Tout plutôt qu’être moi – Ned Vizzini

Il en a fallu du temps pour que je sorte ce billet tiré d’une ancienne lecture qui date du mois de Mars. Mais non, vous ne rêvez pas, mon organisation légendairement foireuse est toujours au top. Alors maintenant que le week-end faramineux et chevaleresque au Festival Médiéval d’Andilly est passé (pour plus de détails allez donc lire le chouette compte rendu de June & Cie avec qui j’ai déambulé dans une forêt enchantée), que j’ai rangé ma robe à paillettes et ma couronne de fleurs, je peux enfin me remettre à la tâche.

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Craig, un adolescent banal avait tout pour réussir. Excellent élève, il a intégré depuis un an une prestigieuse classe préparatoire qui permet d’accéder à la Ivy League, fleuron des universités américaines. Mais la pression des études, des devoirs, des professeurs, de ses parents, de l’avenir et même de la sienne le font tomber dans une profonde dépression dont il a du mal à se sortir. Comment continuer à vivre quand on n’a plus goût à rien, quand on ne ressent plus ni joie ni plaisir et quand le suicide semble être l’unique alternative ?

Voilà ce que nous propose Tout plutôt qu’être moi : un roman sur la dépression d’une rare lucidité qui ne tombe ni dans le pathos ni dans « sortez les violons et les mouchoirs messieurs dames ». Toute l’originalité de cette histoire tient du fait que la dépression de notre jeune héros n’est pas traitée comme une conséquence liée à un milieu social défavorisé, à un modèle familial défaillant ni à un traumatisme lié à des abus ou des maltraitances. Car, sincèrement Craig a tout pour être heureux. Des parents aimants et cultivés, un bel avenir devant lui, une vie d’ado pas plus difficile qu’une autre… Alors pourquoi être dépressif ? C’est LA question que se pose aussi bien Craig que son entourage. Malheureusement, il n’y a pas de vraie réponse et le roman n’en donnera pas forcément, car comme dans la vie, c’est parfois compliqué. Vous remarquerez, je l’espère, la profonde philosophie et capacité de réflexion de notre Petit Monstre aujourd’hui. C’est tout à fait exceptionnel. 

Mais vous savez quoi ? Le moment est venu pour moi d’arrêter de faire passer les émotions des autres avant les miennes. Le moment est venu d’agir en accord avec moi-même, comme disent les pop-stars. Et ce que je veux, c’est faire le grand saut.

Ma lecture fût un peu schizophrénique (faut être dans le ton quand on lit un bouquin pareil !) et le démarrage délicat. La première partie du roman m’a semblé un peu redondante mais nécessaire je l’avoue, dans le sens où Craig nous raconte comment il en est arrivé là. Et puis la seconde moitié est venue faire enfin décoller l’histoire avec l’arrivée d’un nouvel environnement et de nouveaux personnages. Une fois cette fraîcheur renouvelée, le roman arrive à ne pas tomber dans une trop grande gravité, mais teinte par petites touches d’humour et de réflexions sensées le parcours de Craig dans son combat contre cette maladie.

Cette dichotomie se retrouve également dans ma perception du personnage de Craig. Si j’ai eu un peu de mal à m’attacher pendant la première moitié du roman à notre héros, qui faisait preuve d’un certain égocentrisme par moment, ce ne fût pas un problème pour la seconde moitié. Craig qui commence doucement à évoluer et à s’ouvrir au contact d’autres dépressifs comme lui, devient alors un personnage attachant et émouvant. L’auteur lui a insufflé une force que peut-être lui-même aurait aimée avoir. Et c’est d’autant plus fort, quand on sait que Ned Vizzini a connu lui-même la dépression depuis son adolescence, maladie qui ne l’a finalement pas lâché et qui l’a amené à se suicider en 2013, alors que l’adaptation ciné de son roman It’s a Kind of a Funny Story était sortie en salle.

Ned Vizzini nous livre là un roman intelligent, profond, émouvant, drôle aussi, sans concessions et pourtant si plein d’espérance. Je suis bien contente de cette lecture qui m’a tant appris sur une maladie dont on a trop tendance à en parler, un peu à tort et à travers, sans vraiment savoir ce que c’est. Je remercie grandement du coup Le Brocoli de Merlin qui avec son très enthousiasmant billet en février dernier m’a fait découvrir le bouquin. Son avis est ici, courez-y !

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18 réflexions sur “Tout plutôt qu’être moi – Ned Vizzini

  1. A la base, il est pas du tout destiné au YA, c’est destiné aux adultes ;) (c’est un peu le but de cette maison d’édition : parler des ados aux adultes). Je suis bien contente que ça t’ait plu en tout cas (ouf de soulagement ^^). Tu as vu un peu l’histoire de l’auteur en plus ? ça ajoute à la dureté du roman :/

    Et HELL YEAH pour le gif xD On fait tellement une belle équipe !! Notre chère June a vu bien juste :p

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    1. Ah bon ? C’est pas YA ?! Oh La bouleeeeeetttte ! Oh lalalala (imitation douteuse de Jacques Villeret dans le Dîner de Cons) Bon je vais rectifier ça de suite.
      Ouais la fin de vie de ce Ned, pas top. J’ai trouvé ça encore plus triste quand tu vois la fin du roman, comme s’il avait espéré que ça lui arriverait à lui aussi. :(
      Pippin & Merry Forever. Avec des coeurs. x)

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      1. Héhé c’est pas vraiment une boulette, c’est que ça y ressemble mais en plus creusé tout de même, je trouve xD
        Oui, ça m’a fait le même effet, genre doux rêve qui s’est peut-être réalisé un temps puis, boum, retour à la réalité :( (j’allais mettre paf mais je me suis dit que ça allait être de mauvais goût)(mais pas sûre que boum soit mieux)

        Avec une cargaison de cœurs. Et des licornes. Qui volent. Dans des arcs-en-ciel. Fait de paillettes. J’arrête là ^^

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  2. Et ben dis donc si avec cette revue on ne court pas acheter ou lire le bouquin! Ça donne envie. Ça fait un peu bizarre de dire ça parce que bon ça parle de dépression et que comme tu le dis, faut quand même être dans le bon état d’esprit ( le contraire de moi maintenant) mais ça a l’air vraiment intéressant.

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    1. Curieusement, je n’étais pas dans le meilleur des états d’esprit au moment de la lecture, et pourtant c’est plutôt bien passé. Ça vient je pense de cet humour qui transparaît dans l’écriture et qui allège le propos. C’est plutôt un bouquin bien que lucide, assez positif.

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  3. Cette chronique donne bien envie ! (enfin dans mon cas, elle la renouvelle, parce que j’étais tombée sur celle du Brocoli de Merlin aussi)
    Mais je crois que la collection La belle colère fait de chouettes trucs en général !

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