Au plaisir de Dieu – Jean d’Ormesson

En ce jour d’armistice et de jour férié, que j’ai mis à profit pour me refaire le merveilleux film « Joyeux Noël », je me suis dit qu’il était de bon ton de publier le billet du roman que voici. Jean d’O nous donne à lire une saga familiale, les du Plessis-lez-Vaudreuil, portée par le Narrateur, un des petits-enfants du patriarche. Avec la poésie et la verve très académique propre à Jean-jean, Au plaisir de Dieu est l’hommage d’un homme à son grand-père et à l’une des dernières familles aristocratiques françaises.

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Étant une grande fan du Guépard de Lampedusa (que j’ai bien lu quatre fois) et de la série « Downton Abbey », j’ai une certaine fascination pour les récits de ces grandes familles d’aristocrates qui ont vu leur monde s’étioler et les traditions qu’ils chérissaient tant disparaîtrent. Je préviens tout de suite, le roman n’a rien d’une saga feuilletonesque comme j’ai pu le croire avant d’en commencer la lecture.

Le récit non linéaire, ardu et parfois difficile à suivre, s’attache à raconter différents moments de la famille, des différents mariages avantageux et parfois scandaleux entre l’ancienne noblesse et la nouvelle bourgeoisie, de leurs contradictions à leurs faiblesses. Entre les parties de chasse et les saisons d’été à Paris, la vie des du Plessis-lez-Vaudreuil dans le domaine familial tourne autour du même schéma. Mais les chamboulements de la première moitié du XXe siècle arrivent, avec les guerres et l’évolution des moeurs. Des cousins, des oncles, des pères vont tomber tour à tour sur les champs de bataille des deux guerres ou dans les camps de concentration, ce qui sonnera le glas des douces illusions.

Avec une réelle bienveillance teintée d’une certaine tristesse, le Narrateur a le recul nécessaire pour comprendre et juger la fin de sa famille, dû au manque d’ambitions et d’adaptation de ses membres. Le Grand-père, le chef du clan et dernier véritable représentant de la vieille aristocratie, a l’incapacité d’évoluer avec son temps. Vivant dans le passé, vouant un culte au souvenir de la monarchie et pleurant sa mise à mort, il sait que son espèce est en voie de disparition, mais n’a pas la force de se battre pour une société qu’il ne comprend plus et qui ne le comprend pas davantage.

J’ai eu du mal, au début, à me plonger dans le roman dont l’écriture un peu désuète rappelle celle d’un Proust ou d’un Chateaubriand. Je n’ai plus l’habitude depuis la fin de mes études de lire ce genre de style et il m’a fallu une bonne centaine de pages pour réhabituer mon cerveau et me laisser couler dans la narration. Une narration qui avec ses digressions, ses retours en arrière et en avant, arrive à passer, en seulement quelques lignes, de l’ironie, de l’humour à la tragédie avec brio. Je pense notamment aux retrouvailles, dans un camp de concentration, du Narrateur avec son ancien précepteur qui lui a donné le goût de la littérature et qui meurt dans ses bras avec le souvenir d’un passé insouciant. Ou bien le passage amusant, au départ, du cousin russe jovial et fantasque qui, quelques lignes plus tard, finit massacré avec sa famille et toute sa maisonnée durant la révolution bolchevique, éteignant à jamais la dernière branche russe du clan.

Le roman n’a pas de véritable fin, si ce n’est que le Narrateur, devenu vieil homme, doit s’arrêter d’écrire puisque l’avenir ne lui appartient plus désormais. Ainsi, les dernières pages, d’une grande beauté douces-amères, sont dédiées au dernier descendant de la lignée et font figure de dernières volontés testamentaires, lui adjoignant de vivre sa vie sans se soucier des vieux préceptes qui ont précipité la chute de sa famille.

Je ne sais pas si c’est la fin de la série « Downton Abbey » ou mon inclinaison habituelle à la nostalgie qui me fait ça, mais je n’ai jamais été aussi bouleversée par une fin depuis les dernières pages du Château de ma mère de Marcel Pagnol. Même si la lecture fût assez difficile et même si je me suis surprise à décrocher quelques fois, j’ai vraiment aimé cette lecture qui sans qu’elle soit tout à fait un coup de coeur, m’a procuré un grand plaisir (et quelques larmes).

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