HHhH – Laurent Binet

Je n’ai peut-être pas trop eu l’occasion de l’exprimer, mais Mimine a toujours eu une grande curiosité intellectuelle pour le régime nazi. Cette effroyable entreprise réglée comme sur du papier à musique et dirigée par des branquignoles, des dégénérés mentaux, des opportunistes, mais aussi par des hommes très intelligents, lettrés et cultivés, a toujours su me fasciner. Les Bienveillantes de Jonathan Littell est toujours sur ma table de chevet, c’est dire. Il ne me manquait donc plus que le roman de Laurent Binet pour parfaire ma culture.

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Avec HHhH, Laurent Binet tente de retracer l’opération « Anthropoïde », l’attentat qui a tué Reinhard Heydrich, officier SS et Protecteur de la Bohême-Moravie, « le bourreau de Prague », « la bête blonde », « l’homme le plus dangereux du IIIe Reich », bref ce fonctionnaire zélé et ultra efficace qui a fait les heures les plus noires de la Tchécoslovaquie. Mais qu’il est difficile d’écrire un livre dont l’histoire a déjà été narrée plusieurs fois par des spécialistes d’Histoire, dixit Laurent. Je dirais même plus, qu’il est difficile d’écrire une chronique sur un livre qui a déjà été plébiscité par (quasi) tout le monde. Pas grave. Lolo et moi sommes des casse-cous, des aventuriers de l’arche perdue qui n’ont pas peur des gros défis. Oh non.

Si au début la narration m’a un peu fait penser à celle de l’auteur Emmanuel Carrère (L’Adversaire, Limonov, Le Royaumequi a l’art et la manière de parler de sa vie et de ses emmerdes plus que de son sujet, celle de Binet retranscrit le souci de bien faire et la tâche ardue de coller le plus fidèlement aux événements entourant l’attentat. Binet tâtonne, Binet hésite, Binet imagine et invente pour finalement se reprendre et réussir à dresser le portrait non seulement de Reinhard Heydrich mais aussi celui de ses contemporains. Non sans une touche d’humour, il met en lumière le fait que sans Heydrich et son implacable efficacité, Hitler et Himmler (le number two du régime) auraient bien été en peine de mettre en branle la grosse machine de guerre dans les pays de l’Est et surtout la Solution Finale. Entre Hitler qui devenait de plus en plus fou et incontrôlable et Himmler, un benêt fanatique inculte et incompétent (je vous renvois à l’entretien d’embauche d’Heydrich face à Himmler, ça vaut de l’or), la Wehrmacht et les SS n’étaient pas vraiment aidés.

Mais ce qui m’a le plus plu c’est bien sûr la mine d’informations dont HHhH regorge d’un point de vue historique. Car non content de nous représenter Heydrich et ses copains, Laurent Binet s’attarde à nous expliquer le contexte politique européen et surtout les réactions des Anglais et des Français qui ont laissé Hitler faire ce qu’il voulait, comme des parents démissionnaires laissant les clés du mini-bar à un gosse de 5 ans. Binet ne mâche pas ses mots ni ne cache sa colère et on le comprend. Il en devient même touchant dans son désir de dresser une pierre tombale littéraire, un dernier hommage aux deux hommes, Jozef Gabčík et Jan Kubiš, acteurs de l’attentat qui mis fin au règne de Reinhard Heydrich.

Plus qu’une biographie romancée, plus qu’un docu-fiction, HHhH c’est surtout les recherches, les brouillons, les doutes, les hésitations d’un écrivain face à un sujet aussi épineux. Il l’a bien mérité son Prix Goncourt du Premier Roman. Moi j’vous le dis.

Making of Photo : Mimine n’a pas de chat mais elle a un plan de rosier, offert pour son anniversaire. Gros défi que voici, car Mimine n’a jamais pu faire vivre un végétal plus d’une semaine (le basilic dans la cuisine est en train de mourir dans une lente agonie malgré les soins apportés). Vous aurez des nouvelles du rosier. Soutenez-le, il en a besoin. #SauvonsRosielerosier

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18 réflexions sur “HHhH – Laurent Binet

  1. C’est marrant, je l’ai lu et j’en ai pensé à peu près l’inverse. Cad qu’à la moitié du livre, j’avais fortement envie de dire à Laurent Binet de fermer sa gueule sur ses petits problèmes et de nous raconter l’histoire au lieu de se mettre en avant. J’ai d’ailleurs un article commencé sur le sujet, dans un « tiroir » virtuel…

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    1. Et ce qui sauvait le roman pour moi, c’était, au final, le truc qu’il ne voulait pas faire comme les autres, cad la trame historique. En même temps, vu le sujet, je ne sais pas comment il aurait pu écrire un truc autre qu’intéressant. Mais j’ai envie de dire que j’ai trouvé le livre intéressant malgré Laurent Binet, pas grâce à lui.
      Et sinon :
      #SauvonsRosielerosier

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    2. Alors je comprends tout à fait. J’avoue avoir une assez bonne résistance au nombrilisme littéraire français, mais je peux comprendre que ça agace. J’admets par moment en avoir été lassée, et puis je me suis fait une raison. Le roman dans le roman, ça a ses avantages.
      Merci pour le soutien de Rosie. Il en est ravie. Il me l’a dit ce matin.

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  2. Jamais lu Binet mais je l’ai vu plusieurs fois à la télé, le bonhomme est sympathique. HHhH est dans ma wish-list depuis sa sortie. Et j’ai le roman le plus récent de Lolo dans ma PAL, La septième fonction du langage.

    Je n’ai pas du tout la main verte et je fais également crever toutes mes plantes en moins d’une semaine. Tout mon soutien à Rosie ! #IBelieveInYouRosie #YouCanSurvive :-P

    Aimé par 1 personne

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