L’Adversaire – Emmanuel Carrère

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L’histoire

Jean-Claude Romand avec son sourire pataud et sa bouille de gentil nounours est un mari, un ami, un père et un fils exemplaire. Médecin à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) à Genève, il fait l’admiration de sa famille et de ses amis. Une nuit, peu après Noël, la maison des Romand brûle ; les pompiers sortent quatre corps inertes dont un encore en vie. À 80 km de là, les parents âgés de Jean-Claude sont retrouvés assassinés dans leur maison avec leur chien. Le sort s’acharne. Comment annonce-t-on à un homme que toute sa famille vient de périr dans l’incendie et que ses parents ont été victimes d’un cambriolage qui a mal tourné ? Tout le monde semble prier pour la même chose : pourvu que ce pauvre homme ne se réveille jamais du coma. Une minute… Vous avez dit médecin à l’OMS ? Mais personne du nom de Romand ne travaille là-bas. Et puis, Madame et ses deux jeunes enfants ne sont pas morts dans l’incendie. On les a abattus. Avec la même carabine qui a tué les parents Romand. L’écran de fumée autour de Jean-Claude Romand s’évapore, alors, dévoilant toute une vie de mensonges et d’arnaques.

Emmanuel Carrère reprend avec sa délicatesse coutumière le fait divers qui ébranla le début des années 90. Sous les dehors d’un homme parfaitement normal, se cachait depuis plus de vingt ans un mythomane, un être dépressif et faible, un homme qui préféra tuer tous ceux qu’il aimait, craignant qu’ils ne voient, pour la première fois, son vrai visage.

Un avis ? 

Fils unique d’un père forestier et d’une mère fragile, Jean-Claude Romand est un élève doué et promis à un brillant avenir. Étudiant en deuxième année de médecine, il échoue aux examens après une grave dépression suite à une rupture amoureuse. Ne pouvant avouer son échec à ses proches, il commence alors à s’enfoncer dans des mensonges plus gros les uns que les autres et continue, comme si de rien était, sa formation à la faculté. L’étudiant Romand passera 12 ans à s’inscrire en 2e année sans jamais aller en cours ni passer aucun examen. Ce premier mensonge marquera à jamais sa vie, le plongeant dans un engrenage dévastateur et d’une solitude sans nom, le forçant à jouer un personnage qu’il n’est pas.

Emmanuel Carrère a toujours aimé les causes désespérées. Son roman-biographique-fictionnel, Limonov, le montre. Carrère est fasciné par les individus indéfendables, toujours à la recherche de l’origine des événements et de la grande question : Pourquoi ? Ce n’est pas un voyeur qui se dope au morbide et au sensationnel, mais plutôt une sorte d’humaniste dont la tâche est de comprendre son semblable. Il est, d’autre part et c’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui, un écrivain qui ne juge ni ne critique jamais les actes commis, si cruels et terribles soient ils. C’est pourquoi, L’Adversaire retrace quelques événements clés, de l’enfance et de l’âge adulte, qui a poussé ce père de famille au meurtre. Carrère essaie, ainsi, avec les recherches qu’il mène et avec la correspondance qu’il entretient avec Romand, de comprendre la nature de cet homme. Bien qu’il apporte à cette tragédie certaines réponses, il soulève tout autant de questions qui ne seront jamais élucidées.

J’ai eu beaucoup de mal à écrire ce billet, le réécrivant tous les jours, tellement il est difficile de mettre des mots sur mon ressenti. Peut-être parce qu’il s’agit non pas d’un roman mais d’une histoire vraie et que des personnes sont mortes réellement dans les conditions (très bien) décrites par l’auteur. L’autre aspect qui me dérange aussi c’est qu’en écrivant ce billet, je collabore bien malgré moi au phénomène de mystification qui a entouré Romand. Je pense que cet homme, toujours incarcéré, est un pervers narcissique d’une nature, à la base, faible et insignifiante (d’où certainement son besoin d’être et de jouer quelqu’un d’autre) et que le fait d’immortaliser son histoire par un livre puis un film (de Nicole Garcia) participe à lui donner une attention et une importance qu’il a toujours cherché à acquérir, en vain.

Manipulateur, menteur, dépressif, escroc, faible, humain, narcissique … le mystère entourant la personnalité de Jean-Claude Romand reste entier. Personne ne sera jamais qui il est vraiment. Il se peut qu’il ne le sache pas lui-même.

9 réflexions sur “L’Adversaire – Emmanuel Carrère

  1. C’est pas un bouquin anodin, le genre de lecture qui te marque. Dans D’autres vies que la mienne, Carrère parle beaucoup de ce bouquin et comment le « spectre » de Romand le suit partout, c’est vraiment intéressant.
    Je n’ai jamais lu Limonov mais il me tente bien aussi.

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    1. Oui il a été très marqué par l’affaire. Ce qui est le plus bizarre c’est qu’il possède le dossier de Romand sur l’affaire, en attendant que celui-ci sorte de prison. Il a un rapport avec lui assez particulier. Si tu n’as pas lu Limonov, je te le conseille, c’est excellent !

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  2. Limonov est un ouvrage qui me fait terriblement envie =)
    Ce roman ci a l’air d’être percutant. D’habitude je fuis les histoires vraies/faits divers mais vu que j’aime bien l’auteur, je le note ^^

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