Prague fatale – Philip Kerr

Un inspecteur « old-school », des hauts dignitaires nazis enfermés dans un château à la campagne, un meurtre mystérieux, avec en fond une menace terroriste de résistants tchèques… Voici les chatons la recette d’un bon polar à l’ancienne.

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La série « Bernie Gunther »

Bernie Gunther et moi c’est un peu une longue histoire d’amour, faite de haut et de bas, à l’image de mon histoire avec Harry Hole (héros de la série policière de Jo Nesbo). Pendant ma période « mémoire dans le sang et les larmes », il y a 3 ans, je suis tombée sur La trilogie berlinoise de Philip Kerr. Gros volume intégrant l’équivalent de trois romans, cette trilogie m’a tout de suite harponnée : 1) ça se passait sous le IIIe Reich à Berlin, 2) y’avait un détective désabusé/honnête/noble/cynique/anti-nazi qui tentait de résoudre des meurtres, 3) des personnages fictifs et non-fictifs (Heydrich, Himmler, Goering et toute la bande de joyeux lurons du IIIe Reich) se mêlaient dans des intrigues policières et historiques. Au final, j’avais adoré.

Bernie est dans d’beaux draps

Septembre 1941. Bernie Gunther, inspecteur à la Kriminalpolizei de Berlin, est revenu de son excursion en Ukraine avec des traumatismes plein la musette. Ça peut se comprendre quand tu sais qu’avant d’avoir mis en place les chambres à gaz dans les camps, le seul moyen que les nazis avaient trouvé pour exterminer la population juive d’Europe, c’était de creuser un gros trou dans la forêt et de fusiller à la chaîne les centaines de juifs, hommes, femmes et enfants des villages occupés, dont ceux de l’Ukraine.

Bernie-chaton se demande ainsi chaque matin, dans son petit appartement dans un Berlin en pleine pénurie, s’il ne va pas se coller une balle dans la tête. C’est la rencontre avec une belle blonde mystérieuse qui va le remettre en selle et le mener à une des plus épineuses enquêtes de sa carrière. En effet, une malheureuse et vieille connaissance à lui, Reinhard Heydrich, qui répond au joli surnom du « boucher de Prague », requiert ses services, pendant un séjour champêtre où tout le gratin nazi est convié dans un sublime château. Le lendemain du début des festivités, l’un des assistants personnels de Heydrich est retrouvé mort dans sa chambre. Seul problème, la pièce et l’unique fenêtre étaient fermées à double tour…

Agatha Christie chez les nazis

Comme je m’en suis rendue compte juste après l’avoir acheté, Prague fatale est le dernier en date de la saga. N’ayant pas lu ce qui avait suivi La trilogie berlinoise, j’ai eu un peu peur d’être larguée dans le no man’s land. Mise à part que je n’ai pas bien compris comment Bernie chérie, que j’avais quitté détective privé dans le premier opus, s’était retrouvé inspecteur général à la Kriminalpolizei alors que ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler un fervent partisan de l’idéologie nazie, j’ai réussi à raccrocher assez facilement les wagons (sans mauvais jeu de mots) et à suivre sans difficulté l’intrigue. Une intrigue d’autant plus intéressante que sa relation avec l’Histoire est le gros plus du roman.

On plonge dans un univers très bien retranscrit et fidèle aux événements historiques. Bernie est malmené entre ses propres principes qui vont totalement à l’encontre du IIIe Reich et son travail au sein de ce même gouvernement. Il tente avec courage et même avec une insouciance à la limite du suicide de traverser cette mer de requins nazis pour résoudre cette enquête à la « loyale ». L’enjeu est d’autant plus épineux que non seulement il y a un traître tchèque parmi les convives, mais en plus si Bernie ne réussit pas à trouver le meurtrier et ce fameux espion dans le temps imparti, Heydrich se fera un plaisir de l’exécuter. Son combat silencieux est de toute façon voué à l’échec, et il l’apprendra à ses dépens bien douloureusement, mais ça notre Bernie il s’en fiche. Bien que son attitude soit parfois tirée par les cheveux, elle ne manque pas d’une certaine noblesse. 

Enfin (high five pour ceux qui ont lu ce looong billet depuis le début), la référence à Agatha Christie est bien chouette et donne une bonne ambiance comme je les aime. Par contre, si vous êtes comme moi des inconditionnels de la papesse du roman policier, vous risquez de deviner avant tout le monde le mystère du meurtre. Ça ne m’a sincèrement pas gênée puisque quand je lis un « Bernie Gunther », ce n’est pas vraiment pour l’enquête policière, mais bien pour l’atmosphère qui sent le sapin et pour avoir le plaisir de me dire « Vas-y (rajouter le nom d’un dignitaire nazi), fait ton beau mon poulet. De toute façon, tu finiras PENDUUU ! »

Ce billet a été écrit sur un fond musical : « Passion for war/love » BO du film « Opération Corned Beef ». J’assume tout. 

 

2 réflexions sur “Prague fatale – Philip Kerr

  1. J’avoue, je suis accro à Bernie Gunther pour toutes les raisons que tu viens d’évoquer. Le coupable n’est pas derrière les barreaux ?! Tant pis, c’est le jeu aussi dans le III Reich et le risque. Pour moi, ce huitième tome figure parmi les meilleurs que j’ai pu lire, notamment par cette référence à Agatha Christie.

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