1. Oui d’autant plus que dans Villa avec piscine, Herman Koch n’y allait pas de mains mortes. Ça fait relativiser les relations amicales avec les copains. Du coup bah dans La chambre d’amis, même topo : la piscine j’aime peut-être finalement en profiter seule. x)

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      1. Mon billet sur Watership Down est paru. C’est un bon roman, sans doute même très bon, mais comme je l’explique, le fait que les héros soient des lapins m’a laissé en dehors du texte… un peu comme lors de notre LC sur Doglands (même si ce sont deux romans très différents).

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  2. Je suis une grande fan de Sonatine et je me précipite sur leurs publications mais ces derniers temps je n’accroche pas. Je ne suis même pas parvenue à lire Chambre d’ami jusqu’au bout… Ta photo m’intrigue : ta liseuse est en couleur ?! C’est quoi comme liseuse ? 😀

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    1. Alors pas du tout x) (oui effectivement maintenant que tu le dis, on dirais que c’est de la couleur). En fait je pense que c’est le filtre « bleuté » et surexposé de la photo qui donne au noir et blanc la couleur d’origine de la couverture.
      Et pour Sonatine, peut-être qu’ils sont un petit coup de mou en ce moment, c’est fort possible, maintenant que tu le dis. C’est vrai j’ai l’impression de ne pas avoir vu passer de gros coup de coeur sur des nouveautés Sonatine ces derniers temps sur la blogo…

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