Nox, tome 1 – Yves Grevet

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Depuis la trilogie Méto, je lis tout ce que je trouve d’Yves Grevet. Plein phare sur lelogo_3357438 premier tome de sa nouvelle saga, Nox, Ici-bas.

De quoi ça parle ?

Nous sommes quelque temps après notre ère, dans une ville plongée dans l’obscurité. La Nox, brouillard noir et opaque, né de la pollution, recouvre toute la ville. Les habitants, vivant dans une pauvreté extrême, n’ont jamais vu la lumière du soleil et doivent constamment produire la lumière de la cité, à l’aide de mécanismes manuels (pédales, vélos et chenillettes sous les chaussures.) L’espérance de vie étant très courte, les enfants doivent, dès la puberté, trouver un conjoint, se marier et procréer. Les fils sont obligés de reprendre le métier de leur père, les filles sont au foyer et s’occupent de la maison. Chacun reste à sa place, à son statut social et doit, en prime, être content de son état. La milice, tyrannique, très « gestapo » et indépendante de la police, se charge de faire régner la loi à coup de matraque, d’arrestations abusives et de tortures. Plus on monte dans la ville, plus on est considéré comme « riche », car c’est dans les hauteurs que la pollution de la Nox est la moins nocive. Encore plus haut, au-dessus du brouillard, se trouvent les nantis, ceux qui vivent dans l’opulence et l’insouciance, considérant ceux d’en bas comme des sauvages puants et ignares. De nombreux clans se sont formés : les Réunificateurs ou Coïvistes, revendiquent le droit de vivre où l’on veut, s’opposant alors aux Caspistes, CASP : Chacun A Sa Place, dont le chef de file, Grégire, est également le chef de la milice. Ces clans résistants, dont on sait peu de choses, apparaîtront dans le second tome.

Après lecture

Avec une écriture simple, mais d’une grande force romanesque, Nox est le roman qui se lit d’une traite et qui pousse à la réflexion, intelligemment, le jeune ou moins jeune lecteur sur de nombreux sujets sociaux. Le récit est construit de manière à ce que le lecteur ait une vue d’ensemble. En effet, l’alternance de la narration incarnée par le point de vue des différents protagonistes, Ludmilla, Lucen et Gerges, permet de ne laisser aucun angle mort dans le déroulement de l’histoire.

L’histoire de Nox commence donc à travers les yeux du premier narrateur, Lucen, jeune garçon de 17 ans, amoureux de Firmie, sa petite-amie qu’il aimerait bien épouser. Cette union est compromise d’un côté par les réticences de Firmie face à l’immuabilité de son destin, et de l’autre par le désaccord radical de la mère de Lucen. Tout comme Gerges et Ludmilla, ce héros connaît le déchirement entre sa famille et ses choix de vie, fil rouge des trois protagonistes. Car ce que Grevet met en scène dans son roman, c’est le fardeau que posent les parents sur leurs progénitures, les espoirs qu’ils y mettent, et gare aux enfants s’ils désobéissent. Pourtant, le seul désir de Lucen est de vivre avec la fille qu’il aime. Ce n’est pas le personnage qui remet en cause la séparation entre les deux villes, ni l’injustice dont est victime la population de la ville basse. Lucen incarne le type de héros au bon coeur qui fait tout pour survivre, mais à qui il  arrive bien des malheurs.

Ludmilla, quant à elle, est une jeune fille réservée qui voit sa vie bouleversée après le renvoi de sa gouvernante, sans raisons apparentes, par son père, homme autoritaire, manipulateur et cachottier qui la surprotège en l’enfermant dans une prison dorée. La quête de Ludmilla est de retrouver ce qui a pu arriver à sa gouvernante par tous les moyens. Paradoxalement, ce personnage qui vit dans la ville haute, et donc est très bien loti, est certainement celui qui souffre le plus de l’absence de liberté et qui par conséquent fera bouger les choses. Il est d’ailleurs très intéressant d’assister à l’évolution de cette jeune fille qui prend conscience des inégalités et de l’injustice qui fait rage entre les deux villes. Sa rencontre avec Lucen est le point culminant de cette prise de conscience. Grevet l’a bien décrite, notamment à l’aide de cette alternance de narration qui montre la découverte des deux adolescents du monde de l’un et de l’autre.

Enfin, j’en viens au personnage qui m’a le plus marquée et le plus intéressée. Fils du chef de la milice, Gerges, comme tous les garçons de son âge, n’a d’autres choix que de marcher dans les traces de son père. Alors que Lucen, son ami d’enfance, montre sa réprobation, Gerges rentre malgré tout dans la milice et essaye de se mêler aux loisirs sadiques de ses collègues, avant de se rendre compte que la réalité est bien moins reluisante que ce qu’il avait imaginé. C’est après un comportement extrêmement violent un soir de patrouille que Gerges va tenter de se racheter et jouer les agents doubles, convaincu qu’être dans la milice et rester le garçon intègre qu’il a toujours été est possible. Mais en vain. On a donc affaire ici à un personnage complexe, déchiré entre deux instances, la famille et l’amitié, toutes deux incompatibles.

Enfin, le twist final nous laisse sans voix avec un milliard de questions en tête sur le devenir des personnages.

Pour conclure

Une fois de plus, Grevet nous enchante à travers un univers dystopique et complexe  où l’on retrouve les thèmes chers de l’auteur : la question de la liberté individuelle, les inégalités sociales, la dictature, la rébellion et l’importance de l’amitié.

Même si Nox n’a pas la force ni l’aspect « coup de poing » de la saga Méto, le roman est plus mature qu’il n’y paraît au premier abord, tant par ses personnages que par sa complexité psychologique et romanesque.

Yves Grevet a définitivement changé la vision étriquée que j’avais de la littérature de jeunesse. J’ai appris avec ses romans que cette littérature n’est pas uniquement composée de bons sentiments et de « tout-va-bien-dans-le-meilleur-des-mondes », mais qu’elle peut parfois surprendre par l’intelligence dont elle fait preuve en abordant des sujets pas toujours évidents. Dans le paysage éditorial actuel, il est très important de trouver des œuvres de cette qualité, amenant le jeune lecteur à réfléchir sur ce qui l’entoure.

2 réflexions sur “Nox, tome 1 – Yves Grevet

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