La trilogie Secret d’État – Juliette Benzoni #2

Chaque lecteur, chaque lectrice a son petit péché mignon un peu inavouable.

Lecture inavouable [lεkty:ʀinavwabl̥] du latin médiéval turpis lectio est une lecture particulièrement appréciée par un lecteur qu’il se gardera bien d’en parler lors de réunions dégustatives mondaines pour ne pas passer pour un pécore. Antonyme : lecture avouable. Exemple : As-tu le dernier Carrère, il est fameux n’est-ce pas ? – Absolument, quoique le narcissisme de sa poétique rend sa réthorique un peu fumante. Tu reprendras bien un peu de Chardonnay ?

Mon péché mignon à moi, c’est la trilogie Secret d’État de Juliette Benzoni, lue ou plutôt dévorée il y a 5 ans, et j’ai eu une soudaine envie de m’y remettre dard dard. N’ayant ni le 1e ni le 3e tome, que j’avais empruntés à l’époque à la bibliothèque, c’est en faisant un tour chez Gibert que je les ai retrouvés pour trois francs six sous. Je voulais voir si j’allais retrouver les mêmes émotions et avoir le même avis. Oui c’est le cas, si ce n’est même plus. C’est pourquoi, même s’il existe déjà un billet sur ce blog, j’ai eu envie d’en réécrire un nouveau.

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La chambre de la reine, premier tome de la trilogie, commence en 1626, sur le territoire de César duc de Vendôme, fils illégitime d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées et donc demi-frère de Louis XIII. Son fils cadet, François de Beaufort, âgé de 10 ans, se balade en forêt quand il voit une toute petite fille, ensanglantée et perdue. Elle s’appelle Sylvie de Valaines et est l’unique rescapée du massacre de sa famille, perpétué dans l’enceinte du château familial à quelque lieue de là. Ni une ni deux, les Vendôme prennent en charge l’éducation de l’enfant et change son nom pour Sylvie de l’Isle. La jeune fille a 15 ans lorsque la reine Anne d’Autriche demande à ce qu’elle rejoigne les rangs de ses dames de compagnie. Immense honneur pour toute jeune fille de bonne famille, Sylvie est d’autant plus heureuse que son entrée à la cour va lui permettre de revoir François, son beau et valeureux sauveur, dont elle est follement éprise. Malheureusement pour elle, François est amoureux de la reine.

Juliette Benzoni, qui nous a quittés dernièrement à l’âge honorable de 95 ans (quand je vous disais le mois dernier que j’allais finir par tenir une rubrique nécrologique) était est la reine du roman historique aux nombreux rebondissements avec souvent des histoires d’amour contrariées et des héros/héroïnes malmenés par mille et une épreuves. Catherine, La Florentine, Le Boiteux de Varsovie, Marianne et Le Gerfaut des brumes sont les sagas les plus connus parmi les quelques 86 romans laissés par Dame Béatrice Benzoni. En règle générale, ce genre de roman n’est pas vraiment ma came. J’ai du lire le premier tome du Bal des poignards et de La Florentine qui m’ont franchement ennuyée. Seul Secret d’État a su trouvé grâce à mes yeux jusqu’à présent.

“Don't worry about a thing,every little thing is gonna be alright”
Pitié enlevez-lui Canva, Mimine ne se contrôle plus !

Bougrement romanesque, avec une grande histoire d’amour, la trilogie à l’avantage de présenter une peinture historique de la cour française du XVIIe, qui me déculpabilise pas mal, je dois bien l’avouer, d’aimer autant cette saga pour « femmes » comme c’est si subtilement précisé dans ma version Pocket (hum hum). On suit les aventures palpitantes, mais également les mésaventures (parce que la pauvrette elle va en connaître) de Sylvie à la cour de Louis XIII puis de Louis XIV, suivant le courant de l’Histoire avec une foule de détails historiques très documentés. Se déroulant sur plusieurs décennies, les personnages fictifs et historiques se croisent, évoluent et vieillissent autour de l’héroïne qui doit déjouer des complots et sauvegarder des secrets d’État, tout en tentant d’élucider le meurtre de sa famille.

Que se soit Richelieu, Mazarin, Louis XIII et XIV ou la reine Anne d’Autriche, Benzoni réussit à merveille à peindre des portraits plus vrais que nature, apportant la nuance nécessaire au caractère de ces grandes figures historiques. C’est un peu moins le cas pour ces héros fictifs, dont le trait peut sembler parfois un peu grossier par rapport aux personnages historiques, mais ce n’est pas dérangeant tellement on s’attache à eux qu’il devient difficile de les quitter le moment venu. Car oui, comme je le disais plus haut, comme on suit sur plusieurs décennies le destin de Sylvie et de ses amis, il arrive que certains meurent de vieillesse ou s’éloignent à cause des aléas de la vie et des événements historiques. C’est dur de voir ces personnages vieillirent et de devoir les laisser partir, mais ça a au moins l’avantage d’assister à leur évolution psychologique tout au long des trois romans. Si Sylvie est au départ une innocente jeune fille, elle va vite prendre de la graine et faire preuve d’une grande force de caractère et d’indépendance qui la classe de facto comme une grande héroïne romanesque.

La trilogie est également marquée par les sentiments qu’elle éprouve pour François et dont j’ai attendu avec une avidité de collégienne le dénouement. Va-t-il ENFIN se rendre compte que la jeune femme est celle qui lui faut ? Va-t-il ENFIN lui avouer ses sentiments ? Allez François, NOM DE DIEU ! DIS LUI !! Mais tu vas parler oui ! François de Beaufort est, contrairement à Sylvie, un personnage qui a réellement existé, mais dont on ne garde pas grandes traces. Benzoni s’est donc amusée à prendre des libertés et à en faire le héros romantique type, grand, beau, blond, impétueux et viril, qui aurait très bien pu être agaçant si le talent de Juju ne l’avait pas rendu si attachant.

Et puis, on a arrive à la fin, 50 ans après le début du premier tome, où l’on doit se résoudre à dire « au-revoir ». À la fois doux et émouvant, le dénouement réussit à chaque fois à me tirer une petite larme de nostalgie pour l’enivrante histoire que Juliette m’a contée.

La trilogie m’a fait passer un week-end et deux jours si fabuleux qu’il m’a été difficile de sortir de mon lit et quitter François et Sylvie pour voir de vrais personnes (mes amis ne m’en ont pas voulu, je les en remercie). Comme un bon téléfilm, Secret d’État est typiquement le genre de roman qui te procure un immense bonheur, au moment où tu te mets sous la couette ou à ta place préférée pour lire après une bonne journée, un thé fumant à côté de toi ou un bon verre de vin, le sourire jusqu’aux yeux. Là tu ronronnes de plaisir à l’idée de te plonger dans une histoire que tu sais d’avance qu’elle va te plaire.

10 réflexions sur “La trilogie Secret d’État – Juliette Benzoni #2

      1. Oui et non, j’ai lu quelques trucs assez « faciles » et là, je suis de nouveau bloquée sur un polar qui n’est pas mauvais mais je n’arrive pas à avancer…

        C’est vrai que Follet est vachement plus cru et l’un des rares trucs qui m’agace chez lui, c’est ses perso féminins qui ont des orgasmes sur commande, partout tout le temps, dès qu’un mec les touche (premières fois, viol et tout, c’est bien un mec, tiens ! ^^)

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      2. La même. Après une ou deux lectures hyper rapides et faciles, je bloque sur mon roman fantasy alors que l’histoire et l’écriture sont très bien. Je me suis rendue compte que je n’avais rien retenu ni compris des 100 premières pages que j’avais lu difficilement en plus. Mais ça va passer hein ! ;)

        J’ai pensé exactement à ça, une certaine scène de viol dans Un monde sans fin, où la nana commençait à prendre du plaisir WTF ??!! Ça m’avait choquée, la preuve je m’en souviens encore.

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