L'origine de la violence – Fabrice Humbert

Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son père le stupéfie et ne cesse de l’obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se et en place l’autre famille la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n’évoque l’existence… Au cours de sa quête, le jeune home comprend qu’en remontant à l’origine de la violence, c’est sa propre violence qu’on finit par rencontrer.

L’origine de la violence est un petit roman qui s’attaque à un grand et sérieux sujet : la violence de l’Humanité exprimée à travers la Shoah. Sujet difficile qui demande plus qu’une profonde documentation comme tel est le cas dans ce roman de Fabrice Humbert.

Même si le roman, en lui-même, n’est pas désagréable à lire, il comporte néanmoins de grandes faiblesses. L’ensemble général donne une impression « brouillonne » dans la façon dont est traité les différents sujets du roman. En effet, l’auteur allèche avec une histoire d’amour interdite pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui malheureusement s’arrête brusquement pour laisser la place aux élucubrations du narrateur sur la violence des hommes, des nazis, la sienne et sur l’horreur des camps, … Élucubrations qui se mélangent et se répètent, qui ne font pas avancer la réflexion sur cette violence et qui ralentissent profondément l’intrigue. A tel point qu’on ne sait plus très bien de quoi veut véritablement parler Humbert.

Difficile de parler de la Shoah lorsqu’on ne l’a pas connu personnellement. C’est pourquoi F. Humbert s’appuie sur les œuvres d’autres auteurs tels que Semprun, Levi et plus particulièrement Sebastian Haffner (auteur du très remarquable Histoire d’un Allemand), auteurs que j’ai lu pour la plupart. Ainsi, le résumé que fait Humbert sur les réflexions de ses collègues m’a un peu agacée. Car apparemment, lorsque c’est à l’auteur/narrateur de prendre la parole et de parler de ses propres réflexions et analyses sur cette violence (fil conducteur du roman apparemment), les passages deviennent soit un blabla redondant soit un discours complaisant et convenu. Humbert ne produit rien de nouveau par rapport à ce qui a déjà été fait.

Même si je suis un peu véhémente à l’encontre de ce roman, je n’ai rien contre Humbert. Seulement je pense qu’il s’est attaqué à un sujet ambitieux qui mérite une certaine expérience, une maturité et un style irréprochable. Car, malheureusement l’écriture agréable mais sans génie de l’auteur n’arrive pas à combler les faiblesses de l’intrigue. En lisant le livre, j’ai pensé aux Bienveillantes de Jonathan Littell, auteur de la même génération de Fabrice Humbert. Lui non plus n’a pas connu cette période personnellement, et pourtant en prenant le contre-pied de la littérature traditionnelle de la Shoah, il a réussi à se démarquer avec un style d’écriture très singulier et à faire de son travail un chef-d’œuvre riche et passionnant.

Humbert a malheureusement subi le poids incommensurable d’autres œuvres produites sur la Shoah et de la violence du nazisme et donc des Hommes, ce qui a eu pour conséquence que son roman semble bien faible par rapport à ce qui existe déjà.

Si vous cherchez à lire un simple roman, L’origine de la violence n’est pas mauvais. Par contre, si vous vous attendez à ce qu’il vous enrichisse sur la Violence humaine, passez votre chemin. Imre Kertész, Sebastian Haffner, Primo Levi, Elie Wiesel et Aharon Appelfeld ont fait ce qu’il y a de mieux à ce sujet.

9 réflexions sur “L'origine de la violence – Fabrice Humbert

  1. J’avais bien aimé ce roman, mais ce qui m’avait paru surtout intéressant, c’est la façon dont Humbert aborde la problématique du mal : le contexte de la seconde guerre mondiale m’a finalement semblé secondaire, et il ne m’est pas venu à l’esprit de le comparer avec d’autres romans traitant de ce sujet.
    Ceci dit, je ne peux qu’être d’accord sur le fait qu’à côté des Bienveillantes, par exemple, L’origine de la violence, c’est du pipi de chat !!

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  2. En fait, je crois avoir chercher un angle de lecture qui pouvait m’intéresser, quelque chose sur lequel je pouvais me raccrocher pour continuer ma lecture. Et tout ce que j’ai trouvé c’est la problématique du Mal et la vision de la Shoah selon Humbert. Car tout le reste du roman ne m’a procuré que du désintérêt et un véritable ennui.

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  3. Tu l’aimeras peut-être. C’est juste que pour moi, ce genre de livre ne me convient pas et ne m’apporte pas grand chose. Voilà pourquoi je ne l’ai pas aimé. C’est un avis purement subjectif. Alors, ne te laisse pas refroidir pas par mon billet et jette toi à l’eau ! ^^

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  4. Il est vrai que Fabrice Humbert a tendance à traiter la question du Mal de façon quelque peu manichéiste, mais j’ai bien apprécié ce roman et son auteur… J’ai beaucoup moins apprécié par contre « La fortune de Sila ».
    Je me retrouve beaucoup dans ton blog, félicitations, tes billets sont passionnants…

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