After saison 1 – Anna Todd

Les sex-sellers c’est comme les oeufs de lump. Tu sais que tu n’aimes pas trop ça et que tu vas le regretter, mais tu ne peux pas t’en empêcher. Sans compter que c’est la star de toutes les festivités et mine de rien Mamie a passé la matinée à beurrer ses tartines de pain de mie. Alors, tu te dis que cette fois-ci c’est peut-être la bonne, cette fois-ci tu vas peut-être apprécier, que son aspect « caviar du pauvre » va faire illusion. Mais non. Sans surprise, ça reste un ersatz sans saveur et écoeurant. En plus, tu t’en fous plein les dents.

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Coquillage et crustacés 

Le pitch est basique : Tessa est une jeune étudiante, vierge, coincée, provinciale à outrance, maquée avec son ami d’enfance un poil chelou depuis des années. Hardin est le parfait bad-boy/sexy-punk et peu amène. Après des échanges houleux, les deux jeunes gens vont commencer une relation tumultueuse, initiatique et passionnelle.

C’est avec une certaine bienveillance, je tiens à le préciser, que j’ai voulu lire le premier tome de cette saga sentimentale dont tout le monde parlait sur la toile. Je voulais un petit bouquin pas prise de tête avec un petit aspect coquin pour démarrer ma semaine bronzage-plage-baignade. Je ne m’attendais pas à grand chose ni a rien d’exceptionnel, je restais quand même lucide sur le produit.

Du coup, j’ai pu passer outre sur pas mal de choses avec une facilité qui m’a agréablement surprise : la psychologie de comptoir, le fait que la « bad-boy attitude » bien que sexy d’Hardin ne repose que sur son sale caractère d’enfant puéril qui mérite une paire de claques, que Tessa semble s’être échappée d’un couvent du XIXe siècle, l’enchaînement des rebondissements à la vitesse d’un Lucky Luke sous cocaïne et les réactions tellement disproportionnées qu’elles frôlent la maladie mentale. Même le twist de fin, qui nous laisse sur le carreau avec un bon « to be continued », m’a prise au dépourvu. Mais des clichés qu’on devrait plus lire de nos jours ont fini par complètement m’achever.

En mode #PalmFace

Il y a le cliché naïf, comme le fait que Tessa, l’oie blanche qui n’a jamais vu le loup, ne jure que par les deux seuls romans d’amour que les Américaines connaissent : Orgueil et Préjugés et Les hauts de Hurlevent. Le pire c’est que tu sens qu’Anna Todd veut la faire passer pour une fille originale. Tant qu’à faire, tu veux pas dire que tu trouves que Roméo et Juliette est la plus belle histoire d’amour ?

Et puis y’a les clichés nauséabonds : le puritanisme américain et le slutshaming bien comme il faut, m’ont fait l’effet d’une douche froide après un début hot. Dans ce monde merveilleux, une fille qui s’habille un peu olé olé est une pute direct et des jeunes fêtards tatoués et percés sont classés punk, étiquette qui semble assez péjorative dans le roman. Niveau réac’ et vieux jeu, on est dans du lourd là. Je me suis souvent demandée si Anna Todd pensait vraiment ce qu’elle écrivait ou si elle était assez habile pour faire la différence entre ses personnages et elle. Si c’est le cas, elle fait preuve d’un sacré cynisme vis à vis de son roman en faisant adopter à son héroïne des préjugés assez ahurissants datant du siècle dernier. Anna, ma chérie, même ton auteur fétiche Jane Austen aurait été moins coincée si elle avait pu se retrouver à notre époque. 

Je n’ai pas cité TOUS les clichés que j’ai trouvé, sinon j’aurais écrit carrément une thèse, on est d’accord.

Hope There’s Someone…

Bon, l’idée générale c’est que j’ai pas trop trop aimé After. Je manie bien l’euphémisme, pas vrai ? Même si c’est plutôt bien écrit (on s’arrache pas trop souvent les cheveux) et que l’histoire globale fonctionne si on enlève l’idée de vraisemblance, je suis déçue qu’on puisse encore écrire et véhiculer des idées réactionnaires sur la sexualité de nos jours. Nos grands-mères hippies doivent avoir envie de nous taper sur la tête avec « Le manifeste des 343 salopes ».

Avant de finir et de tourner la page une bonne fois pour toute avec After,  j’aimerais demander à Anna Todd et à E.L. James (tant qu’à faire) d’arrêter de faire passer les nanas qui veulent bosser ou qui bossent déjà en édition et qui adorent la littérature (dont les Jane Austen) pour des prudes pudibondes, coincées et rétrogrades. Hé les filles, faut nous aider un peu parce que c’est déjà pas facile de se justifier quand on adore les chats, les livres et le thé, alors si vous vous mettez à véhiculer des clichés pareils, on n’est pas sortie de l’auberge. Vous savez nous sommes comme tout le monde, hein. Nous aussi nous aimons trinquer du nombril, prendre une bonne cuite et écouter du rap sans pour autant vivre dans le 9-3. Y’en a même qui sont tatouées il paraît, mais chuuut. Ça serait chouette que la prochaine héroïne du prochain sex-seller ne soit pas une godiche lettrée. Avec tout mon amour et la paix dans mon coeur, des poutous.

7 réflexions sur “After saison 1 – Anna Todd

  1. Bel article qui résume bien ma réticence face à ce genre d’ouvrage. L’image de la femme m’horrifie vraiment ^^ Quand j’avais lu le speech de EL James j’étais révolté. Bref, je suis vraiment fascinée par le succès de ce genre de série car perso quand je pense au combat que des femmes ont mené pour avoir des libertés et lire des trucs comme ça à notre époque avec des clichés effrayants aux XXIéme siècle ça me déprime incroyablement donc, je m’épargne ça ^^
    Mais si tu lis la suite, j’espère que ça va aller en s’améliorant ;)

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    1. Merci Alison ! :) J’avoue que je ne sais pas si je vais lire la suite, ça m’a déjà pas mal déprimée en lisant le 1e tome quand j’ai lu ces aberrations. Mais faut dire, au crédit d’Anna Todd, que t’as envie de lire le début du 2nd tome après le final du 1e. On verra du coup. ;)

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  2. Alors… J’ai pas mal de compliments à faire sur cette chronique :
    1) Tu as assez bien résumé ce que je n’aimais pas dans ce bouquin en un paragraphe, c’est merveilleux.
    2) Merci pour la revendication « Les filles qui lisent ne sont pas toutes comme ça », je pense que ça ne fait pas de mal de le rappeler.
    3) J’espère que tu t’es bien détendue quand même – le but premier de ta lecture – parce que moi j’ai failli me tirer les cheveux des milliers de fois.
    4) L’expression « l’enchaînement des rebondissements à la vitesse d’un Lucky Luke sous cocaïne ». Merci pour le fou rire du matin ! :D

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