Un pays à l'aube – Dennis Lehane

Petit pavé de presque 900 pages, Un pays avant l’aube est un roman et  non pas un polar comme on pourrait le penser vu qu’il est édité dans la collection Rivages/Noir. C’est un bon gros roman, une peinture des groupes sociaux de la fin des années 1910, d’un contexte historique qui se trouve entre la fin de la première guerre mondiale et la propagation du bolchevisme, mais c’est également l’histoire d’une illustre famille irlandaise et d’un jeune noir exilé à Boston, fuyant sa vie.

L’Amérique se remet difficilement de la première guerre mondiale. De retour d’Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois, souvent occupés par des noirs en leur absence. Mais l’économie est ébranlée, et la vie devient de plus en plus difficile pour les classes populaires. Sur ce terreau fleurissent les luttes syndicales et prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, ainsi que les premiers mouvements de défense de la cause noire.

En 1918, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l’Ohio, est amené par un étonnant concours de circonstances à disputer une partie de base-ball face à Babe Ruth, étoile montante de ce sport. Une expérience amère qu’il n’oubliera jamais. 

Au même moment, l’agent Danny Coughlin, fils aîné d’un légendaire capitaine irlandais de la police de Boston, est chargé d’une mission spéciale par son parrain, le retors Mckenna: infiltrer les milieux syndicaux et anarchistes.

A priori Luther et Danny n’ont rien en commun. Le destin va pourtant les réunir à Boston en 1919, l’année de tous les dangers.

Alors que d’autres se seraient emmêlés les pinceaux, D. Lehane réussit à jongler entre les différentes intrigues et les différents personnages réunis par un contexte historique dense. Exercice difficile pour un auteur, mais qui ne s’en ressent pas à la lecture. En effet, même si au début, il est difficile de rentrer dans l’histoire, surtout le premier chapitre qui décrit une partie de base-ball dans tous les détails, on finit par prendre connaissance des personnages principaux qui vont jouer un rôle important dans ce contexte historique très intéressant (luttes sociales, crise économique après guerre, chômage, prohibition, racisme) … et à partir de là ce n’est que du bonheur !

La façon qu’à Lehane de décrire et de dépeindre ses personnages est toujours aussi savoureuse, ils prennent forme entre les lignes et deviennent plus que des héros de papier, mais des personnes à part à entière. Naturellement, comme dans ses autres romans, je pense en particulier à Mystic River, la ville de Boston et les bouleversements sociaux qu’elle connaît est en réalité le cœur de ce livre. Les personnages gravitent autour et sont des prétextes pour que l’auteur puisse parler de son véritable sujet:  les luttes syndicales et la peur du terrorisme et du bolchevisme.

On retrouve une note de pessimisme sur le genre humain caractéristique de l’écriture de Lehane, moins prononcée que dans Ténèbres, prenez-moi la main où elle atteignait son paroxysme, mais toujours présente.

Cependant ce que je ne comprends pas, c’est la présence de ce roman dans la collection Rivage/Noir. J’avoue l’avoir choisi en croyant avoir affaire à un polar, alors qu’en réalité il n’y a rien à faire dans cette collection puisqu’il a toutes les qualités du roman historique. Je trouve que c’est minimiser le talent de Lehane de se diversifier et de se renouveler.

Un très bon moment passé avec ce livre (comme toujours avec Dennis !). D’ailleurs, je vais me faire un petit challenge, lire tous les livres de Lehane cet été, autrement dit quatre livres dont le petit nouveau que l’on m’a offert Moonlight Mile, la suite de Gone Baby Gone apparemment.

9 réflexions sur “Un pays à l'aube – Dennis Lehane

  1. J’ai adoré ce roman, qui est passionnant, et qui prouve effectivement que Lehane a plus d’une corde à son arc.
    Je viens de terminer son dernier, Moonlight Mile, qui se lit bien, mais il m’y a manqué un petit quelque chose… Il faut dire qu’après avoir écrit Ténèbres… et Gone, baby, gone, c’est difficile de maintenir le niveau !

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  2. Le problème de Shutter Island c’est qu’il y a eu le film. Que j’ai vu avant. Et je connais l’histoire maintenant. Je vais devoir attendre un ou deux ans pour le lire, le temps que ma mémoire défaille même si je connaitrais toujours la fin. De même pour Gone Baby Gone, j’ai vu le film il y a trois ans, maintenant je vais lire le livre.
    Pour ce qui de « Un pays à l’aube », il ne faut pas hésiter ça se lit facilement. Moi aussi au départ j’ai pas mal hésiter à cause de son épaisseur et de la quatrième de couverture qui ne m’emballais pas, puis je me suis lancée (comme le saut d’un plongeoir) et je ne l’ai pas regretté.

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