Les corrections – Jonathan Franzen

Des lectures communes j’en fais pas beaucoup. Mais quand une de tes plus vieilles connaissances de la blogo te propose une LC, tu ne peux qu’accepter. Bon, ça a failli capoter à cause de mon étourderie, croyant que la date qu’on avait fixée était la date de départ de la LC et non celle de la publication du billet (encore désolée, Ingannmic). J’ai dû lire pour rattraper mon retard à la vitesse grand V.

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Les corrections est un long roman qui nous propose la dissection d’une famille de la classe moyenne américaine, les Lambert : les parents conservateurs et tradi, Enid et Alfred et leurs trois enfants Gary, Chip et Denise. Le roman s’articule autour de leur existence, chacun ayant un passage de leur vie racontée tout au long du livre. C’est pas beau, c’est pas gentil-tout-plein à l’image d’une véritable vie de famille, avec ses rancunes et ses dysfonctionnements. Ce fût pour ma part une première plongée dans un roman de Jonathan Franzen.

Une écriture aboutie et maîtrisée…

Je suis absolument soufflée, admirative et baba devant l’écriture et l’aisance de Jonathan Franzen pour nous raconter des banalités. S’il y a une raison de lire ce roman, c’est bien pour cette écriture à la fois fluide, rythmée et ironique qui analyse avec brio (Avec qui ?) les enjeux et les tourments des cinq membres de la famille. J. Franzen arrive parfaitement à capter, tel un sociologue, tous les travers, les caractères et les manies de ses personnages, à tel point qu’on s’étonne d’être parfois passionné pour pas grand chose. Preuve de sa virtuosité, j’y ai reconnu des relations et des liens familiaux qu’entretiennent entre eux certains membres de ma propre famille.

Le récit des trois enfants m’a pas mal intéressée : les problèmes de couple et la dépression de Gary, le fils-parfait-qui-a-réussi, 3 garçons, une belle blonde pour femme et le 4×4 flambant neuf ; la « loose attitude » de Chip, le personnage type du fantasme ultime des écrivains (le prof de fac BG qui s’est tapé une de ses étudiantes chaude comme la braise, mais qui s’est fait enfler en beauté et qui s’est fait du coup virer. C’est cliché à mort, avouons-le) ; et la marginale petite soeur, chef cuistot, Denise, qui tente de se démarquer de la famille, surtout des préceptes de sa mère, tout en tentant de trouver sa place dans le groupe.

… mais ça ne m’a pas suffi

Cependant, il me reste malgré moi l’impression d’une masturbation intellectuelle assez prégnante qu’on retrouve parfois dans les romans contemporains et qui a l’avantage de m’agacer. Cette impression qu’on nous raconte du vide pour le simple plaisir de se lancer dans un exercice de style, très maîtrisé certes, mais qui laisse un arrière goût de futilité. Surtout quand le roman est volumineux (694 pages ici). C’est le genre de livre qui, arrivée au milieu, me lasse, ayant tiré tout ce que je pouvais et ayant saisi et apprécié suffisamment le style de l’auteur pour ne pas vraiment éprouver le besoin de continuer, surtout quand finalement la substantifique moelle ne l’encourage pas beaucoup. Heureusement que ce livre faisait partie d’une LC, parce que je pense que sans ça je l’aurais laissé tomber. Ce qui aurait été je l’avoue un peu malheureux, car la fin douce-amère, contrairement à ce que j’aurais pu croire, m’a bien plu.

Je tiens à remercier très fortement ma partenaire et keupine de blog de longue date, Ingannmic, pour cette lecture commune sans qui je n’aurais peut-être pas ouvert ce roman qui jaunissait sur mes étagères depuis quelques années. Son avis est beaucoup plus enthousiaste que le mien. C’est avec son habilité coutumière et son écriture élégante qu’elle nous le fait partager ICI.

10 réflexions sur “Les corrections – Jonathan Franzen

  1. Je comprends ce que tu veux dire, car nous sommes entièrement d’accord sur un point (au moins) : la grande force de Franzen est de bâtir son récit à partir de presque rien, ou en tous cas rien qui ne serait a priori susceptible de susciter notre intérêt. Tout tient, finalement, dans le style. Et, contrairement à toi, ça me suffit, parce qu’il permet une sorte d’imprégnation qui fait que je ne vois plus la trame stylistique du roman, et que je me laisse complètement emporter dans l’histoire, quelle qu’elle soit…
    C’est vrai en revanche que j’ai survolé certaines digressions un peu trop longues et absconses, mais mon plaisir n’en a pas vraiment pâti…
    Je mets à jour le lien dans mon billet.
    J’ai été ravie de faire cette lecture avec toi, malgré le petit loupé, qui lui donne finalement une touche originale…
    On remet ça quand tu veux !

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  2. Pour avoir déjà lu des roman presque exclusivement pour le style, je ne peux qu’être intriguée, mais c’est vrai que le pitch ne m’emballe pas des masses. Peut être que ce cher Franzen a écrit d’autres bouquins ? (Désolée, miss l’inculte n’en avait jamais entendu parler avant ta chronique)

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    1. Moi aussi, ça m’arrive d’aimer entièrement un livre rien que pour le style (cf : Le sermon de la chute de Rome, Jérôme Ferrari). Mais, je pense que c’est la longueur du livre ici qui a eu raison de ma petite personne. Franzen a écrit entre autres « Freedom ». Je suis sûre que la couverture te dira quelque chose. Par contre, pas sûr que je m’y mette de suite…

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  3. J’ai ce roman dans ma pàl mais justement c’est le côté « masturbation intellectuelle » qui me fais peur! Je viens de finir Le prince des marées de Pat Conroy ét je ressens exactement ca: au début j’etais totalement soufflée par une écriture incroyable. Ét au bout de 500 pages, j’etais engluée dans une bouillasse infâme de psychodrames et de psychanalyse stérile.

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    1. Ouiii absolument ! Ah j’suis contente que quelqu’un pense la même chose que moi sur « Le prince des marées ». Pareil, au début j’adhérai vraiment, et puis à un moment donné j’ai du lâché. C’est ça, c’est du « psychodrame et psychanalyse » de comptoir.

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